Dès le déclenchement des élections par Jean Charest, les deux chefs Marois et Dumont se sont empressés de décrier cette manoeuvre électoraliste (qui, de fait, en était une), disant qu’ils ne voulaient pas d’élections sous prétexte qu’il y avait une crise financière internationale et qu’il fallait gouverner plutôt que de faire une campagne électorale dont les Québécois ne voulaient pas.
Plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu que ce fut de leur part une grossière erreur en ce sens que le message que les deux chefs ont envoyé aux électeurs, c’est qu’ils admettaient ouvertement que ni le PQ ni l’ADQ ne voulaient d’élections parce qu’ils savaient très bien qu’ils y feraient tous deux bien piètre figure (comme les sondages n’ont cessé de le démontrer jusqu’ici).
Autrement dit, quand un parti pense qu’il peut gagner une élection, ou du moins y faire bonne figure, il ne se met pas à déchirer sa chemise et à répéter qu’il n’en veut pas. Il se contente de dire au début que c’était le choix de Charest, et non du PQ, d’aller en élection, en insistant plutôt sur le fait que le PQ était prêt à la fois pour la campagne électorale et que, plus que jamais, le PQ est prêt pour assumer la gouvernance et, surtout, pour diriger le Québec en cette période trouble de crise financière internationale.
Quand un parti pense qu’il peut gagner une élection, il ne lève pas le nez sur une telle opportunité. C’est l’ABC de la politique telle qu’elle se pratique au Canada et au Québec. Pensant qu’ils avaient de bonnes chances d’être réélus avec une majorité, c’est ce que Harper et Charest ont fait respectivement en déclenchant des élections cet automne.
Harper, trop sûr de lui et arrogant comme pas un, avait minimisé la force et le charisme de Gilles Duceppe et des artistes québécois ; il avait sous-estimé et ignoré le caractère distinct de la société québécoise. À cause de ces erreurs, il s’est retrouvé minoritaire pour quelques semaines plutôt que majoritaire pour quatre ans. Grand bien nous fasse !
En 2007, Jean Charest et ses "Liberals" ont été réélus après quatre ans de ce qui s’était avéré le pire gouvernement que le Québec moderne ait connu. Même de nombreux Libéraux "teindus" avaient alors honte de leur parti. Mais comment Charest a-t-il pu être réélu en 2007 ? Grâce à l’action combinée des deux chefs du PQ et de l’ADQ. Grâce à l’incapacité et à l’ineptie d’André Boisclair et grâce à la désinvolture d’un Mario Dumont qui faisait flèche de tout bois.
Cette fois, le 8 décembre 2008, Jean Charest va être réélu avec une majorité pour quatre, sinon cinq ans, grâce à l’aveu d’impuissance de Pauline Marois. D’ailleurs, les "pancartes" du PQ que l’on trouve sur le bord des routes (quand il y en a), sont d’une pâleur maladive et d’un vide désespérant qui n’inspirent qu’une réflexion : le PQ n’était pas prêt pour une campagne électorale et n’est pas prêt à gouverner.
Peut-être Pauline Marois aurait-elle pu se rappeler le fameux "Nous sommes prêts" répété par Jean Charest lors de la campagne de 2003...
"Je suis prête." Voilà ce que Pauline Marois aurait dû claironner tout au long de cette campagne plutôt que de parler chaque jour de "l’impuissance" de Jean Charest. Pas besoin d’être fin psychologue pour savoir que, pour l’auditeur moyen, le mot entendu est inévitablement associé à la bouche qui le prononce...
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

