L’impérialisme anglo-saxon chez les étudiants contestataires
Lors du mouvement Occupons Montréal de l’automne dernier, il fut surprenant de constater qu’un mouvement québécois agissant au sein de la métropole de la nation québécoise de langue française soit autant bilingue, alors que la majorité des indignés étaient francophones. On en tira la conclusion que c’était probablement dû au fait que le mouvement était mondial et que les contestataires - refusant d’affirmer leur idiome national - craignaient que leur message passe moins s’il était uniquement en français.
Par contre, la situation est tout autre dans le cas de la lutte étudiante contre la hausse des frais de scolarité. Cette lutte touche uniquement le Québec. Or, quelle ne fut pas la surprise, ce jeudi 2 février, de constater la poignée d’étudiants anglophones de McGill et Concordia venir chanter et scander des slogans en anglais à l’UQÀM, afin d’inviter les étudiants à faire preuve de solidarité avec eux dans la lutte. Pourtant, s’il est une université où les étudiants sont revendicateurs et n’ont pas besoin d’invitation pour manifester, c’est bien l’UQÀM ! Les quelques étudiants de McGill et de Concordia ont quand même tenu à inviter les étudiants de l’université à faire preuve de solidarité et à lutter avec eux. Bonne initiative en soi.
Mais là où le bât blesse, c’est lorsque cette poignée d’étudiants - dont la plupart proviennent du Canada ou des États-Unis - ne daigne même pas s’adresser aux étudiants de l’UQÀM dans leur langue, qui est la langue nationale des Québécois. Ça explique probablement le peu d’enthousiasme qu’a suscité leur mini-manifestation chez les étudiants de l’UQÀM. Pire, et d’autant plus paradoxal, est que ces étudiants ont distribué des tracts bilingues à prédominance anglaise sur lesquels était écrit que les langues et les cultures divisent les luttes communes. Or, que fait cette minorité anglophone en refusant de s’intégrer à la majorité étudiante francophone du Québec et en persistant à imposer l’anglais, si ce n’est que de diviser le mouvement ?
La lutte contre la hausse des frais de scolarité est une lutte on ne peut plus légitime. Une lutte visant à protester contre un projet du gouvernement Charest qui va à l’encontre de l’esprit démocratique nécessaire à l’éducation supérieure, tel que le stipulait le rapport Parent en 1964. Par contre, cette lutte est une lutte nationale, la lutte des étudiants ( et de tous les membres de la population qui désirent y prendre part ) appartenant à la nation québécoise de langue et de culture françaises. La minorité étudiante anglophone, en refusant de s’intégrer à la majorité francophone du Québec et en tentant d’imposer sa langue à cette même majorité, contribue à la division de la lutte contre la hausse des frais.
Ce qui est ironique dans toute cette histoire, c’est que des étudiants anglophones qui se disent de gauche, qui luttent pour une meilleure répartition des richesses et qui luttent contre l’impérialisme planétaire, ne se rendent pas compte du caractère intrinsèquement impérialiste de la langue anglaise sur la planète, et particulièrement au Québec. En tentant d’imposer la langue majoritaire nord-continentale au sein d’un mouvement national du seul peuple francophone d’Amérique, ces étudiants anglophones minoritaires au Québec - auquel la réalité québécoise semble échapper - participent du même genre d’impérialisme que ceux-là même qu’ils dénoncent à l’échelle mondiale. Au lieu d’être un impérialisme économique, le leur est linguistique.
Martin Lavallée Étudiant à l’UQÀM

