En politique étrangère, la CIA développa à travers de nombreux rapports officiels le concept de « blowback ». La thèse en était fort simple, mais solide et appuyée par de brillantes analyses reposant elles-mêmes sur des faits indéniables : Les comportements impériaux des États-Unis suscitent la colère des populations du monde entier. « They came over here because we were over there », martelait sans cesse le représentant texan Ron Paul pendant des primaires républicaines, appelant à « une politique étrangère plus modeste ».
Aux cours des années 80 et 90, les intellectuels néoconservateurs américains venant des milieux trotskistes théorisèrent l’avènement de la démocratie à l’échelle mondiale, reprenant ainsi la vision entretenue par la gauche wilsonienne après la Première Guerre Mondiale. Ces penseurs proposaient des moyens coercitifs tels que pressions diplomatiques, menaces militaires, utilisation de la force si nécessaire, embargos économiques, etc. Le résultat fut un désastre total pour le monde entier et pour les États-Unis, marquant ainsi le début du déclin de cette hyper puissance.
Le principal problème n’est pas tant que cet objectif d’une très grande générosité (utiliser les ressources de son propre pays afin de libérer des populations qui en ont grandement besoin) camoufle des objectifs purement géopolitiques et économiques (qui ignore que la guerre en Irak avait pour but le pétrole et l’assagissement d’une région où Israël se sent constamment menacé ?). Le débat ne doit pas non plus porter sur la justesse des interventions ou sur la manière de les orienter. La gauche américaine anti-Bush qui applaudissait les guerres de Clinton tombe d’ailleurs dans ce piège une fois de plus en applaudissant un président qui menace d’utiliser la force contre l’Iran et le Pakistan et parle d’enlever les troupes d’Irak… pour les mettre en Afghanistan (qui a dit que l’histoire est un éternel recommencement ?). Ce que ces idiots utiles ont du mal à comprendre, c’est que le problème n’est ni le degré ni l’orientation de l’intervention étrangère, mais sa nature même : Le « nation building » imposé par une force d’occupation étrangère ne fonctionne jamais. Gendarme et médecin du monde, les États-Unis ont récolté les conséquences de leur projet planétaire le 11 septembre 2001.
Cette tragédie effroyable aurait pu être évitée, mais le plus scandaleux, c’est que les autorités de Washington ont fait le choix de continuer sur la même voie en déployant même d’avantage les ailes du faucon. Les résultats des actions américaines furent l’exact opposé de leurs objectifs : l’invasion de l’Irak, qui avait pour but la stabilisation du Moyen-Orient transforma un pays laïque en poudrière islamique au bord de la guerre civile ; le maintien de l’embargo contre Cuba visait la fin du régime communiste mais l’a au contraire renforcé au détriment des besoins de la population cubaine ; l’aide humanitaire dans un certain nombre de pays se révèle non seulement inefficace, car les ressources envoyées tombent biens souvent entre les mains de dirigeants qui en profitent pour mieux encadrer leurs populations, mais également illégitime car aucune nation n’a le droit ni le devoir de se mêler des affaires internes d’une autre. Les catastrophes ne s’arrêtent pas là, et les deux côtés sont perdants. Les soldats d’agression meurent par centaines ou par milliers, tout comme les civils des pays occupés. Des millions de dollars du budget du pays attaquant sont engloutis, et le pays attaqué s’en trouve complètement ruiné. Pendant ce temps, le ressentiment mondial augmente. Crachez en l’air, ça vous retombera toujours dessus.
Le Canada a fait le choix de s’impliquer dans les desseins irréalistes des États-Unis, suivant le géant de la même manière que Laurier suivit la Grande-Bretagne lors de la guerre des Boers. Ottawa fit l’heureux choix, grâce à la mobilisation du peuple québécois, de ne pas participer à folie irakienne. Il a cependant opté pour une participation à la guerre en Afghanistan. Si pourchasser les criminels du 11 septembre 2001 par la force était juste et nécessaire, ce but fut interprété comme une invitation à occuper l’Afghanistan. Quel est l’état de ce pays aujourd’hui ? La production d’opium a repris de plus belle, les seigneurs de la guerre se divisent le territoire, la population est au bord de la guerre civile, les talibans connaissent un regain de popularité et le président n’a aucun contrôle effectif sur son pays. Une mission de paix, nous dit-on. Il n’y a qu’à lire le témoignage du soldat Martin Petit « Quand les cons sont braves » pour comprendre que l’intérêt de l’Afghanistan n’est pas le premier point à l’ordre du jour de l’armée canadienne. On entend également, souvent à gauche, « nous avons détruit ce pays, maintenant nous avons le devoir de le reconstruire ». La triste réalité est que même après des centaines d’années d’occupation le résultat restera le même : des armées étrangères ne pourront jamais amener la stabilité et la liberté à ce pays multiethnique. L’Afghanistan fut le Waterloo de l’Union Soviétique, et risque bien d’être celui des États-Unis et du Canada.
Cette situation doit interpeler les indépendantistes québécois, qui pourraient être portés à se dire que le Canada peut, comme les États-Unis, avoir la politique étrangère qu’il souhaite et vivre avec les conséquences de ses actes. Ce serait oublier que des québécois sont envoyés là-bas, que de l’argent québécois est utilisé et que la sécurité des québécois est menacée à cause de l’irresponsabilité des gouvernants d’Ottawa. Dès lors, le Québec doit demander un retrait immédiat des troupes provenant de notre territoire. Mais il doit agir d’avantage, par un appel à la désobéissance civile auprès des soldats québécois, qui doivent refuser d’être envoyés à l’étranger et refuser de prêter serment.
Le Québec doit prendre position à l’international contre les guerres inutiles qui ne sont pas dans notre intérêt. Par exemple, si la Chine devait tenter de récupérer Taïwan, cela ne nous regarderait pas car il s’agirait d’un conflit de frontières purement local. Parallèlement à cela, le gouvernement du Québec doit annoncer la création d’un collège militaire (l’avocat André Joli-Cœur proposait que ce soit à l’Université Laval), première pierre à poser pour la création d’une armée québécoise. Chaque état indépendant doit développer ses fonctions régaliennes. La défense de notre territoire est vitale : Si vis pacem, para bellum. Certains diront qu’il s’agit d’un geste de rupture anticonstitutionnel, et que la Cour suprême s’en mêlera très rapidement. Pourtant, le Québec n’a jamais signé cette constitution et l’intérêt de nos concitoyens est d’être bien protégé par une armée qui défendra ses positions réelles. Battons nous pour nous, uniquement, et cessons de s’en excuser.

