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Ce texte m’est inspiré par une certaine lecture médiatique de l’actualité américaine en ces débuts d’année, en l’occurrence le processus des présidentielles. De tous temps, ce qui se passe dans ce pays retient sous divers angles l’attention générale, particulièrement ici au Canada. Et pour cause, l’unique voisin canadien en est un de très spécial. Quand il se mouche ici on s’enrhume, quand il ferme l’immense frontière commune il nous affame, quand il a faim ici on mange du pain, quand il rêve ici on veille, quand il part en guerre on ramasse des pierres, quand il détruit des écoles on reconstruit des ponts, quand il allume des feux on fournit des casques bleus, quand il est tranquille notre diplomatie prend des béquilles, … Autant dire que le vent qui souffle sur ce voisin peut emmener des nuages ou des éclaircies dans notre ciel selon notre position dans l’alignement des étoiles.
Mercredi 9 janvier, sur les ondes de 98,5Fm à Montréal, l’animateur étoile Paul Houde produit une tribune publique qui a tout l’air d’un pari sur l’assassinat « probable » du prochain locataire de la Maison Blanche, advenant que ce soit Barak Obama ou Hillary Clinton. Remarquez qu’il est loin d’être seul sur la vague. De prime abord, cette idée m’a sidéré, et le plaisir des auditeurs à se l’approprier m’a scandalisé. Je ne pus me retenir de vouloir réagir sur le champ. Hélas les ondes parviennent à tous en même temps, mais ne sont pas accessibles à tous. Inutile d’appeler le 8667909850, à moins que la tribune traite d’élections au Canada. J’ai alors taillé mon vieux crayon que voici, profitant de la détente pour réentendre l’animateur et tenter de comprendre pourquoi ne pas s’y méprendre.
A quelle lecture en suis-je alors venu ? D’abord, j’interroge l’intérêt de faire un pari sur la mort prochaine d’un bon leader, et j’interrogerais la frontière entre pari et souhait. Ne serait-on pas fondé de craindre de réveiller le diable ou lui servir d’alibi, et d’expiatoire du genre « c’était prévisible, il/elle aurait du ne pas aller jusqu’au bout, on aurait mieux fait ne pas voter pour … » ? Ou plutôt serait-ce de bonne guerre pour faire replier l’électeur en lui disant que son vote risque d’être une balle dans la tête de la personne de son premier choix. Même si ça peut avoir tout l’air de cela, le pronostique évoque un bien plus triste et plus large phénomène, celui du mariage des drames et des palmes.
L’histoire nous montre que les grands noms et la notoriété roulent sur des roues tragiques. Hitler n’est il pas le nom le plus tristement connus de notre ère ! Sur un autre plan, ça prend des drames pour faire des monuments. Les guerres ne font pas que des morts, elles font aussi des généraux et des héros. Certains noms grandissent en mourrant, tels les Kennedy, Martin Luther King, Sankara, etc. D’autres grandissent en luttant contre la tragédie, tels Gandhi, Thérèse de Calcutta, Paul Rusesabagina, etc. Quelques grands noms émergent des repousses herbeuses au milieu des cendres de l’horreur. Ce sont des affranchis, des orphelins, des veuves et veufs, des rescapés de désastres qui refusent leur main à la mort et s’inventent dans la dignité une raison de vivre, et un avenir. Tous ces noms sont nobles.
Hélas, il y a aussi des gens bénis des dieux des arts qui se font la renommée en prêtant leur voix aux échos d’horreurs. Ils parlent des crimes, de la barbarie, de tout ce qui n’est pas agréable à voir et captent plus d’attention que ne saurait faire un célébrant de mariage. Ici par exemple le nom de Paul Arcand s’écrit en grand avec des lettres de la tragédie des enfants et du documentaire les « voleurs d’enfance ». Ailleurs celui de Gil Courtemanche scintille sur un fond noir d’une lecture fantasmagorique des drames rwandais (référence au roman et au film « un dimanche … à Kigali »). Que je ne m’expose pas à mauvaises interprétations, nullement je voudrais incriminer ces messagers, ces porteurs de lampions. Je voudrais plutôt rougir des horreurs et de leurs acteurs, sans eux ces laborieux ou controversés auteurs vaqueraient noblement à d’autres occupations. Je voudrais aussi rougir contre notre société qui n’a plus de goût ni de rêve pour du bon, du positif, de l’agréable. Rarement un journaliste sera reconnu pour avoir su livrer des bonnes nouvelles, mais à coup sûr les chroniqueurs nécrologiques et critiques sarcastiques font le plein de sympathie de tout le public.
Ainsi, Paul Houde risque de se frayer un chemin vers le temple de la renommée en annonçant en primeur la mort prochaine du futur locataire de la Maison Blanche, s’il est une femme ou supposément un noir. Du coup il aura avec bien d’autres donné un soupçon de coup de pouce à l’élévation du nom de la malheureuse victime. Se faisant, Houde qui a une mémoire d’éléphant ne se doute pas de souffler dans des oreilles de potentiels assassins dormants, mais pour autant qu’il ne tienne pas la gâchette, on peut lui faire dire tout haut que les bons politiciens sont bons pour mourir et que morts ils nourrissent bien de gens. Ainsi disons : Drames et grands hommages au futur président des USA, palmes à ceux qui auront prédit l’impensable.
Francois Munyabagisha
Drummondville
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