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Marie-Andrée Chouinard rapporte, dans Le Devoir du 30 novembre, les
compromis — qui ne relèvent pas des accommodements raisonnables, concept
juridique — , sur les plans religieux ou culturel, négociés à la pièce dans
des institutions scolaires et de soins. Ces compromis, apparemment, font
l’affaire de toutes les parties et ne lèsent personne, tout en évitant de
multiplier les recours aux tribunaux et, par conséquent, des jugements qui,
éventuellement, contribueraient à compliquer la loi et donc à multiplier
les plaintes et les avocasseries.
À la lecture, on se rend compte que si cette manière de traiter le problème avait été pratiquée plus souvent, on ne se retrouverait pas, par exemple, avec les conséquences d’un jugement qui légalise le port du kirpan véritable, sujet qui a contribué, à tort ou à raison, à soulever l’indignation de plusieurs et les a fermés à tout compromis ou accommodement sur le plan religieux.
Une société laïque, pour se prémunir contre tout excès religieux dans la sphère publique, doit-elle absolument transformer la prudence en refus absolu de tout signe d’appartenance religieuse même lorsqu’il ne trouble pas la paix publique ? Je l’ai cru longtemps, mais je commence à en douter. N’amplifie-t-on pas ainsi les motifs de frustration, de rancoeur et le durcissement des attitudes ? Transformer bêtement un principe en règle d’action sans référence au contexte et à la situation mène à en ruiner les bienfaits escomptés. Comme le disait ironiquement Talleyrand : « Appuyez-vous solidement sur vos principes, ils finiront bien par céder ».
Par ailleurs, d’une part, on trouve aberrant un système politique qui, à cause des chartes des droits, s’est transformé en gouvernement par les juges. D’autre part, en se braquant contre tout libre compromis entre parties dialoguant de bonne foi, on augmente chaque fois l’intrusion du juridique dans le champ politique, dans l’espace public et même dans l’espace privé.
Dans la réalité, les Québécois ne sont ni intolérants, au contraire de ce que Bouchard et Taylor semblent laisser entendre chaque fois qu’ils le peuvent, ni complaisants, ce que leur reprochent ceux qui croient le Québec menacé par ce qu’ils voient surtout comme une invasion musulmane intégriste, réflexe provenant, à mon avis, de la conjugaison de deux facteurs.
Le premier provient sûrement de ce qu’on appelle la guerre au terrorisme depuis le 11 septembre 2001, prétexte que s’est donné l’establishment militaire, industriel, financier (et en partie politique) usaméricain pour déstructurer les États et les sociétés du Moyen-Orient et du Caucase afin de faire main basse sur les plus grandes réserves gazières et pétrolières de la planète. Cette manipulation de l’opinion occidentale a réussi à justifier, chez le citoyen ordinaire peu et mal renseigné par les médias de masse, une méfiance parfois hystérique du monde musulman. Je n’élaborerai pas là-dessus ; il existe suffisamment de sources crédibles et à la portée de tous.
Le second facteur, propre au Québec d’origine canadienne-française, réside dans l’amertume et la hargne (compréhensibles) d’une partie de la population contre ce qu’a été le cléricalisme catholique au Québec pendant au moins 120 ans. Par défaut, on se venge par procuration sur d’autres religions. Comme toujours dans ces cas, on frappe sur des faibles : les forts pourraient se défendre...
On ne règlera pas un problème québécois actuel, si tant est qu’il en constitue vraiment un, en se laissant manipuler par une perception imposée par la stratégie démoniaque du complexe usaméricain mentionné ou par un désir subconscient de vengeance mal orienté.
Pour le moment, le Québec n’est menacé ni par la religion musulmane ni par les immigrants mais accessoirement par l’impéritie de son propre gouvernement quant à la quasi-absence d’une véritable politique d’intégration, sérieusement par son ignorance involontaire quant aux intentions réelles de l’Empire voisin et très sérieusement par sa cécité quant à la nécessité de l’indépendance. Comparée à ces dangers, la menace religieuse paraît ce qu’elle est : une diversion programmée qui conforte des chacals et un exutoire à nos propres refoulements.
Raymond Poulin
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Cher monsieur Bergeron,
J’ai déjà mentionné, dans d’autres articles, le rôle positif de l’Église au Québec, qui ne doit certainement pas être occulté. En revanche, son rôle négatif, qui n’a pas été qu’un incident de parcours, ne doit pas davantage l’être. Dans n’importe quel domaine, il n’existe rien de pire, à mon humble avis, que de camoufler la poussière sous le tapis, ce qui amène souvent un retour du refoulé.

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