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Quand une société cherche pendant aussi longtemps le moyen de se réaliser et le trouve finalement au-dedans d’elle-même, il m’apparait bien peu probable qu’on puisse la détourner de son but. - 1996 - Jacques Parizeau
             
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L’homme de l’Ouest
Jean-Robert Sansfaçon
Éditorial - Le Devoir
mardi 6 février 2007


Malgré les pressions exercées par la poignée de ministres conservateurs du Québec, par l’opposition et par le gouvernement Charest, le premier ministre Stephen Harper a tranché : Boeing décidera elle-même où dépenser les milliards exigés en contrepartie de l’achat par le Canada de quatre avions géants pour la Défense nationale. Pas d’appel d’offres, aucun souci de répartition régionale, que le plus fort gagne !

Depuis leur arrivée au pouvoir, il y a un an, les conservateurs ont mis l’accent sur les dépenses militaires comme rarement un gouvernement canadien l’avait fait en temps de paix. Fort de l’appui d’une majorité de Canadiens à la présence militaire en Afghanistan, ce gouvernement croit qu’il a les coudées franches pour ajouter 5,3 milliards au budget de la Défense d’ici cinq ans, et une vingtaine de milliards supplémentaires pour l’achat d’équipements militaires.

Il va de soi qu’une armée a besoin d’équipements de qualité. On a suffisamment ri des vieux hélicos, le temps est venu de moderniser l’arsenal. Le problème n’est donc pas là, mais sur le choix des équipements, sur les procédures à suivre et les retombées économiques pour le pays.

Les conservateurs transgressent toutes les règles. Alors que l’achat d’équipements devrait correspondre aux orientations que le pays entend donner à son armée, on ne connaît toujours pas le Plan de capacité militaire, traduction libre du Defense Capability Plan, attendu depuis des mois. En fait, l’armée veut tirer son épingle du jeu rapidement en profitant de la présence d’un gouvernement on ne peut plus sensible à ses demandes. Son état-major a confectionné une liste d’épicerie exhaustive qu’elle s’est empressée de faire adopter par le bureau du premier ministre : avions-cargos, avions de recherche et de sauvetage, hélicoptères, navires pour le transport d’équipements, camions, et ainsi de suite.

En temps normal, l’armée fixe les caractéristiques des équipements nécessaires à partir de son Plan, le gouvernement donne son aval et confie la responsabilité des achats aux fonctionnaires de Travaux publics. Or, cette fois-ci, l’armée a imaginé des exigences qui ne laissent place à aucune concurrence. Ainsi, tant les 16 hélicoptères Chinook (2,7 milliards de dollars) que les 17 Hercules (5 milliards) et les 4 Boeing C 17 (3,4 milliards) n’auront pas fait l’objet d’appels d’offres. Pourtant, dans chaque cas, des produits concurrents existent. Combien paierons-nous de trop pour cette coquetterie militaire ?

Et encore ! Si cette façon de faire exceptionnelle avait pour objectif de favoriser l’économie canadienne ! Au contraire, les Boeing seront fabriqués et entretenus aux États-Unis, et Ottawa ne sait pas où ni comment Boeing dépensera l’équivalent en achats de biens et services canadiens au cours des années du contrat. Étant donné l’importance qu’occupe l’aéronautique dans l’économie du Québec, deux ministres conservateurs, MM. Bernier et Fortier, ont vainement tenté de convaincre leurs collègues de forcer Boeing à investir au moins 40 % des 3,2 milliards du contrat ici. Mais cédant aux pressions des députés du reste du pays plus nombreux et plus influents, M. Harper en a décidé autrement. Boeing sera donc libre d’encourager, en priorité, ses propres alliés qui sont surtout concentrés en Ontario et dans l’Ouest.

Au lieu de recevoir la moitié des retombées d’achat et d’entretien à long terme de cet important contrat dont le coût équivaut à la construction des deux grands centres hospitaliers montréalais — comme le soulignait André Boisclair, avec justesse —, le Québec pourrait même subir les contrecoups d’un renforcement de la concurrence des autres provinces. Cela n’a aucun sens !

***

j-rsansfacon@ledevoir.com

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