L’exemple allemand

Jean Charest a tout à fait raison d’accorder beaucoup d’importance à l’Allemagne

La Presse
dimanche 16 juillet 2006

Une visite du premier ministre du Québec en Allemagne, comme celle que vient d’y faire Jean Charest, ne coule pas de source. Il n’y a pas, comme à Paris, des siècles d’histoire commune à célébrer. Il n’y a pas non plus d’affinités linguistiques ou culturelles particulières et l’immigration allemande au Québec est marginale, surtout si on la compare à celle qu’ont connu le sud de l’Ontario ou l’ouest canadien. Et pourtant, M. Charest a tout à fait raison d’accorder à l’Allemagne l’importance qu’il lui accorde.

Le Québec a su construire, depuis des années déjà, un partenariat de choix avec la Bavière. Il a fait en cela beaucoup mieux que l’Ontario avec le Bade-Wurtemberg ou l’Alberta avec la Saxe. L’ambition du Québec de développer une relation forte, non seulement avec la Bavière, mais avec l’ensemble du pays n’est pas nouvelle mais le premier ministre Charest a compris que pour réaliser cette ambition il fallait de la constance dans l’effort.

Réunification L’Allemagne est un pays très courtisé. Troisième puissance économique au monde, premier pays exportateur et premier partenaire commercial de tous les membres de l’Union européenne (à une exception près, celle de l’Irlande), l’Allemagne est aussi une source exceptionnelle d’investissement étranger et d’innovation technologique. L’intérêt de ce pays, toutefois, dépasse largement le cadre de ses atouts économiques. C’est un pays qui relève des défis extraordinaires. Celui de la réunification d’abord. Nombreux sont les observateurs qui ont cherché depuis dix ans à dénigrer l’Allemagne en raison de ses piètres performances économiques. C’est oublier le rang de leader mondial que l’Allemagne n’a jamais cessé d’occuper et c’est oublier surtout qu’aucun pays occidental n’aurait pu, du jour au lendemain, même essayer d’" absorber ", comme l’Allemagne a dû le faire, 20 millions de pauvres.

Comme chez-nous Les autres défis que relève l’Allemagne sont tout aussi pertinents pour le Québec. Celui qui s’intéresse à la politique intérieure allemande aura tôt fait de découvrir que ce qui s’y passe est souvent beaucoup plus près de nos propres préoccupations que ce qui se passe dans d’autres pays avec lesquels on entretient pourtant des relations plus étroites. Parce que c’est une fédération qui vient de réussir un nouveau partage des compétences fédérales et provinciales, parce que la social-démocratie y est profondément enracinée et que l’objectif d’une plus grande justice sociale n’est pas occulté par l’objectif de la croissance économique et parce que le pragmatisme l’emporte toujours sur l’idéologie, les solutions que les Allemands retiennent sont des solutions qu’on devrait étudier.

L’Allemagne est un pays dont le poids spécifique est en train de changer. L’élargissement de l’Union européenne a déplacé, vers l’est, le centre de gravité de l’Europe et replacé l’Allemagne au beau milieu. À elle de faire, encore une fois, la preuve de sa capacité a gérer des relations chargées d’histoire. Chose certaine, on ne peut plus prétendre avoir des relations particulières avec l’Europe sans avoir des relations particulières avec l’Allemagne. C’est George W. Bush lui-même qui l’a affirmé en se rendant à Berlin, en février 2005, pour essayer de réparer une relation mise à mal par le refus des Allemands de soutenir l’intervention américaine en Irak.

Dans le monde L’image de l’Allemagne dans le monde est aussi en train de changer. L’élection par les cardinaux d’un pape allemand et l’élection en Allemagne d’une femme à la tête d’une grande coalition gauche-droite ont donné au pays une visibilité nouvelle et différente. L’organisation de la Coupe du monde de football aura, elle aussi, beaucoup contribué à rehausser le profil de l’Allemagne. Personne ne doutait de la capacité des Allemands à organiser efficacement une compétition sportive et à construire des stades à faire pâlir d’envie les villes les plus prospères mais l’Allemagne s’est aussi montrée apte à orchestrer un événement festif, une véritable célébration de l’amitié entre les peuples.

Le premier ministre a eu raison de profiter de son séjour en Europe pour approfondir les liens entre le Québec et l’Allemagne. Il aura croisé là-bas beaucoup d’entreprises québécoises comme Alcan, Bombardier et le CAE qui ont découvert depuis longtemps le chemin de l’Allemagne. Ni l’histoire, ni la géographie ne font de l’Allemagne un partenaire naturel. C’est une relation bilatérale qui est à construire à partir d’une évaluation serrée de l’ensemble de nos intérêts. Les relations les plus évidentes et les conquêtes les plus faciles ne sont pas toujours celles qui rapportent le plus.

Bernard-Meunier, Marie
Chercheure invitée à l’Institut allemand de la Sécurité et des Affaires internationales l’auteure a été ambassadrice du Canada en Allemagne de 2000 à 2004.

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