André Pratte, appuyé par Richard Vigneault, ancien journaliste de Radio-Canada et conseiller de longue date en communications du Parti Libéral ont entrepris de démontrer que la courbe d’appui à la souveraineté diminue. André Pratte a basé son analyse sur le fait que les fiefs souverainistes dans l’ensemble des régions diminuent. Seules quelques régions dont celle de Lanaudière se maintiendraient assez au plan de l’importance démographique pour laisser un peu d’espoir au mouvement souverainiste, écrit Pratte. Pendant ce temps Montréal se peuple de nouveaux arrivants et devient une chasse gardée du parti Libéral.
Bernard Landry a jugé bon dans un texte brillant d’expliquer son point de vue. Dans les années soixante, son grand-père croyait dans le Canada. “Nous sommes les Canadiens et eux autres sont les Anglais”, aurait-il répondu au jeune Bernard Landry. Landry prend un exemple concret, issue de sa propre expérience familiale, pour illustrer ce qui alimentait la force de conviction de ses compatriotes à l’égard du Canada jadis.
Ensuite, l’idée de l’indépendance n’a plus représenté un tel choc émotionnel auprès des aînés. Les générations montantes, selon Landry, se seraient montrées plus réceptives à cette idée parce que les ressorts qui alimentent la crédulité envers le Canada se seraient usés peu à peu. Vigneault, dans sa réplique, en a profité pour faire dire à Landry ce qu’il n’avait pas dit. Landry croit dans la transmission héréditaire de la souveraineté, écrit Vigneault. Landry croit donc dans la primauté des gènes et dans le remplacement des générations, une sorte d’eugénisme qui vise à préformer l’électorat comme un matériel humain.
Ainsi Vigneault, conseiller en communication du parti Libéral faute de contredire Landry instruit sa cause en attribuant à Landry un raisonnement nullement impliqué dans sa démonstration. La logique derrière le raisonnement de Landry est pourtant bien simple. Certains thèmes au fil des générations perdent de leur puissance démonstrative. Avec le remplacement des individus de génération en génération, des sensibilités deviennent plus ou moins excitables et des attachements se déplacent. Dans le jargon des communications, on appelle ça : les déplacements des tropismes émotifs.
L’évolution d’une cause politique n’est pas qu’une affaire d’idées. Elle repose sur tout un substrat d’émotions sédimentées. Savoir si ce substrat se disloquera, se recomposera au cours des décennies, c’est la base qui décide du sort d’une cause. Pas de gènes là-dedans, pas de vertu raciale, pas d’eugénisme, comme voudrait tant le croire Richard Vigneault.
Beaucoup des thèmes centraux des activistes canadiens sont aujourd’hui marqués du sceau du mensonge et du bourrage de crâne. On ne croit plus que le Québec français pourra survivre si le français se borne à être un droit individuel. Toute la crédulité entourant le renouveau du fédéralisme, sans être disparue, loin de là, s’effrite. Toute cette bien-pensance qui faisait snober les Québécois, race de racistes, adeptes du repli sur soi dont se gargarise tant l’activisme canadien, passe de plus en plus pour du chauvinisme canadien et ignorantin.
Si après le référendum de 1995 le Fédéral a rendu public un plan B basé sur une loi du contrôle territorial du Québec et le droit de qualifier les majorités, c’est justement parce qu’il sentait le besoin de refaire la mécanique de la croyance dans le Canada. C’est une loi qui veut annoncer ce qui adviendra après la décroyance dans le Canada.
C’est une loi qui soutient implicitement : “Si vous cessez de croire dans le Canada et son appareil politique, vous abjurez le Québec et son territoire car ceux-ci sont des propriétés du Canada”. Faute de pouvoir reposer sur la libre adhésion de la population québécoise, le Fédéral a changé son fusil d’épaule. Il reconnaissait de ce fait que la courbe d’appui à la cause unitariste canadienne ne logeait pas de son côté.
André Savard


