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L’étapisme extrême
André Pratte
Éditorial - La Presse
jeudi 6 mars 2008


La chef du Parti québécois, Pauline Marois, disait hier « détester » le mot étapisme. La démarche suggérée par l’exécutif du PQ aux militants est pourtant la version la plus extrême de l’étapisme depuis l’époque de Pierre Marc Johnson.

Si l’approche des dirigeants du parti est approuvée par le conseil national de la semaine prochaine, le Parti québécois ne proposera aux électeurs ni l’indépendance ni un référendum sur l’indépendance. Il s’engagera tout au plus à tenir une « conversation nationale » sur l’avenir politique du Québec.

Depuis que, il y a 34 ans, Claude Morin a eu l’idée du référendum, le Parti québécois a multiplié les étapes, les détours et les variations sémantiques. La « gouvernance nationale », la « concertation nationale » et la « conversation nationale » sont les dernières trouvailles de ses prolifiques tacticiens.

Mme Marois n’a pas précisé hier quelle forme prendrait cette « conversation ». « Il s’agit de pouvoir débattre à nouveau du projet de souveraineté du Québec », a-t-elle dit. Comme si ce débat avait jamais cessé depuis un demi-siècle !

Au cours de la prochaine campagne, le Parti québécois ne promettra pas qu’il n’y aura pas de référendum au cours de son mandat. Cette obligation, toujours contenue dans le programme du parti, sera simplement « suspendue » (une autre trouvaille !). Quand les journalistes lui ont demandé si oui ou non un gouvernement Marois tiendra un référendum, la chef a répondu : « Il faut se laisser la capacité de faire des analyses stratégiques, nous prendrons une décision lorsque ce sera pertinent de le faire. » Autrement dit, le Parti québécois se présentera devant l’électorat avec, sur la question de l’indépendance, la plate-forme électorale la plus floue de son histoire.

On sait cependant ce que signifierait la « gouvernance nationale » envisagée par le PQ : pendant que les péquistes sillonneraient le Québec pour vendre la souveraineté, le gouvernement de Mme Marois multiplierait les mesures visant à stimuler le nationalisme québécois (constitution, citoyenneté) et à exacerber les tensions Québec-Ottawa (demandes de pouvoirs, intensification de l’action internationale).

Il est parfaitement légitime pour le Parti québécois de chercher à donner un nouveau souffle à son option. Légitime aussi de vouloir reconquérir le pouvoir afin de défendre sa conception des intérêts du Québec. Nous déplorons toutefois le côté ambigu de l’approche proposée. Comme il n’y a pas de mise au rancart claire du référendum pour le prochain mandat, la tenue d’une telle consultation, à la faveur d’une crise artificielle provoquée par la « gouvernance nationale », reste une possibilité.

Personne ne demande au PQ de laisser tomber un projet auxquels (sic) tiennent passionnément des centaines de milliers de Québécois. Cependant, il serait souhaitable qu’avant chaque élection, le parti énonce clairement ses intentions quant à la tenue d’un référendum. À défaut, bien des électeurs resteront méfiants.

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