En se plongeant dans le Passé, en relisant les récits de ceux qui l’ont édifié, les générations d’aujourd’hui y puisent sans doute les forces nécessaires, pour écrire à leur tour de nouvelles pages, sur l’avenir de ce merveilleux pays de Québec, ce pays en français sur cette terre d’Amérique.
Cet important ouvrage "Le rêve de Champlain" de l’écrivain américain David Hackett Fisher qui sort ces jours-ci en Europe, nous permet de mieux approfondir non seulement la vie du grand Samuel de Champlain, cet homme rempli d’enthousiasme, pour qui nous avons depuis toujours une grande affection.. mais nous aide à mieux appréhender cette vision si importante du rêve qu’il portait ..Nous pouvons ainsi mieux percevoir le caractère que cet homme s’était forgé, après avoir lu les nombreux détails de sa vie, avant qu’il n’arrive en Acadie, puis dans les eaux du Saint Laurent.
En arrière plan des écrits élogieux de Fisher, en arrière plan de l’immense travail de recherches effectué, il est néanmoins intéressant de décrypter à nouveau ce syllogisme américain ciblant uniquement un homme de grande valeur, s’il mérite bien entendu, d’être honoré et mis en avant, est cependant commissionné par son pays, envoyé par le roi de France, a avec lui néanmoins, toute une équipe sans laquelle il n’aurait rien pu entreprendre.. Mais en ne mettant que lui dans la lumière cela permet de laisser ainsi de côté tout le reste.. Cela a été maintes fois observé au cours du passé, faire ainsi l’éloge d’un grand homme plutôt que d’un pays ou d’un autre peuple que le leur..Ainsi, entre autres, pour Henry Longfellow qui dans son poème " le chant de Hiawatha" emploiera le mot " étranger " au lieu de "Français" .. De même ce sera la statue du père Jacques Marquette, ce missionnaire parti avec Louis Joliet à la recherche du Mississipi, qui a été érigée dans le Michigan, et non celle de Cavelier de La Salle le découvreur et le fondateur de la Louisiane française, le représentant légal de la France, envoyé par le roi Louis XIV . Le père Marquette lui ne représentait pas la France à leurs yeux, mais la religion.. il paraissait donc neutre pour les Américains.
Depuis que les Turcs avaient pris Constantinople le 29 mai 1453, ils avaient institué désormais des droits de passage exhorbitants, pour atteindre les Indes. Tous les pays européens cherchaient depuis lors, un nouveau chemin pour se rendre jusqu’en Chine et en Inde. Christophe Colomb avait été l’un des premiers à ouvrir la route vers l’Ouest et le Saint Laurent paraissait être une de ces routes commerciales plus aisées, c’est pourquoi, en s’installant sur ses rives, cela permettrait de mettre en œuvre ces explorations.. Le roi de France Henri IV tentait de reconstruire son royaume mis à mal par les guerres civiles cela l’aiderait donc, au point de vue économique, si en effet les expéditions parvenaient à relier l’Asie.
Les Français, Samuel de Champlain et François Gravé Dupont, envoyés par Pierre Dugua, Sieur des Monts, mais avant eux Aymar de Chaste, Pierre Chauvin.. tous commissionnés dans cet esprit, étaient poussés par une sorte de mondialisation avant l’heure.. Champlain et Gravé Dupont sont accueillis chaleureusement par les Montagnais, qui fêtent une grande victoire sur leurs ennemis Odinossonis (Iroquois)…Chacun connaît bien cet évènement.. Mais ce jour-là il s’est passé quelque chose qui ne s’était jamais passé et qui ne se passera sans doute plus jamais, les Français sont alors invités par les Amérindiens à venir s’installer sur leur sol, ils seront le seul peuple, qui sera ainsi convié sur un sol étranger par les habitants eux-mêmes, et cela à la différence des Espagnols, des Hollandais et des Anglo Saxons qui accapareront les terres des tribus autochtones, et s’emploieront pendant des décennies à les repousser toujours plus loin.. .
On assistera de fait à une véritable entente entre les Amérindiens et les Français, une entente interculturelle qui s’avérera durable et bien plus solide que tous les traités officiels, dûment paraphés... Champlain emporté dans un élan d’enthousiasme prononcera avec chaleur la phrase devenue célébre :" Nos garçons épouseront vos filles et nous ne formerons plus qu’un seul peuple " auquel le chef Amérindien répondra avec la fierté caractéristique de son peuple :" ...et nos filles apprendront à leurs fils à devenir des hommes valeureux ! " Ce jour-là les eaux du grand fleuve ont assisté la naissance d’un nouveau peuple, le peuple franco amérindien.
Grâce à cet esprit des Lumières de cette France d’alors, dont Champlain est issu, où lorsqu’un esclave en touchait le sol il devenait immédiatement un homme libre, Champlain possède ce comportement, cette pensée, cet esprit, cette mentalité universalistes. Dès l’arrivée des Français, dès Champlain il est possible de sentir déjà l’esprit qui conduira un siècle plus tard, à la Grande Paix de Montréal.
Les Français arrivés sur le sol de cette Amérique septentrionale, n’étaient pas venus pour coloniser, mais pour trouver une route commerciale. Dans ce but, Champlain fait établir un petit poste à l’emplacement de Québec, en vue de ces explorations lointaines, alors que jusqu’à présent lorsqu’il ne s’agissait que de la pêche, une implantation quelconque s’était totalement avérée superflue . Cet établissement sur le fleuve n’est pour lui qu’un simple relais, servant de point de départ aux expéditions futures que les Français désirent entreprendre, en vue d’atteindre la mer vermeille, et par elle le chemin de la Chine, avec toutes les richesses qu’elle ne peut manquer de receler.. Ce poste de Québec est donc pour Champlain à la fois un point de départ, mais également un point de chute au retour des expéditions, c’est pourquoi il y construit un pays en faisant venir des personnes désireuses de s’installer sur ce territoire, il le fait mettre en valeur afin que tous puissent y vivre. Son souci de la santé des personnes est si important qu’il fait planter des cultures pour leur subsistance, afin d’éviter le terrible scorbut et les maladies graves, qui avaient décimés précédemment, la petite colonie de l’île de Sainte Croix..
Pourtant Champlain ne désire pas rester là, il regarde vers cet Ouest inconnu et immense qui semble se trouver de l’autre côté des grands rapides de Lachine, il se renseigne sans cesse auprès des Amérindiens pour savoir ce qu’il y a au-delà de ces rapides.. Il dessine des cartes, il écrit des rapports, il aide à construire cette grande amitié avec les Amérindiens, il les aide lorsqu’ils ont besoin des Français pour combattre leurs propres ennemis, ses quatre récits nous en apprennent énormément sur la géographie des lieux mais aussi sur la vie des autochtones, et cela plus particulièrement dans son recueil " Des Sauvages".
Champlain a eu la certitude que le Saint Laurent était la porte d’entrée de tout un continent. Il a tenté d’envoyer des hommes explorer aussi loin que possible, et en attendant il a aidé à l’implantation des Français, qui durant les cinquante premières années de la colonie étaient en très petit nombre, puisqu’en 1649 le total des habitants français était à peine arrivé à 330.. De plus il dut lutter contre les Jésuites qui ne l’aimaient pas, car il n’acceptait pas que des religieux lui dictent ce qu’il avait à faire pour la petite colonie, et ces derniers étaient finalement arrivés à faire nommer en France, au cours de l’hiver 1635, comme gouverneur de la Nouvelle France, Charles Huault de Montmagny, un chevalier de Malte qui correspondait mieux à leurs idées, mais Champlain ne voulut pas quitter la Nouvelle France à cause de leur inimitié.. Il resta à son poste sur ce sol qu’il avait tant aimé, jusqu’au moment où il mourut, fort à propos d’ailleurs pour les jésuites, en ce funeste jour de décembre 1635 et depuis lors, même si plus personne ne sait où ses restes reposent, lui et son merveilleux rêve d’Amérique franco amérindienne... l’esprit de Samuel de Champlain veille à jamais sur les bords du Saint Laurent.



