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L’esclavage en Nouvelle-France
jamais il n’y eut en Nouvelle-France des milliers
Jeanne-Mance Rodrigue
Tribune libre de Vigile
mardi 13 mai 2008      569 visites      4 messages


« Celle que son pays a baptisé la ‘Petite Reine’ » (dixit Le Figaro du 8 mai 08, inutile de préciser que ni le Canada anglais ni le Canada français n’ont jamais surnommé Madame Michaëlle de la sorte !) laissait entendre à Bordeaux que l’esclavage des Noirs en Nouvelle-France était pratique courante :

« Pour moi, c’est extrêmement émouvant de pouvoir regarder en face ce chapitre historique avec la France et de mesurer la marche de l’histoire, poursuit-elle. Là encore, c’est une histoire que nous avons en partage, parce que l’esclavage était aussi pratiqué dans la Nouvelle-France, aujourd’hui le Québec. Rappelons-nous que lorsque la France a aboli cette traite infâme, des milliers de femmes et d’hommes ont été du coup affranchis, en Nouvelle-France comme dans les colonies du Sud ».

Mentionnons tout d’abord, que ce n’est pas la France qui a aboli l’esclavage en Nouvelle-France (Québec) mais bien l’Angleterre en 1833.

Mentionnons également que jamais il n’y eut en Nouvelle-France des milliers d’esclaves noirs. On compte tout au plus 323 esclaves dont 280 furent, à la fin du régime français, des esclaves emmenés par les conquérants britanniques.

C’est donc un grand total d’une quarantaine d’esclaves noirs qui furent détenus par les habitants de la Nouvelle-France et non des milliers d’individus. Il est important de souligner également que dès l’arrivée du régime anglais, après 1760, la population d’esclaves noirs monta en flèche et passa de 323 à près de 1 400 dont 1 200 étaient détenus par des propriétaires britanniques.

Régime Français

Le premier français à recevoir en cadeau (d’un anglais) un petit esclave noir des Antilles fut Guillaume Couillard (matelot, charpentier, habitant et marguillier) en 1632. Il semble que ce jeune noir, baptisé Olivier Lejeune, et dont le Père Paul Lejeune jésuite était le parrain, eut quelque rudiment de catéchisme et d’écriture. On peut donc le considérer en bon escient comme le premier étudiant noir en Nouvelle-France et peut-être même du nouveau monde. Par la suite, nous le retrouvons domestique, mais libre, chez le couple Guillaume-Guillemette Couillard-Hébert de Québec. Il eut bien par la suite quelques démêlés avec la justice de l’époque pour fausses dépositions… mais c’est là une autre histoire.

Lorsqu’on parle de l’esclavage en Nouvelle-France on fait référence en tout premier lieu à l’esclavage des Amérindiens de la nation pawnee. La nation des Pawnees (> Pawnee > Panis > Panisse) avait pour territoire une partie du centre des États-Unis située aujourd’hui dans les États du Nebraska, du Kansas et du Missouri, que les coureurs des bois en même temps que les fourrures, allaient chercher très jeunes, pour servir surtout de domestiques-esclaves à ceux qui pouvaient les loger et les nourrir.

Les « donnés »

Un autre groupe dont on parle habituellement peu lorsqu’on parle d’esclavage est le groupe des « donnés ». Il s’agit d’une catégorie particulière puisque le donné se donnait volontairement et en toute connaissance de cause à un maître, ou à une communauté de maîtres, je pense ici aux communautés religieuses, souvent en sacrifice ou en expiation d’un quelconque péché. En Nouvelle-France ce furent les Jésuites qui profitèrent de ce trop plein de dévotion.

Ces donnés n’avaient pas fait des vœux de religion mais étaient liés par un contrat envers la Compagnie de Jésus. Le contrat de donation était ainsi libellé : « Je soussigné ……déclare que de ma propre et franche volonté je me suis donné à la compagnie de Jésus pour servir et assister de tout mon pouvoir et industrie les Pères de ladite Compagnie qui travaillent au salut et à la conversion des pauvres sauvages et barbares de la Nouvelle-France  ». Par ce contrat, il se donnait littéralement à la Compagnie à laquelle il devra dorénavant obéissance jusqu’à la mort. Beaucoup de donnés aspiraient à la vie religieuse, mais n’étant ni suffisamment instruits ou doués intellectuellement c’était souvent la seule manière de joindre l’état de missionnaire.

Les donnés recevaient en échange, gîte, couvert et assistance en cas de maladie. Le donné devait effectuer en somme tout ce qu’un jésuite lui demandait de faire et ce avec plaisir et sans jamais se plaindre. En Nouvelle-France, ils faisaient office de rameurs, de menuisiers, de serviteurs, de défricheurs, d’hommes à tout faire quoi… pour les Jésuites que les Indiens appelaient « les Robes Noires ».

L’idée de créer en Nouvelle-France un corps de donnés pour aider les Jésuites dans l’œuvre d’évangélisation venait semble-t-il du père Jérôme Lallemant. Pourtant cette notion n’était pas nouvelle en soi puisqu’en Amérique du sud les Jésuites utilisaient déjà des donnés dans leurs missions et ce depuis les tout débuts de cette colonisation.

La plupart des donnés ont respecté leur contrat de donation, d’autres ont déserté pour retrouver leur liberté et devenir coureurs des bois.

Les propriétaires d’esclaves

Les propriétaires d’esclaves noirs et panisses appartenaient ordinairement à la haute société, au clergé, à la classe marchande et à la bourgeoisie. Ils étaient marchands, hauts fonctionnaires, intendants, gouverneurs et membres d’une communauté religieuse, les donnés n’étant pas suffisamment nombreux pour effectuer le travail manuel sur les terres, dépendances, seigneuries et fermes appartenant aux dites communautés.

Les petites gens n’ont ordinairement pas d’esclaves, quoique… L’historien Marcel Trudel rapporte le cas d’une veuve qui ayant reçu en héritage deux panisses dut leur rendre leur liberté n’ayant pu les nourrir ni les habiller convenablement.

Autre fait à noter : en Nouvelle-France et contrairement à ce qui se passait en Haïti, en Louisiane ou ailleurs dans les Antilles, les esclaves panisses et les quelques dizaines de d’esclaves noirs vivaient avec les familles. En général, les maîtres considérèrent leurs esclaves comme des domestiques et ceux qui pouvaient se payer un ou des esclaves en prenaient ordinairement soin. Et contrairement à ce qui se passait chez les Américains du sud, les habitants de la Nouvelle France ne les vendaient pas à l’encan, la société condamnait de plus les cas de violence envers les esclaves. Il y eut même mariages entre Esclaves et Français : 39 mariages dont 31 entre Amérindiens et Français et 8 entre Noirs et Français.

À partir de 1790, on commence à s’interroger sur le bien fondé de posséder un être humain. Un courant de sympathie commence alors à circuler parmi la population si bien qu’à partir de 1800 il y a de moins en moins d’esclaves. L’empire britannique va finalement abolir l’esclavage en 1833.

***

Jeanne-Mance Rodrigue M.A. (histoire)
Rimouski

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



Vos commentaires:
  • L’esclavage en Nouvelle-France
    13 mai 2008, par PPG

    Bien sûr, Mme la GG, régurgite les mensonges que le gouvernement "canadian" lui met dans la bouche. Rien de bien nouveau, sauf que des français bling bling semblent apprécier au plus haut point.

    De De gaulle à Sarkozy, quelle déchéance !

    Devrait-on boycotter carrément les fêtes "officielles" du 400ième ?


  • L’esclavage en Nouvelle-France
    13 mai 2008, par Mathieu Gauthier-Pilote

    Ce qu’écrit Jeanne-Mance Rodrigue est à ma connaissance tout à fait juste, mais bon sens, il faut arrêter de dire que la Nouvelle-France = le Québec/Canada, ça ne fait que semer la confusion.

    Les mots « Nouvelle-France » et « Canada » ne furent synonymes que brièvement. Le mot « Nouvelle-France » ne se trouve même pas dans le Traité de Paris de 1763, car ce n’est pas la Nouvelle-France que l’on cède, c’est la Nouvelle-France que l’on démantèle, en cédant le Canada (incluant toutes ses dépendances) et l’Île-Royale à la Grande-Bretagne. La majeure partie de la Louisiane est cédée secrètement à l’Espagne, un an plus tôt en 1762 à Fontainebleau.

    Il y a bel et bien eu des milliers d’esclaves noirs en Nouvelle-France, principalement en Louisiane, région qui était engagée dans des relations commerciales importantes avec les Antilles françaises. L’abolition de l’esclavage par la France révolutionnaire le 4 février 1794, de très courte durée, n’a effectivement pas affectée le Québec/Canada, cédé à la couronne anglaise en 1763.

    On parle de 6 000 esclaves venus d’Afrique entre 1719 et 1743 (Havard G., Vidal C., Histoire de l’Amérique française, p. 242.) ce qui est énorme, surtout en comparaison de la population de colons.


  • L’esclavage en Nouvelle-France
    15 mai 2008, par Gaston Boivin

    Monsieur Rodrigue, à mon avis, ce que vous affirmez est valable pour le Canada( l’Ontario, le Manitoba, Terre-Neuve et le Labrador, le Québec) et l’Acadie de la Nouvelle-France, mais me laisse perplexe en ce qui concerne le reste de la Nouvelle-France, savoir la Louisianne qui comprenait, outre l’actuelle Louisianne, plus de dix autres états américains, dont le pays des Illinois ( un peu le Mid-West américain actuel), région délimitée par le fleuve Missisipi et les rivières Ohio, Ouabache et Illinois( qui cessa, en 1718, d’être rattachée au Canada pour l’être à la Louisianne, suite à la création de la Compagnie D’Occident, qui allait devenir par la suite la Compagnie des Indes occidentales), et "qui constituait un lieu de pasage obligé entre le Canada et la Basse-Lousianne" et qui,"en 1752, abritait 1400 habitants(canadiens, français et femmes illinoises) et deux cents militaires.........et qui comprenait de surcroît 43% d’esclaves- authoctones pour un quart, africains ou afro-créoles pour les autres..." (Citations:cf : Cécile Vidal,in "Un carrefour entre le Canada et la Louisianne, article, publié en octobre 2006, aux pages 84 et 85 d’un numéro spécial de la revue "Géo" sur la Nouvelle-France, intitulé "Du Québec à la Louisianne, sur les traces des Français d’Amérique") (Cécile Vidal est également co-auteur, avec Gilles Havard, de l’"Histoire de l’Amérique française, parue chez Flammarion en 2003).

    En ce qui concerne la Louisianne elle-même, version française, voici ce qu’en dit aux pages 112 et 113 du même numéro spécial de "Géo", dèjà précité, Carl A Brasseux, directeur du Centre d’études louisiannaises à Lafayette, auteur de "French,Cajun, Créole,Houma : a Primer on Francophone Louisiana(Univesity Press, Baton Rouge, 2005) : "...La colonie initiale se composait en effet de soldats venus de France métropolitaine, de boucanniers des Caraibes de langue française et de frontaliers franco-canadiens. Durant les premières années du XVIII siècle, des milliers d’immigrants volontaires s’ajoutèrent à cette première population, ainsi qu’un nombre plus important encore d’immigrants forcés : pour la plupart, des prisonniers du royaume, des esclaves africains( qui devinrent rapidement francophones) et des soldats venus des quatres coins del’hexagone. À ce mélange détonnant s’ajoutèrent quelques dizaines de détenus religieux alsaciens et environ trois mille Acadiens expulsés de leur patrie( la baie de Fundy, sur la côte du Canada) à la suite d’une opération de nettoyage ethnique menée par les Anglais en 1755...." Il va de soit que dans ses mamours françaises à Larochelle, madame la repésentante de la couronne britannique et du Canada anglais n’allait pas rappeler cette opération de nettoyage ethnique donc furent victimes, de la part de ceux qu’elle représente, les Acadiens, jadis anciens citoyens de la Nouvelle-France, citoyens français de surcroît, ce qui aurait effectivement pu alors gaché la fête et mettre à néant ces grandes amours lécheuses plus intéressées à vendre auprès de la France et des français ses nouveaux maîtres anglais et leur nouveau Canada qu’à promouvoir les intérêts de ce qui reste de viable aujourd’hui de la Nouvelle-France et à en commémorer la valeureuse, courageuse et fière épopée, dont une bonne partie de son territoire l’a accueillie, elle et les siens à leur arrivée en Amérique et ce juqu’à ce qu’elle accepte d’être ulisée par le Canada anglais et, en conséquence de changer de camp pour les honneurs, le pouvoir et la gloire !


  • L’esclavage en Nouvelle-France
    16 mai 2008, par Jeanne-Mance Rodrigue

    L’esclavage en « Nouvelle-France ».

    En reprenant texto les paroles de Madame Jean prononcées à Bordeaux et reprises par le Figaro du 8 mai 08 dans l’article : Michaëlle Jean¸ ‘la Petite Reine du Canada’, et je cite : « ...Là encore, c’est une histoire que nous avons en partage, parce que l’esclavage était aussi pratiqué dans la Nouvelle-France, aujourd’hui le Québec », je désirais mettre l’accent sur cette association, pour le moins excessive, où la Gouverneure Générale du Canada associait, dans un seul souffle, les mots : esclavage, Nouvelle-France, Québec.

    Je ne suis pas sans savoir que la Nouvelle-France de l’époque était un immense territoire s’étendant jusqu’au Golfe du Mexique. Mais là n’est pas la question ni le problème. Madame la Gouverneure Générale du Canada a prononcé des mots se raccordant à une idée qui avait pour but me semble-t-il de laisser une empreinte.

    Vous savez que rien n’est tout à fait innocent, ni tout à fait candide lorsqu’il s’agit d’histoire. Il est certain que si l’historien se cantonne à l’histoire sérielle, à l’histoire de la musique ou de la mode, il n’y aura pas là grande dispute, mais quand il s’agit d’histoire nationale et de surcroit binationale alors là tout devient n’importe quoi !

    J’invite tous ceux et celles qui s’intéresse à l’histoire de l’esclavage au Québec à lire ou relire l’excellent livre de Marcel Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, 2004. Les Éditions Hurtubise ont eu l’excellente idée d’ajouter sur CD-ROM un Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français.


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