A la réunion des Présidents de comté du Parti québécois tenue la fin de semaine du 25-26 octobre à Québec, on a vu Sylvain Simard faire une belle envolée oratoire mettant en doute la capacité du gouvernement libéral de faire face à la crise financière comme Pauline Marois qui a dit que si les libéraux ont été incapables de gérer la crise du fromage, imaginez pour la crise financière américaine et mondiale. Cette envolée du député de Richelieu s’est terminée par la menace de faire tomber le gouvernement et a été suivie d’une ovation debout de tous les Présidents présents.
Le lendemain, à Mirabel, après l’annonce de 141.9 millions d‘investissements du gouvernement du Québec chez Pratt & Whitney Canada, Jean Charest, qui ne prononce presque jamais le mot Canada, interrogé sur la possibilité d’élections hâtives, a répondu en citant Sylvain Simard pour prouver que l’opposition ne veut pas collaborer avec le gouvernement et que, dans ce contexte, il n’aura pas le choix d’aller en élections.
Né à Chicoutimi le 26 avril 1945, ayant obtenu une Maîtrise ès arts de Université McGill, Montréal (1970) et un Doctorat en littérature comparée, Université de Bordeaux, France (1975), Sylvain Simard a été Professeur agrégé de littérature française à Université d’Ottawa (1976-1994) et Président du Mouvement national des Québécois (1990-94). Élu député de la circonscription de Richelieu aux élections générales du 12 septembre 1994, comme Ministre de l’éducation (janvier 2002- 29 avril 2003), il a contribué à régler un dur conflit où j’ai été impliqué qui a eu lieu au collège de Sorel-Tracy où j’ai enseigné la littérature pendant 36 ans en encourageant la directrice générale à retirer deux poursuites-bâillons contre le syndicat des enseignants (de 80,000 $ et 170,000 $) pour signer le 30 octobre 2002 une entente hors-cour. Je lui suis reconnaissant pour sa discrète intervention pacificatrice.
Je n’ai donc aucune agressivité personnelle contre lui, au contraire. Quand Yves Michaud l’a traité d’olibrius, j’ai été surpris. Le dictionnaire m’a appris qu’Olibrius est le nom d’un empereur romain du Vè siècle, incapable et fanfaron. Ce mot est utilisé pour désigner un homme importun qui se fait fâcheusement remarquer par sa conduite, ses propos bizarres. On sait que Sylvain Simard était parmi les proches de Bernard Landry qui lui ont conseillé de démissionner comme chef du Parti québécois même avec un appui de 76% des délégués ; on sait aussi que Bernard Landry a regretté cette décision.
Comme député de Richelieu depuis 14 ans qui défend le fonds de pension des travailleurs après la fermeture de l’usine Atlas Steel, il mérite nos éloges et l’appui de la population soreloise. Mais quand Sylvain Simard prétend qu’il peut faire tomber le gouvernement alors qu’avec 36 députés, le Parti québécois ne peut pas le faire, je me dis qu’il faut rappeler à l’ordre quelqu’un qui se laisse entraîner dans des élans oratoires non fondés sur la réalité. Si l’ADQ avec ses 39 députés dit, qu’au contraire, il n’est pas question de défaire le gouvernement sur la crise financière, l’éloquence simardienne tourne à vide.
“Prends l’éloquence et tords-lui le cou” écrivait Verlaine dans son Art poétique. J’ai toujours préféré quant à moi le style de Louis Bernard pondéré, solide, cohérent et articulé ou celui de Jean-Roch Boivin qui aurait fait un excellent homme politique s’il avait été élu à Laval dans les années 70. C’est certain que Jean Charest a choisi ce qui faisait son affaire dans tout ce qui s’est dit en fin de semaine au PQ ou à l’ADQ. Mais j’ai profité de l’impair de Sylvain Simard pour donner un exemple qu’entre une éloquence souhaitable et du pettage de bretelles, il n’y a qu’un pas qu’il vaut mieux ne pas trop souvent franchir quand on veut garder sa crédibilité. Surtout quand on se prépare à parler de souveraineté...
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 28 octobre 2008
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