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« L’effet américain »
Louis Lapointe
Billet de Louis Lapointe
vendredi 6 juin 2008      196 visites      1 message


On associe souvent l’élection du Parti Québécois à Québec à l’élection d’un gouvernement libéral à Ottawa. Toutefois, on parle rarement de l’influence que peuvent avoir nos voisins du sud sur les changements d’humeur des Québécois dans le choix de leurs élus.

En 1976, dans les jours qui ont précédé l’élection du premier gouvernement du Parti Québécois dirigé par René Lévesque, les Américains avaient élu un président démocrate. Le retour des Démocrates à la Maison Blanche coïncidait avec l’élection d’un premier gouvernement du Parti Québécois à Québec.

Le Démocrate Jimmy Carter a été battu par le Républicain Ronald Reagan en 1980 alors que le PQ perdait son référendum sur la souveraineté-association la même année. Le retour des démocrates de Bill Clinton en 1992 a précédé le retour du PQ en 1994 et le PQ est venu à deux doigts de gagner le référendum de 1995, alors que les Américains reconduisaient Bill Clinton pour un deuxième mandat.

Dans la foulée des primaires démocrates qui s’achèvent, plusieurs observateurs prédisent déjà de nombreux changements aux États-Unis. Si la tendance se maintient, les Américains devraient ramener les Démocrates à la Maison Blanche et, dans un tel cas, son prochain occupant ne pourra pas être un homme blanc comme cela l’a toujours été. Pour l’instant, les Américains souhaitent que ce soit un homme noir, peut-être une femme blanche.

Comme ils ont pris l’habitude de le faire depuis 1976, les Québécois imiteront-ils les Américains s’ils élisent un président démocrate qui n’est pas un homme blanc ? Si l’on se fie à une tendance à imiter le voisin du sud qui n’a jamais été démentie, les Québécois pourraient bien être tentés de réécrire eux aussi l’histoire une troisième fois, en changeant les occupants des banquettes gouvernementales à l’Assemblée Nationale et en portant à leur tête un premier ministre qui n’est pas un homme. Une sorte de syndrome du voisin du sud dont les Québécois seraient atteints et dont Pauline Marois pourrait bien tirer profit. Appelons-le « l’effet américain ».

S’il fallait que les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec et le Sommet de la Francophonie se déroulent sans anicroche et que, contre toute attente, tout aille pour le mieux dans le jardin des Libéraux du Québec après la venue du Président Sarkozy, il se pourrait bien que Jean Charest, au sommet dans les sondages en ce début d’automne, tente de se faire réélire à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire, comme Robert Bourassa avait lui-même tablé sur le succès des Jeux olympiques en 1976, profitant du moment pour faire oublier tous ses dérapages et ravir les rênes d’un troisième gouvernement, alors que les Républicains américains essayaient eux aussi d’obtenir un troisième mandat consécutif dans des circonstances extrêmement difficiles.

Ce ne serait pas la première fois que les Québécois préfèrent les Américains au reste du Canada. En 1988, ceux-ci avaient obligé le Canada à adhérer au traité de libre-échange en réélisant, contre toute attente, Brian Mulroney à la tête du gouvernement le plus impopulaire de l’histoire du Canada.

Malgré tout ce qu’on peut dire d’eux dans le rapport Bouchard/Taylor, les Québécois sont certainement les citoyens du Canada les plus ouverts aux changements et probablement les plus imprévisibles, même si toutes leurs tentatives d’innover n’ont pas toujours été aussi fructueuses qu’on aurait pu le souhaiter. En tout cas, ce n’est pas faute d’avoir essayé !

Si les Américains élisaient un président démocrate noir ou même une femme le 2 novembre prochain et que l’histoire se répétait encore une fois, le destin du Québec et des États-Unis étant intimement lié, beaucoup plus qu’on veut le dire dans certains médias, il se pourrait fort bien que les Québécois profitent de « l’effet américain » et élisent eux-mêmes une femme à la tête d’un gouvernement du Parti Québécois aux prochaines élections provinciales. Ce n’est pas une prédiction, c’est une constatation.

Louis Lapointe
Brossard

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Vos commentaires:
  • « L’effet américain »
    6 juin 2008

    L’effet américain ne pourrait-il pas aussi prendre la forme de l’élection de Monique Jérôme Forget à la tête du PLQ et d’un gouvernement libéral minoritaire (ou majoritaire) ?

    Je ne suis pas certaine que Madame Jérôme Forget soit dénuée de d’une telle ambition...


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