L’amitié entre Sarkozy et Desmarais déteint sur les relations entre Paris et Québec
QUÉBEC | Les deux oppositions ont donné tout un coup de pied dans le nid de guêpes jeudi en dénonçant à l’unisson la « canadianisation » des relations France-Québec. Pourtant, le nouveau discours de la France était prévisible avec l’élection de Nicolas Sarkozy, l’ami intime du milliardaire ultra-fédéraliste Paul Desmarais.
Il faudra attendre cet automne pour connaître officiellement la nouvelle politique que le gouvernement français entend imprimer à sa relation avec le Québec, lors du passage de Nicolas Sarkozy au Sommet de la Francophonie.
Mais il n’y aura pas de surprises à la lumière des déclarations faites cette semaine par le président de la République de la France, notamment jeudi en Normandie, en présence de la gouverneure générale Michaëlle Jean.
« On est très proche du Québec, mais il faut que vous le sachiez, la France aime beaucoup le Canada. On n’oppose pas nos deux amitiés et nos deux fidélités », a-t-il déclaré.
Cela sonne définitivement le glas pour la politique de « non-ingérence, non-indifférence » que les précédents chefs d’État français avaient maintenue envers le Québec - souvent avec plus ou moins de conviction, il faut le dire - dans la fiévreuse période 1976-1995, où deux référendums sur la question nationale ont eu lieu.
Le plus grand des honneurs
Depuis le dernier référendum, les choses ont commencé à bouger favorablement en faveur d’Ottawa, notamment sous les règnes de François Mitterrand et surtout de Jacques Chirac.
Mais dans le cas de Nicolas Sarkozy, il y a aussi un arrière-plan très significatif qui explique sans doute en bonne partie le virage fédéraliste beaucoup plus accentué que s’apprête à prendre la France dans sa relation avec le Québec.
Le président français entretient une longue et vivace amitié avec le milliardaire ultra-fédéraliste Paul Desmarais, fondateur de Power Corporation et propriétaire notamment du quotidien La Presse.
La qualité de leur relation est si profonde que le président français lui a décerné en février la grand-croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction que la France peut accorder. À peine une soixantaine de personnes l’ont reçue, et très exceptionnellement des étrangers.
La remise avait eu lieu à l’Élysée, à Paris, lors d’une cérémonie strictement privée à laquelle assistait, surprise, le premier ministre Jean Charest, qui y était aussi « à titre privé », avait-il souligné.
Comme un membre de la famille
Nicolas Sarkozy n’a pas tari d’éloges à cette occasion, allant jusqu’à déclarer que « si je suis aujourd’hui président, c’est en partie grâce à Paul Desmarais ».
Le président français avait rappelé combien Paul Desmarais l’avait soutenu à une époque où les choses allaient beaucoup moins bien pour lui.
« 1995 n’était pas une année faste pour moi. Un homme (Paul Desmarais) m’a invité au Québec dans sa famille. Nous marchions de longues heures en forêt et il me disait : Il faut que tu t’accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi », avait-il raconté.
Pendant 10 jours, au domaine des Desmarais à Sagard, dans Charlevoix, Paul Desmarais « m’a redonné confiance à tel point qu’aujourd’hui, je me considère l’un des vôtres, un membre de la famille », avait ajouté Sarkozy.
Y a-t-il encore quelqu’un qui doute de l’influence que possède le milliardaire canadien sur le président de la France ? Et surtout sur la question du Québec ?
Paul Desmarais a eu une influence notoire sur la politique canadienne, où il a combattu avec fermeté les ambitions des souverainistes québécois.
Il a maintenant une influence déterminante sur le chef d’État français. L’épisode de cette semaine en est la démonstration éloquente. La suite est tout ce qu’il y a de prévisible.
Source
http://www.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2008/05/20080510-075302.htm (...)


