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L’économie libérale a encore le nez dans son propre caca
Le capitalisme quand il s’habille de libéralisme économique est foncièrement immoral.
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
jeudi 23 octobre 2008      125 visites


Voilà, l’économie libérale a encore le nez dans son propre caca.

Allez, il faut dérèglementer. Voyons, il faut supprimer toutes ces entraves qui nuisent à la libre circulation des biens, des services, des capitaux. Il faut laisser le marché agir à sa guise. Il faut libérer les forces créatives du capital pour lui permettre de créer de la richesse. Faites sauter tous ces corsets qui nous empêchent d’aspirer à ce progrès inévitable, irrémédiable. Libérez-nous de cet État inefficace et improductif. Voilà la bonne nouvelle et l’incroyable destinée auxquelles nous conviaient les entourages de madame Thatcher et de Ronald Reagan dans les années 1980.

On ne parlait pas autrement dans les années 1920, cet âge d’or de l’économie libérale. Il fallait investir à la bourse. « Get rich quick ». La prospérité est au coin de la rue. Ce système est d’une beauté sans nom. C’est la main invisible, tout se fait tout seul. C’est la loi naturelle de l’économie qui nous dirigera vers le bien-être total. Désormais, nous sommes condamnés au progrès. C’était les Années Folles, « the roaring twenties ».

Mais la réalité était toute autre. Oui, des richesses colossales s’édifiaient, oui, la grande entreprise florissait mais dans les quartiers populaires, dans les campagnes, les revenus ne suivaient plus le coût de la vie. Une spéculation boursière débile transformait rapidement en vent les actifs des grosses compagnies. La catastrophe se produisit. La réalité actuelle est relativement semblable. Le laxisme bancaire américain a érigé une formidable pyramide de crédit lui aussi édifié sur du vent. Des richesses phénoménales s’érigeaient pendant que les banques jouaient avec le feu dans la plus grande inconscience. L’histoire est presque en train de se répéter. Il faut se préparer à des années molles.

Suite à la Grande Dépression du siècle dernier, les gouvernements ont dû se résoudre à intervenir dans l’économie jusqu’à en devenir un joueur important. Il fallait domestiquer ces forces anarchiques qui régissaient le marché de façon à obtenir une plus grande justice sociale pour se sortir au plus vite du bourbier mais aussi pour éviter qu’une pareille crise puisse se reproduire. Toute une génération d’économistes si nous pensons en particulier à Keynes et puis ensuite à Galbraith, ont échafaudé des théories qui nous ont mené à ce qu’on a appelé l’État-Providence, un capitalisme plus humain si l’on peut dire. Un capitalisme avec des garde-fous.

Mais l’humanité n’est pas bien douée pour la mémoire, et l’appât du gain représente une source de motivation particulièrement puissante si bien qu’à partir des années 1980, le courant néo-libéral a grugé et s’est efficacement appliqué à jeter par terre tout ce qui pouvait ressembler à la sociale démocratie. Il fallait au plus vite procéder à ce qu’on appelait une révolution du bon sens. Il fallait être efficace, abattre les barrières et les agences, abattre ceux qui empêchaient de s’enrichir en rond. Rondes de privatisations, de dérèglementations, guerre au syndicats, le renforcissement de l’ empire économique supra-national avec la Banque Mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire International, voilà les fruits de cette nouvelle ingénierie mondiale. Il s’agit d’une véritable distature sous des habits de liberté. Les fruits ne tardèrent pas à se manifester dans cette jungle sans surveillance. Édification de richesses sans précédent, scandales financiers, salaires indécents de cadres, profits déraisonnables, primes de départ astronomiques devinrent les fruits quotidiens de ces forces occultes.

Le capitalisme quand il s’habille de libéralisme économique est foncièrement immoral. Sous le couvert d’une plus grande liberté, il cache la spoliation des ressources des pays pauvres, il laisse se creuser l’écart entre pauvres et bien nantis même dans les pays développés et mène la planète plein cap sur la catastrophe. Finalement il produit bien plus de pauvreté que de richesse. Et là, après une trentaine d’années de gâchis, les boursificateurs, les spéculateurs ont le nez bien planté dans leur propre caca et ça pue. Le comble, c’est qu’on se tourne vers cet État qu’on dit si peu efficace pour financer la tentative de renflouement des banques. Voilà les bienfaits de ce vieil ordre nouveau, le triste résultat de cette vague de soi-disant progrès, de cette révolution du non sens. Bravo messieurs dames, félicitations pour votre beau programme. Il est maintenant pathétique et en même temps ironique de voir tous ces chantres de l’économie dérèglementée grimacer en essayant de ravaler leur vomi. En fait, ils sont plutôt loqigues avec eux-mêmes, ils le font avaler par les autres, par les payeurs de taxes.

Il s’agit, à la base, d’un problème américain, comme en 1929, mais les dommages collatéraux seront encore importants cette fois-ci. Espérons que cette crise amènera les gouvernements à redevenir franchement plus interventionnistes. Ces forces occultes ont besoin d’être domptées. Espérons aussi que nous entendrons moins parler de la privatisation d’Hydro-Québec, de celles des soins de santé et de nos ressources aquatiques pour ne nommer que celles-là. Espérons encore que cela amènera nos jeunes vieux libéraux à ravaler leur venin. Espérons enfin que cette faillite clouera le bec à nos chroniqueurs économiques à sauce néo-libérales qui nous martèlent leurs inepties depuis bien trop longtemps.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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