Vigile.net
L’union du Haut et du Bas Canada ainsi que la Confédération nous ont été imposées dans un but hostile à l’élément « français » et avec l’espérance de le faire disparaître dans un avenir plus ou moins éloigné. - Honoré Mercier 1893
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 14716$  74%  
Objectif : 20000$
L’autonomie du Québec au sein du Canada : un « accommodement raisonnable » ?
Jean-François Sénéchal
Tribune libre de Vigile
lundi 23 juillet 2007      832 visites      3 messages


Ce n’est pas un hasard si le débat sur l’indépendance du Québec et celui sur les accommodements raisonnables se rejoignent en fin. Ces deux débats sont en effet profondément liés par un même questionnement : « Comment défendre une minorité culturelle au sein d’une majorité culturelle ? ». Ainsi, en répondant à cette question, on répond simultanément à ces deux débats. Autonomie ou séparation ? La première solution me semble plus apte lorsqu’il s’agit de répondre de façon cohérente aux deux débats.

En effet, ces débats se recoupent. En tant que minorité culturelle, le Québec tente de défendre et de promouvoir sa culture, son histoire, ses valeurs au sein du fédéralisme canadien. En tant que majorité culturelle, ce même Québec doit aussi prendre position devant les demandes, admettons-le, parfois exigeantes et certainement maladroites de ses propres minorités culturelles. On remarquera la ressemblance du thème : ces minorités culturelles souhaitent défendre et promouvoir leurs valeurs, leur culture, leur histoire.

Face à ces débats distincts, soit, mais dont le questionnement est essentiellement le même, les partis politiques en place au Québec doivent s’assurer que leur réponse est valide pour les deux débats. Les réponses de l’Action démocratique de Mario Dumont et du Parti Québécois sont politiquement fort différentes. Le premier a choisi de promouvoir une certaine autonomie à l’intérieur du Canada, le second a choisi l’indépendance et la séparation. Ces choix peuvent expliquer, bien que partiellement, le succès du premier et les insuccès du second lors des dernières élections québécoises.

Ainsi, aux rapports conflictuels entre minorités culturelles et majorités culturelles, la réponse traditionnelle du Parti Québécois est en effet connue : l’indépendance. Une autonomie totale puisque c’est un tout nouveau pays qu’on souhaite créer. Ainsi, lorsqu’une minorité culturelle se sent menacée, lorsqu’elle se sent distincte, lorsqu’elle est distincte, on lui proposera notamment de s’extraire de sa société, en créer une autre qui pourra plus efficacement défendre ses valeurs et sa culture.

Cette pleine autonomie me semble toutefois problématique lorsqu’il s’agit de gérer les relations du Québec avec ses propres minorités. En effet, dans ses relations avec ses propres minorités culturelles, il est généralement souhaité que ces dernières s’intègrent au Québec, acceptent les valeurs démocratiquement choisies, participent au bien commun, construisent cette nation. Et si ces minorités culturelles tentaient plutôt de s’extraire de leur société, refusaient ses choix démocratiques, créaient leur propre société autonome, et cela, parce que leur identité et leur culture sont menacées ?

Aux rapports conflictuels entre minorités culturelles et majorité culturelle, la réponse qui me semble la plus apte pour répondre à ce conflit est une solution qui pour le moment est officiellement défendue par l’Action démocratique mais qui a été créée au sein même du Parti québécois : l’autonomie. Concrètement, cela permet à Dumont de promouvoir au Québec comme au Canada « l’importance de la reconnaissance du Québec comme nation » et « l’importance de rester dans le Canada ».

Cette position « autonomiste » n’est évidemment pas neuve. Elle a notamment été défendue par le philosophe Charles Taylor, co-président de la commission de consultation publique mise en place par le gouvernement québécois en réponse au problème des « accommodements raisonnables ». La solution autonomiste permet notamment à l’Action démocratique de Dumont d’affirmer sur le terrain des accommodements raisonnables, et en toute cohérence, la nécessité d’une « pleine reconnaissance des minorités culturelles à l’intérieur même du Québec » mais aussi « la nécessité pour ces minorités culturelles intra-Québec d’accepter les valeurs de la majorité au Québec lorsque ces dernières résultent de choix démocratiques ».

L’autonomie me semble être une réponse plus intéressante lorsqu’il s’agit de répondre de façon cohérente à ces deux débats que sont le débat «  Québec-Canada » et le débat « minorité-majorité culturelle ».

Ironiquement, le Bloc Québécois est probablement la manifestation la plus flagrante de ce courant. En siégeant à Ottawa, le Bloc québécois défend, peut-être bien malgré lui, l’idée curieusement stable de Québec-indépendant-dans-un-Canada-Uni. « Le vrai Québécois, disait Yvon Deschamps, sait c’qu’y veut. Pis qu’est-ce qu’y veut, c’t’un Québec indépendant, dans un Canada fort ». Ce qui était drôle à l’époque semble avoir pris un ton plus sérieux.

En récupérant cette idée d’autonomie, l’ADQ a coupé l’herbe sous le pied du PQ lors des dernières élections, ce dernier ne pouvant plus défendre qu’un projet de séparation pour le moment bien impopulaire. Le débat qui a présentement lieu sur les accommodements raisonnables au Québec est – quoi d’autre ? - aussi un débat sur l’identité et la culture québécoise. Ce qu’elle est, ce qu’elle serait, ce qu’elle était, ce qu’elle sera.

Pour répondre au « vrai Québécois » de Deschamps les partis politiques québécois devront trouver des réponses populaires et cohérentes aux relations entre minorités culturelles et majorités culturelles. Le concept d’« autonomie sans partition » répond simultanément et de façon cohérente à ces deux débats. Reconnaissance de la richesse d’une minorité culturelle autonome ET Intégration de cette minorité dans un projet démocratique plus grand.

La solution autonomiste, qu’elle soit défendue par l’un ou l’autre des trois partis politiques au Québec, qu’elle soit promue au sein même du fédéralisme, qu’elle soit utilisée pour résoudre le débat sur les accommodements raisonnables ou celui sur la position constitutionnelle du Québec dans le Canada, est une solution qui doit être sérieusement considérée.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Suggérer cet article par courriel


Vos commentaires:
  • L’autonomie du Québec au sein du Canada : un « accommodement raisonnable » ?
    23 juillet 2007, par Raymond Poulin

    Votre réponse repose sur une confusion qui mène à un sophisme : vous faites une équivalence entre une nation conquise de force et colonisée et des gens, les immigrants, qui ont choisi librement de vivre ailleurs que là où ils sont nés. La nation conquise n’est pas devenue une minorité par son fait. On ne peut considérer les minorités que constituent les différentes ethnies venues de l’immigration comme des minorités nationales, pas plus au Québec qu’ailleurs. Les seules minorités qui, ici, pourraient prétendre à l’équivalence que vous faites, ce sont les nations autochtones. Tout de même !

    Raymond Poulin


  • L’autonomie du Québec au sein du Canada : un « accommodement raisonnable » ?
    23 juillet 2007, par Lionel Lemay

    Comment peut-on comparer deux choses complètement distinctes ?

    L’histoire du Québec remonte à 1534 quand Jacques Cartier a découvert le Premier Canada dont le territoire était celui du Québec actuel plus le Labrador.

    Ce sont les colons français et leurs descendants qui ont peuplé et développé le Premier Canada. Ils ont fondé la ville de Québec en 1608 et Montréal (Ville-Marie) en 1642.

    Les Anglais nous ont pris notre pays par les armes en 1759 et la France nous a abandonnés à notre sort en 1763.

    Les Anglais nous ont minorisés dans le Canada anglophone d’aujourd’hui et nous traitent comme une monorité ethnique. Ce n’est pas un accommodement raisonnable que nous voulons ; nous sommes les descendants des fondateurs du pays et nous voulons qu’ils nous rendent ce pays qui nous appartient en toute légitimité et qu’ils nous laissent vivre en paix, comme de bons voisins.

    Les différentes ethnies immigrées ou nées au Canada d’aujourd’hui, ou au Québec, sont venues de leur plein gré et ont accepté d’observer nos lois. Quand ils contournent nos lois au nom d’une religion du moyen-âge, (kirpans, foulards, écoles qui ignorent les règlements du Ministère de l’éducation, etc..) ils ne peuvent être comparés à la majorité québécoise qui veut qu’on lui rende son pays.


  • L’autonomie du Québec au sein du Canada : un « accommodement raisonnable » ? Suite et fin
    25 juillet 2007, par Jean-François Sénéchal

    Je suis en accord avec mes commentateurs. La distinction minorité nationale et minorité ethnique est justifiée. Cette distinction a d’ailleurs été savamment expliquée et défendue par le philosophe Kymlicka. Je ne comptais pas refaire ce débat.

    Or, cette article se sert très précisément de cette distinction comme prémisse. L’objectif de ce texte était très précisément de montrer comment ces deux minorités, évidemment historiquement et sociologiquement différentes, sont néanmoins politiquement engagés, à tort ou à raison, dans des problèmes similaires.

    Ainsi, si on ne peut évidemment pas comparer les pommes et les oranges, on peut, me semble-t-il, s’intéresser au problème du pourrissement des fruits et, ultimement, tenter d’identifier les solutions les plus intéressantes.

    Ce texte visait surtout à montrer que le Québec, en attendant qu’il se choisisse comme pays, est lui-même engagé dans cette lutte vers l’autonomie, vers l’accommodement et vers la reconnaissance des minorités culturelles à l’intérieur du Canada. Se faisant, il partage cette lutte avec ses propres minorités ethniques, mais ces derniers luttant à l’intérieur du Québec.

    Pour maintenir une certaine cohérence dans son discours politique, le Québec et ses décideurs doivent conséquemment s’assurer que les principes qu’ils défendent sur la seine fédérale sont cohérants avec ceux mobilisés pour interagir avec ses propres minorités culturelles.



Lancement du livre de Robin Philpot - 20 octobre 2008

Derrière l’État Desmarais : POWER


Collectif québécois contre Harper

Unissons nos voix



Raphaël Déry

14 octobre 2008

Farid Salem

14 octobre 2008

Meili Faille
(vs Michael Fortier)

14 octobre 2008

Vivian Barbot
(vs Justin Trudeau)

17 octobre 2008
Lancement - 17 octobre 2008

L’enseignement de l’histoire au XXIe siècle au Québec

23 octobre 2008
Pèlerinage en pays québécois - Poésie québécoise

Figures marquantes de la poésie québécoise

Conférencier : Philippe Haeck - Lectrice : Chloé Sainte-Marie
  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     14716$  74%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    10/10 Gilles Châtillon : 80$
    9/10 Simon Beaudry - collectif Identité québécoise : 50$
    6/10 Marc MJ Authier : 30$
    6/10 Sébastien-L Pageon : 100$
    6/10 Réal Croteau : 25$
    3/10 François-Xavier Simard : 50$
    2/10 Daniel Trépanier : 100$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net