Ce n’est pas un hasard si le débat sur l’indépendance du Québec et celui sur les accommodements raisonnables se rejoignent en fin. Ces deux débats sont en effet profondément liés par un même questionnement : « Comment défendre une minorité culturelle au sein d’une majorité culturelle ? ». Ainsi, en répondant à cette question, on répond simultanément à ces deux débats. Autonomie ou séparation ? La première solution me semble plus apte lorsqu’il s’agit de répondre de façon cohérente aux deux débats.
En effet, ces débats se recoupent. En tant que minorité culturelle, le Québec tente de défendre et de promouvoir sa culture, son histoire, ses valeurs au sein du fédéralisme canadien. En tant que majorité culturelle, ce même Québec doit aussi prendre position devant les demandes, admettons-le, parfois exigeantes et certainement maladroites de ses propres minorités culturelles. On remarquera la ressemblance du thème : ces minorités culturelles souhaitent défendre et promouvoir leurs valeurs, leur culture, leur histoire.
Face à ces débats distincts, soit, mais dont le questionnement est essentiellement le même, les partis politiques en place au Québec doivent s’assurer que leur réponse est valide pour les deux débats. Les réponses de l’Action démocratique de Mario Dumont et du Parti Québécois sont politiquement fort différentes. Le premier a choisi de promouvoir une certaine autonomie à l’intérieur du Canada, le second a choisi l’indépendance et la séparation. Ces choix peuvent expliquer, bien que partiellement, le succès du premier et les insuccès du second lors des dernières élections québécoises.
Ainsi, aux rapports conflictuels entre minorités culturelles et majorités culturelles, la réponse traditionnelle du Parti Québécois est en effet connue : l’indépendance. Une autonomie totale puisque c’est un tout nouveau pays qu’on souhaite créer. Ainsi, lorsqu’une minorité culturelle se sent menacée, lorsqu’elle se sent distincte, lorsqu’elle est distincte, on lui proposera notamment de s’extraire de sa société, en créer une autre qui pourra plus efficacement défendre ses valeurs et sa culture.
Cette pleine autonomie me semble toutefois problématique lorsqu’il s’agit de gérer les relations du Québec avec ses propres minorités. En effet, dans ses relations avec ses propres minorités culturelles, il est généralement souhaité que ces dernières s’intègrent au Québec, acceptent les valeurs démocratiquement choisies, participent au bien commun, construisent cette nation. Et si ces minorités culturelles tentaient plutôt de s’extraire de leur société, refusaient ses choix démocratiques, créaient leur propre société autonome, et cela, parce que leur identité et leur culture sont menacées ?
Aux rapports conflictuels entre minorités culturelles et majorité culturelle, la réponse qui me semble la plus apte pour répondre à ce conflit est une solution qui pour le moment est officiellement défendue par l’Action démocratique mais qui a été créée au sein même du Parti québécois : l’autonomie. Concrètement, cela permet à Dumont de promouvoir au Québec comme au Canada « l’importance de la reconnaissance du Québec comme nation » et « l’importance de rester dans le Canada ».
Cette position « autonomiste » n’est évidemment pas neuve. Elle a notamment été défendue par le philosophe Charles Taylor, co-président de la commission de consultation publique mise en place par le gouvernement québécois en réponse au problème des « accommodements raisonnables ». La solution autonomiste permet notamment à l’Action démocratique de Dumont d’affirmer sur le terrain des accommodements raisonnables, et en toute cohérence, la nécessité d’une « pleine reconnaissance des minorités culturelles à l’intérieur même du Québec » mais aussi « la nécessité pour ces minorités culturelles intra-Québec d’accepter les valeurs de la majorité au Québec lorsque ces dernières résultent de choix démocratiques ».
L’autonomie me semble être une réponse plus intéressante lorsqu’il s’agit de répondre de façon cohérente à ces deux débats que sont le débat « Québec-Canada » et le débat « minorité-majorité culturelle ».
Ironiquement, le Bloc Québécois est probablement la manifestation la plus flagrante de ce courant. En siégeant à Ottawa, le Bloc québécois défend, peut-être bien malgré lui, l’idée curieusement stable de Québec-indépendant-dans-un-Canada-Uni. « Le vrai Québécois, disait Yvon Deschamps, sait c’qu’y veut. Pis qu’est-ce qu’y veut, c’t’un Québec indépendant, dans un Canada fort ». Ce qui était drôle à l’époque semble avoir pris un ton plus sérieux.
En récupérant cette idée d’autonomie, l’ADQ a coupé l’herbe sous le pied du PQ lors des dernières élections, ce dernier ne pouvant plus défendre qu’un projet de séparation pour le moment bien impopulaire. Le débat qui a présentement lieu sur les accommodements raisonnables au Québec est – quoi d’autre ? - aussi un débat sur l’identité et la culture québécoise. Ce qu’elle est, ce qu’elle serait, ce qu’elle était, ce qu’elle sera.
Pour répondre au « vrai Québécois » de Deschamps les partis politiques québécois devront trouver des réponses populaires et cohérentes aux relations entre minorités culturelles et majorités culturelles. Le concept d’« autonomie sans partition » répond simultanément et de façon cohérente à ces deux débats. Reconnaissance de la richesse d’une minorité culturelle autonome ET Intégration de cette minorité dans un projet démocratique plus grand.
La solution autonomiste, qu’elle soit défendue par l’un ou l’autre des trois partis politiques au Québec, qu’elle soit promue au sein même du fédéralisme, qu’elle soit utilisée pour résoudre le débat sur les accommodements raisonnables ou celui sur la position constitutionnelle du Québec dans le Canada, est une solution qui doit être sérieusement considérée.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
