On sait que les souverainistes ont montré leur opposition à Justin
Trudeau au cours de sa campagne. Dès son lancement en septembre, une
centaine de membres du mouvement des Jeunes Patriotes du Québec avaient
alors manifesté devant le local électoral du candidat libéral de 36 ans,
afin de dénoncer son appui au bilinguisme et au fédéralisme.
Puis, vers la fin de la campagne, le chef bloquiste Gilles Duceppe a
qualifié Justin Trudeau de « menace pour l’avenir de la nation québécoise
et la langue française », en plus de l’accuser de vouloir ramener le Québec
« 40 ans en arrière » et de souhaiter « refaire les batailles de son père »
comme l’écrit Caroline St-Pierre de la Presse canadienne.
Hier soir, après une lutte serrée contre Vivian Barbot, quand il fut assuré de sa victoire, Justin Trudeau a donné une entrevue.
J’étais aux aguets. Tout allait bien. Il avait travaillé fort sur le terrain.
Il allait bien représenter ses électeurs. Pas un mot sur son adversaire Vivian Barbot, ce qui dénote une manque de classe flagrant. Le journaliste lui demande s’il pense à son père. Il hésite et répond : oui mon père a toujours voulu que je réponde à mes passions, j’ai enseigné, j’ai fait du travail communautaire et là je suis député. Question : le parti libéral sort affaibli de cette élection ; déjà on pense à remplacer Stéphane Dion. Réponse : Je ne serai pas mêlé à tout ça. Stéphane Dion est mon chef ; je le respecte ; je respecte son intégrité.
Question : Avez-vous appris quelque chose pendant cette élection ? Avez-vous compris qu’il faut réfléchir avant de semer la controverse ? Réponse : Oui, je sais qu’il faut faire attention et je le ferai maintenant que je suis député.
Là, sans avertissement, est venue la petite phrase (comme disent les Français). Justin Trudeau a dit : "M. Duceppe peut arrêter de s’inquiéter pour la nation québécoise." Chassez l’arrogance, elle revient au galop.
Le fils à papa que Vivian Barbot a déjà qualifié de jet-setter a les mêmes idées politiques que son père Pierre-Elliott Trudeau qui est le principal responsable de la Constitution de 1982 que le Québec n’a pas signée, de la Charte des droits qui permet de paralyser l’application de la loi 101 et de la politique de multiculturalisme qui nuit à l’intégration des immigrants à la culture québécoise. Or, pouvez-vous me trouver une seule idée politique de Justin Trudeau qui soit différente de celles de son père !
Justin, avec ton élection, il y a lieu de s’inquiéter pour la nation québécoise que ton père a passé toute sa vie politique à affaiblir et à neutraliser. Juste un exemple qu’on a tendance à oublier : PET était contre la nationalisation des compagnies privées d’électricité. As-tu une seule idée personnelle sur le Québec, sa langue française, son avenir, son développement et sa relation avec le Rest of Canada ?
Je suis triste pour Vivian Barbot qui a obtenu 39% des votes. Je suis désolé que 42% des électeurs de Papineau se soient laissé séduire par une certaine justinomanie qui fait penser à la trudeaumanie. A moins qu’on prenne le point de vue de Patrick Lagacé qui soutenait que l’élection de Justin serait la meilleure chose qui pourrait arriver aux souverainistes toujours aussi stimulés par l’arrogance des adversaires, comme on l’a vu dans le cas de Michael Fortier dont le panneau publicitaire insultant visait à défranchiser le vote de 7.8 millions d’électeurs qui avaient voté pour le Bloc québécois en 18 ans. Exit Michael Fortier.
Félicitations à Gilles Duceppe qui a parlé clairement de souveraineté, le soir de sa victoire. Félicitations aussi à Jean Dorion, nouveau député de mon comté Longueuil-Pierre-Boucher qui a gagné avec une majorité de 14,000 votes.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 15 octobre 2008
