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Lettre ouverte à l’éditorialiste en chef de La Presse
L’argument massue d’André Pratte en faveur des conservateurs
Votre argument massue pour me convaincre de voter conservateur ne me touche donc absolument pas.
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
samedi 4 octobre 2008      274 visites


Monsieur Pratte, oublions la plainte que j’ai faite contre vous au Conseil de presse qui m’a donné en partie raison, et, comme disent les Américains, engageons une conversation. Ce dialogue, comme les débats des chefs, c’est un jeu de société qui peut avoir sa place dans une société dite démocratique.

Dans votre éditorial d’aujourd’hui intitulé Le Phénomène Duceppe, vous essayez de me convaincre de ne pas me satisfaire d’un rôle de simple spectateur à Ottawa et de voter pour un parti fédéral qui pourrait prendre le pouvoir. Votre façon de considérer le Bloc comme “simple spectateur” est contredite par le rôle joué par le Bloc comme opposition surtout dans un contexte possible de gouvernement minoritaire, mais passons pour le moment.

Je vous sais gré de ne pas “sous-estimer les talents exceptionnels de M. Duceppe. Voici ce que vous écrivez pour me convaincre de voter conservateur.

“Cette année, les Québécois se retrouvent pourtant devant des partis de gouvernement susceptibles de leur plaire. Les conservateurs de Stephen Harper ont pris des décisions importantes en faveur du Québec, notamment la reconnaissance de la nation. Néanmoins, beaucoup de gens balaieront du revers de la main ce geste historique au motif que quelques programmes de soutien aux arts ont été annulés.”

La reconnaissance de la nation mérite un examen serré et sans complaisance.

1- Est-ce que les Conservateurs auraient proposé d’eux-mêmes de reconnaître la nation québécoise ? La réponse est non.

2- C’est le Bloc québécois qui a proposé que le Parlement d’Ottawa reconnaisse que le Québec (tout le Québec, tous les habitants du territoire du Québec) forme une nation point à la ligne.

3- Pognés avec cette patate chaude, Steven Harper et Stéphane Dion ont transformé la résolution du Bloc pour aboutir à : “Les Québécois” (en français dans le texte) forment une nation dans un Canada uni” Le Québec est devenu “Les Québécois” ce qui est une forme d’ethnicisation de la nation québécoise si bien qu’un ministre conservateur a démissionné à cause de cette ethnicisation. Et Stéphane Dion en a profité pour dire que les Québécois forment une nation au sens sociologique du terme et non politique ce qui est faux car cette nation québécoise s’appuie sur l’Assemblée nationale du Québec qui a beaucoup de pouvoirs politiques et qui a un budget de 60 milliards.

4- Cette résolution qui ethnicise la nation québécoise, en plus, lui donne la permission d’exister uniquement “dans un Canada uni” ce qui est pratiquement nier le droit des peuples à l’autodétermination ce qui la rapproche de la Clarity law, Loi sur la clarté de Chrétien-Dion.

5- Bien qu’elle ne donne aucun pouvoir au Québec, certains savants constitutionnalistes se sont forcés pour dire que cette résolution a une minime signification symbolique possible et que c’est mieux que rien. Voilà pourquoi le Bloc a voté pour cette reconnaissance de la nation bien que les inconvénients politiques soient considérables puisque les Conservateurs s’en servent en lui donnant un sens qu’elle n’a pas pour “séduire” les Québécois avec pas grand’chose.

Alors, M. Pratte, quand vous écrivez :

“Les conservateurs de Stephen Harper ont pris des décisions importantes en faveur du Québec, notamment la reconnaissance de la nation. Néanmoins, beaucoup de gens balaieront du revers de la main ce geste historique au motif que quelques programmes de soutien aux arts ont été annulés.”, mon commentaire est le suivant :

La reconnaissance de la nation n’est pas une décision importante en faveur du Québec et ce n’est surtout pas un “geste historique”. Votre argument massue pour me convaincre de voter conservateur ne me touche donc absolument pas. Et comme je ne souffre d’aucun complexe d’infériorité par rapport à votre titre “prestigieux” d’éditorialiste en chef de La Presse, je vous mets au défi de contredire mon analyse de la reconnaissance de la nation. Si vous dites que j’ai tort, prouvez-le.

Robert Barberis-Gervais, Longueuil-Pierre-Boucher, samedi 4 octobre 2008

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