Une opinion émise dans Le Devoir du 13 février par un dirigeant adéquiste, Jean-François Landry, démontre que l’ADQ est un parti ayant perdu ses repères. Tout porte à croire que l’ADQ ne s’est pas remis de son importante défaite du 8 décembre dernier. Dans un premier temps, l’argument que le Parti québécois ne s’occupe pas de la crise économique ne tient pas la route puisque le PQ ne gouverne pas, et l’aile parlementaire du PQ questionne quotidiennement le gouvernement sur sa façon d’agir face à la crise économique. Ce qui est étonnant, c’est que l’auteur de l’opinion mentionne que la crise économique est sa principale préoccupation mais il consacre son opinion à débattre sur ce qu’il qualifie d’événements majeurs, soit la commémoration des Plaines d’Abraham et des propos du Président Sarkozy.
En fait, il y a un concensus au Québec qui va au-delà des souverainistes, que la reconstitution de la bataille des Plaines des d’Abraham n’est pas une bonne idée puisque qu’elle tend à diviser la population. Seul l’ADQ est favorable à cet évènement. Plusieurs historiens s’opposent à cette initiative, notamment John Dickinson qui croit que l’événement est du même ordre que l’incident de Brockville, lorsque des anglophones avaient piétiné le drapeau du Québec devant des caméras de télévision. Quant au PQ, Pauline Marois a déclaré : "Nous déplorons l’approche que l’on veut donner à cet événement. Pour nous, il s’agit d’un événement tragique. Nous croyons que s’il y a une chose qui doit être rappelée lors de la reconstitution des événements de 1759, c’est d’abord le début de la fin de la Nouvelle-France, la survivance, la résilience et le courage du peuple français d’Amérique qui a pu survivre malgré la conquête, malgré le fait que Québec ait été assiégée, que nos ancêtres aient souffert, que nos fermes aient été brûlées, que des milliers d’hommes et de femmes sont morts. Nous avons été conquis »
Nous constatons que l’ADQ qualifie les opposants à la reconstitution de la bataille et tous les souverainistes de colonisés. Il faut croire qu’ils n’ont fait aucune recherche quant à la nature du mot. Selon Frantz Fanon, un important penseur qui s’est attardé sur les conséquences psychologiques de la colonisation, l’intellectuel colonisé a tout fait pour assimiler et s’assimiler à la culture dominante. Il a participé, souvent de manière inconsciente et sous la pression du monde culturel dominant, à sa propre aliénation. Cette description ressemble aux partisans de la commémoration festive des Plaines d’Abraham.
En quoi rendre un événement tragique de l’histoire festif est, comme l’écrit M. Landry, "un signe que nous avons dépassé cet épisode et continué à grandir en tant que peuple ? (...) les Québécois sont suffisamment grands et intelligents pour se rappeler tant ce qu’ils aiment que ce qu’ils aiment peut-être moins, tant les épisodes historiques glorieux que ceux qui sont plus délicats." Comme Bernard Descoteaux l’a écrit dans son éditorial du 2 février, il y a d’autres façons de signaler cette bataille tel " la publication de livres, par des expositions, des conférences et des colloques, comme le préparent quelques institutions de Québec pour informer, faire comprendre et provoquer une réflexion sur le sens de cet événement."
Cette lettre d’opinion démontre que pour l’ADQ, la conception de l’histoire est avant tout mercantile puisque pour peu que ça puisse attirer des touristes et des retombées économiques, un événement est important d’être souligné. De plus, il faut croire que l’ADQ est en accord avec le fait qu’un chef d’État d’un pays étranger puisse s’ingérer dans les affaires du Québec. Force est de constater que l’ADQ prend le terrain des libéraux quant à sa position fédéraliste, ce qui nous rappelle, que le PQ est le meilleur parti pour défendre les intérêts des Québécois.
Martin Aumais Membre du Parti québécois


