Êtes-vous un citoyen de première classe ?

L’anglais qui rend intelligent

Au Québec, juste parler anglais suffirait-il pour devenir sénateur ou premier ministre ?

Billet — Louis Lapointe
vendredi 18 septembre 2009
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Je me souviendrai toujours de la campagne électorale de 1976, celle qui avait permis au PQ de remporter ses premières élections. L’Union Nationale, un des ancêtres de l’ADQ, avait mené une campagne agressive auprès des électeurs anglophones du sud-ouest du Québec. Le parti de la loi 63 - une loi adoptée à la fin des années 60 qui donnait aux parents le libre-choix de la langue d’enseignement de leurs enfants - avait fait porter toute sa campagne sur ce qui distinguait un citoyen de première classe d’un citoyen de deuxième classe.

Je revois encore Rodrigue Biron expliquer aux Québécois qu’un citoyen de deuxième classe est celui qui ne parle que français, alors qu’un citoyen de première classe est celui qui parle anglais. Il fallait donc donner à tous les enfants québécois la possibilité de recevoir un enseignement en anglais si c’était le vœu de leurs parents, afin qu’ils puissent devenir des citoyens de première classe.

Ce discours, d’abord destiné aux francophones, a eu beaucoup plus de succès auprès des anglophones qui n’avaient toujours pas digéré l’adoption, sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa, de la loi 22 qui limitait l’accès à l’école anglaise aux enfants dont la langue maternelle était l’anglais. Ils ont été nombreux parmi eux à comprendre que la proposition de Rodrigue Biron faisait de l’anglais la langue officielle du Québec.

Voilà comment plusieurs anglophones ont été amenés à voter pour l’ancien parti de Maurice Duplessis, ceux qui voulaient punir Robert Bourassa. Un courant populaire qui a même permis l’élection d’un député de l’Union nationale du nom de William Shaw dans le très anglophone comté de Pointe-Claire, un sérieux avertissement pour les libéraux !

C’était avant l’adoption de la loi 101, la Charte de la langue française, avant que Rodrigue Biron passe dans le camp du oui en 1980 et devienne par la suite ministre du gouvernement de René Lévesque. L’histoire a parfois de ces revers !

Cette idée que les citoyens de première classe parleraient anglais a fait beaucoup de chemin depuis 1976. Elle est de plus en plus vivante au Québec, même si l’expression inventée par Rodrigue Biron n’existe plus. On se demande même si parler anglais ne rendrait pas plus intelligent. Peu importe que vous n’ayez aucun diplôme. Peu importe que vous ne sachiez ni lire, ni écrire. Si vous savez parler anglais, tout est possible. Vous pouvez même devenir sénateur.

C’est un fait, même s’il n’a jamais su lire, ni écrire, Jacques Demers connaît son hockey et a fait l’effort d’apprendre à parler anglais, ce qui lui a permis de devenir un entraîneur dans la Ligue nationale de hockey, puis l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal et, enfin, gagner la Coupe Stanley, le nirvana de tous les Québécois. Voilà pourquoi Jacques Demers risque de devenir un modèle pour de nombreux jeunes Québécois.

Avouez que nous ne sommes pas très loin du discours de Rodrigue Biron en 1976 qui rejoint d’une certaine façon celui d’Éric Caire en 2009, un aspirant à la direction de l’ADQ qui n’a pas de diplôme universitaire. Si le simple fait de parler anglais fait de vous un citoyen de première classe et peut vous permettre d’être nommé sénateur sans que vous ne sachiez ni lire, ni écrire, qu’est-ce qui légitimement vous empêcherait d’aspirer à devenir premier ministre sans posséder de diplôme universitaire, même pas un diplôme collégial. Au Québec, juste parler anglais suffirait-il pour devenir sénateur ou premier ministre ? Parlez-en à Pauline Marois...

Rodrigue Biron avait bien raison. Quand on sait parler anglais, on est en première classe. Et puis, je commence à croire que parler anglais rend vraiment intelligent. Ça prenait juste un anglais comme Stephen Harper pour nommer Jacques Demers sénateur. Un génie, je vous le dis !

Commentaires

  • Marie Mance Vallée, 19 septembre 2009 11h53

    Intelligents ? Sans doute...

    Mais surtout savants...et ça fait chic.

    J’avais une vieille tante qui aurait bien 100 ans aujourd’hui et elle appelait son mari Georgé (à l’anglaise).

    Comme vous voyez ce n’est pas d’aujourd’hui.

    Marie Mance V

  • Grand-papa, 18 septembre 2009 13h03

    « L’anglais, ce n’est jamais que du français mal prononcé. »

    Georges Clémenceau

    Si on connaît l’histoire de la langue anglaise, cette citation est très proche de la réalité.

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