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J’ai toujours été un admirateur de Jacques Parizeau. Mais cela ne veut pas dire que je me sens obligé d’endosser tout ce qu’il dit.
J’aime le courage, la droiture, la détermination, le panache, le refus des modes, l’intégrité de ce diable d’homme. Regardez la scène politique actuelle. Vous en voyez beaucoup de ces hommes plus grands que nature, qui ont l’air d’être sortis tout droit d’un roman ?
Monsieur Parizeau est venu prononcer récemment un important discours à HEC Montréal. Il a expliqué que le Québec, que cela plaise ou pas, n’avait pas le choix que de devenir beaucoup plus compétitif si nous voulions maintenir notre qualité de vie.
Or, qui dit compétitivité dit productivité et innovation, donc un système d’éducation beaucoup plus efficace. Jusque-là, rien à redire.
Oups !
Mais à mon grand étonnement, monsieur Parizeau a ensuite entonné un vieux refrain qu’on n’entend plus, de nos jours, qu’à l’extrême gauche québécoise : ni la dette ni la démographie ne seraient des problèmes sérieux.
Désolé, mais si on peut très raisonnablement se dire inquiet plutôt que catastrophé, on ne peut d’aucune façon prétendre qu’il n’y a pas là deux authentiques problèmes, si on ne veut pas refiler aux générations futures une facture fiscale qui les écrasera.
Comme n’importe quel individu qui emprunte, le gouvernement du Québec paie des intérêts sur sa dette, qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Certaines dépenses gouvernementales peuvent être repoussées à l’année suivante. Pas le paiement des intérêts sur la dette. Troisième dépense du gouvernement après la santé et l’éducation, ces intérêts grugent 13 sous de chaque dollar dépensé par le gouvernement, et nous coûtent plus cher que l’aide sociale ou la politique familiale.
Comme les dépenses de santé occupent une part toujours plus grande du budget du gouvernement, la pression sur les autres missions de l’État, qui est déjà presque intenable, ira donc en empirant si rien n’est fait. Voyez l’état de nos routes et des toits de nos écoles.
Évidemment, le gouvernement du Québec ne peut interdire aux gens de tomber malade ou, comme Ottawa, pelleter ses problèmes dans la cour des autres.
Trompeuses comparaisons
Monsieur Parizeau minimise le problème de la dette en comparant le Québec à d’autres pays de l’OCDE.
Les chiffres de l’OCDE incluent les dettes de tous les niveaux de gouvernement d’un pays. Pour qu’une comparaison avec le Québec soit valable, il faut donc aussi tenir compte des dettes de nos réseaux de la santé et de l’éducation, de nos municipalités, ainsi que notre part de la dette fédérale.
Quand on refait les calculs, on s’aperçoit que le Québec se retrouve avec la cinquième dette en importance de l’OCDE après le Japon, l’Italie, la Grèce et la Belgique.
Il est vrai que le poids de la dette du Québec baisse en proportion de la taille de notre économie. Mais il baisse à la vitesse de l’escargot. Or, très rapidement, le vieillissement de la population freinera les revenus du gouvernement et augmentera fortement ses dépenses de santé.
Les économistes Luc Godbout et Pierre Fortin viennent de calculer qu’en appliquant la pyramide des âges de 2004 sur l’année 2031, il en résultera alors un manque à gagner de 11,6 milliards de dollars pour le gouvernement du Québec, soit environ le cinquième de son budget actuel. J’invite respectueusement ceux que cela intéresse à jeter un oeil sur leurs travaux.
On observe, c’est vrai, une hausse des naissances au Québec depuis deux ans. Mais elle est extraordinairement modeste et, de toute façon, ces nouveau-nés ne contribueront pas à l’économie avant une vingtaine d’années. On voit aussi mal comment le Québec pourrait intégrer tellement plus d’immigrants que le nombre actuel.
Je vous avais prévenu : l’admiration n’exclut pas les désaccords.

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