L’INDÉPENDANCE ET L’INTERDÉPENDANCE DU QUÉBEC

La part de l’Histoire. La part de la Décision.

Chronique de Bruno Deshaies
vendredi 1er février 2013
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L’histoire du temps présent ne se dédouane pas facilement du Passé. Le Présent est, mais il a déjà été et il sera demain un autre Présent. Le Présent, c’est la Vie, le lien entre l’avant et l’après. Le temps présent n’est pas simple.

La part de l’Histoire pèse sur nos épaules. Le temps révolu est irréparable. Cependant le devenir, il faut se le permettre. L’avenir doit avoir son propre visage. Il faut le concevoir clairement pour le réaliser concrètement.

L’interaction des individus dans la société doit se faire autour d’un objet commun pour qu’elle parvienne à être productive. Le travail d’accouchement de la décision sera rude. Mais une fois que « la clef de voûte de tes vérités contradictoires » est clairement découverte, il faut agir nécessairement, car « son pouvoir, tu ne le connaîtras qu’une fois qu’il sera devenu » (voir la 400e chronique).

LA PART DE L’HISTOIRE

À l’heure actuelle, la part de l’Histoire brouille les cartes. Ce temps révolu qui est irréparable contamine notre pensée dans le Présent. Or, il est anormal de fonder l’avenir sur une méconnaissance de la courbe historique qui façonne, conditionne et limite l’horizon de notre présent « national » en tant que Québécois.

Il faut s’arrêter un instant sur ce point capital, car nos illusions ne causent pas notre état de vie actuelle. Il s’agit plutôt d’une erreur d’appréciation qui vient aggraver légèrement notre situation sans en être la cause. Ici, il faut prendre garde à deux faits :

1o bien apprécier la situation n’empêche pas la réalité historique de se produire ;

2o le fait d’être plus lucide ne corrige pas notre infériorité économique et politique.

La médiocrité de notre situation ne vient pas des erreurs d’interprétation. Il faut surtout comprendre et bien retenir ce point.

Mettre le cap sur l’indépendance nationale de la société québécoise trouve ses raisons d’être dans son évolution historique. Récapitulons les principales étapes de notre parcours historique depuis l’établissement de « l’Abitation de Kébec » par Champlain.au pied du Cap Diamant.

La fondation de Québec, en 1608, marque le premier moment de la colonisation française de peuplement en Amérique du Nord. C’est le premier temps du développement de la Nouvelle-France. Cette colonie française au Canada aurait eu la possibilité et l’immense avantage d’être dotée de l’autonomie interne et externe et être présente par elle-même au monde. Force est de reconnaître que la trajectoire historique a été bien différente.

La capitulation de Montréal, en 1760, par le gouverneur général Vaudreuil met fin à cet espoir. La colonie française du Canada perd cet avantage essentiel à son développement collectif dans le cadre de la Nouvelle-France. À la place, les Canadiens passent sous l’occupation militaire britannique et la dépendance du gouvernement anglais dans la colonie avec l’appui de la métropole anglaise. La France est éliminée. La défaite fondamentale vient changer radicalement l’avenir des premiers habitants.

La Proclamation Royale de 1763 consolide le pouvoir militaire par un pouvoir civil contrôlé entièrement par des Britanniques et une petite classe métropolitaine apte à maîtriser les postes de commande des affaires et de l’économie. Le plan vise d’abord à organiser la colonisation anglaise dans la vallée du Saint-Laurent. Ce fait marque le début de l’infériorité politique et économique des Canadiens français.

Les Canadiens de la Nouvelle-France doivent dorénavant obéir au nouveau gouvernement et à une minorité de britanniques qui viennent s’installer à Québec et à Montréal. Dès lors, ils sont engagés dans un processus d’ANNEXION. Essentiellement, ce terme signifie le remplacement qui, en l’occurrence, touche tous les aspects de la vie d’une société, soit politique, économique, social et culturel. La 15e Colonie anglaise devient The Province of Québec.

Une guerre de races pour L’INDÉPENDANCE NATIONAL s’annonce dès 1760. La courbe historique du Canada Français est infléchie par la subordination au Canada-Anglais. La deuxième capitulation des Canadiens-Français est marquée par l’ACTE D’UNION, en 1840, puis par l’acceptation de l’UNION par Louis-Hyppolite LaFontaine, en 1842. De la Nouvelle-France, il ne restera plus que le résidu minoritaire d’une colonisation française inachevée et manquée.

LA CRÉATION DU DOMINION OF CANADA entre 1864-1867 complétera le processus d’annexion, de superposition, de subordination, de provincialisation et d’infériorisation politique, économique et culturelle. Les Québécois-Français constituent alors une minorité permanente, sous un système politique souverain, dominé par une autre nation majoritaire, le Canada-Anglais. Puis, en 1931, le Statut de Westminster confirme l’indépendance du Canada. Le remplacement par un autre devient formel et définitif.

LA PART DE LA DÉCISION

De 1867 à 1931 et jusqu’à nos jours, le Québec demeure toujours une province « comme les autres » dans un état fédéral très centralisé. Rien n’a changé quant à la conclusion de l’historien Maurice Séguin sur ce point capital du sort du Québec-Français. Voici comment il résumait la situation, en 1963-1964, dans son cours universitaire télévisé sur les ondes de Radio-Canada.

XVIII.─ UNE NATION CANADIENNE-FRANÇAISE, AVEC UN DEMI-ÉTAT PROVINCIAL

Les Canadiens-Français ne sont pas entrées dans l’union fédérale. Les Britanniques ont dû les faire tomber. Tombé dans l’annexion sous l’union législative de 1841, le Canada-Français, en 1867, remonte légèrement vers une annexion mieux délimitée dans une union fédérale de type très centralisé.

L’union fédérale de 1867 n’est que l’union législative de 1841 améliorée en ce qui concerne les concessions locales, provinciales, faites aux Canadiens-Français. En outre, la nation canadienne-française minoritaire ne possède qu’une emprise limitée sur un rouage provincial aux compétences restreintes et aux pouvoirs de taxation encore plus réduits à cause de la présence au cœur même du Québec des maîtres du Canada-Anglais.

Référence : Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, 1997, Leçon XV, p. 389.

De cette situation inchangée fondamentalement, les Québécois demeurent toujours au stade d’une prise de décision collective majeure.

En 2013, LE CANADA-FRANÇAIS D’HIER EST TOUJOURS AU LENDEMAIN DE 1760. Toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner. Les QUÉBÉCOIS-FRANÇAIS n’ont plus d’autres choix que de réaliser collectivement leur indépendance. Les QUÉBÉCOIS doivent s’unir pour créer une unité politique indépendante reconnue par les autres États dans le monde.

La décision à prendre est capitale pour la nation québécoise. Notre « objet commun » d’interaction et de compréhension devrait être le suivant :

LE QUÉBEC INDÉPENDANT DOIT DISPOSER D’UN ÉTAT SOUVERAIN ET DE TOUS LES POUVOIRS COMME NATION INDÉPENDANTE CAPABLE :

– DE COMMANDER SA PROPRE VIE POLITIQUE TANT À L’INTÉRIEUR QU’À L’EXTÉRIEUR ;

– DE GÉRER SA PROPRE VIE ÉCONOMIQUE ;

– DE MAÎTRISER SA PROPRE VIE CULTURELLE.

DE CE FAIT, L’ÉTAT DU QUÉBEC SERA DISTINCT DES AUTRES. IL VIVRA AVEC LES AUTRES MAIS PAR SOI. IL SERA LIBRE DE COLLABORER TOUT EN ÉTANT AUTONOME AINSI QU’EN PARTICIPANT PAR SOI À LA VIE INTERNATIONALE.

OOOO

LE CANADA ACTUEL DANS LE MONDE

VS

LE QUÉBEC ACTUEL DANS LE MONDE

Comment se présente la situation actuelle pour les Québécois.

Le Canada comme État fédéral indépendant devient dépendant en ce qui concerne la VIE et l’ORGANISATION internationales. On peut le considérer comme une « ROVINCE de l’UNIVERS ». Par contre, la « nationalité déjà fédérée » devient « une province d’une PROVINCE de l’UNIVERS FÉDÉRÉ ». Elle est déjà « parvenue au « status » provincial un peu plus tôt que les autres ». Tel est le cas du Québec en tant qu’État fédéré et non fédérant.

En revanche, le Canada actuel a l’unique avantage de pouvoir :

1o vivre avec les autres, mais par soi,

2o de collaborer mais dans l’autonomie et

3o de participer à la vie internationale à condition d’agir « Together but on our own feet ».

Ce pays ou cette nation détient alors le pouvoir d’agir (par soi) collectivement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Bien que le Canada soit une nation satellite des États-Unis, l’État canadian est toutefois reconnu dans son statut d’unité politique internationale. Il jouit donc de cette liberté collective qui réside dans le principe de l’égalité souveraine qui inclut la souveraineté de l’État.

Max Gounelle explique cette souveraineté politique en ces termes :

1. C’est le droit de se déterminer librement en matière de système politique national.

2. C’est le droit exclusif d’exercer tous les pouvoirs étatiques sur le territoire, monopole de législation et réglementation, de juridiction et de contrainte.

3. C’est le droit de choisir et d’élaborer librement une politique autonome en matière de relations internationales.


_______________________________________________________

Max GOUNELLE, Relations internationales, 5e éd. augmentée, Paris, Dalloz, 2001, p. 136-137 (Coll. « Mementos »). 1re éd., 1992 et 9e éd. revue et augmentée, 2010, 252 p. ________________________________________________________

L’État du Québec actuel dans le monde ne jouit pas des avantages de la nation canadian parce qu’il ne représente qu’une nation annexée, fédérée, subordonnée et superposée. Pour être pleinement indépendant, le Québec doit acquérir une maîtrise suffisante de sa vie collective, soit une maîtrise suffisante de la vie intérieure et une maîtrise suffisante de la vie extérieure. Sur ce dernier point, soit celui de la vie extérieure, il s’agit d’une présence par soi, sans collectivité interposée, au monde extérieur. Telle est la signification profonde des expressions « être maître chez soi » et « être présent au monde » pour une collectivité distincte qui veut acquérir le statut de « nation indépendante ».

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LES QUÉBÉCOIS-FRANÇAIS D’AUJOURD’HUI VIVENT
DANS UNE SITUATION HISTORIQUE TROUBLANTE.

« …les Canadiens-Français subsistent comme un peuple « chambreur »
dans l’une des pièces les plus importantes de la maison
qui a été construite et qui est possédée par une autre nation. »

Une nouvelle interprétation de notre histoire devrait nous faire saisir que notre dépendance intrinsèque à un autre État contrecarre la voie nationale pour accéder à l’indépendance et l’interdépendance du Québec dans le monde. La méconnaissance ou le refus de le reconnaître retarde et même empêche sa réalisation. Le problème est essentiellement d’ordre NATIONAL.

La part de l’Histoire mise en preuve dans cette chronique le démontre amplement. Malgré tout, la part de la Décision demeure en suspens encore. Il manque cet « objet commun » qui nous mettrait au même diapason sur le plan de l’ idée d’indépendance . L’explication fournie est tangible et claire.

Avons-nous maintenant le désir d’y mettre en synergie toutes nos volontés et la pression là où il le faut avec la détermination d’y parvenir avec succès ? Pouvons-nous trouver le temps de trouver un mode d’interaction entre nous sur un « objet commun » avec les mots qui conviennent afin de les partager avec le plus grand nombre de personnes dans la société québécoise ? Voulons-nous mettre à part les petites rivalités idéologiques et commencer à propager l’idée d’indépendance sur des bases solides ? Sommes-nous capables de dialoguer plutôt que de monologuer ?

En guise de réflexions, voici un autre extrait de Maurice Séguin sur notre passé.

L’ESSENTIEL DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS

Survivance et autonomie restreinte

Inutile de dire qu’il ne faut tenir aucun compte de ces questions plus que secondaires : le status de la langue française, la part des Canadiens-Français dans la fonction publique du gouvernement central ou national du Dominion of Canada, le traitement réservé aux minorités de langues françaises perdues dans les provinces anglaises d’un Dominion britannique. La situation politique, le status constitutionnel de la nation canadienne-française, c’est-à-dire du bloc canadien-français du Québec, nous intéresse bien davantage.

Peut-on affirmer à propos de la place réciproque du Canada-Anglais et du Canada-Français dans l’union fédérale l’« equal parternship of the two founding races » ? Peut-on parler de l’association à titre de peuples égaux des deux nations fondatrices ?

Évidemment non. Ni en 1760, ni en 1840, ni en 1867 et pas plus qu’en 1960 [ni encore aujourd’hui en 2013], il n’y a eu, répétons-le, ni égalité de droits, ni égalité de fait entre les deux nationalités. On sait que l’une possède toute la souveraineté locale et centrale tandis que l’autre ne détient qu’une autonomie provinciale seulement. Du régime de 1840 et de 1867, ne peut sortir, pour les Canadiens-Français, l’épanouissement politique, économique et culturel. En ce sens, 1867 n’est pas un échec. L’union législative à caractère fédéral de 1841 et l’union fédérale de 1867 recouvrent avec exactitude la réalité sociale canadienne-française et canadienne-anglaise. Ces deux constitutions sont l’expression, dans l’ordre constitutionnel, d’un échec colonial de la part de l’Empire français et d’une réussite coloniale de la part de l’Empire britannique.

A la colonisation réussie, à la nation coloniale victorieuse, la Loi constitutionnelle de 1867 donne un État central national et des États provinciaux. Ces derniers sont susceptibles d’être facilement et entièrement mis au service de l’État central. À la colonisation ratée, à la nation coloniale vaincue mais toujours présente, la Constitution de 1867 ne donne qu’un État local ou provincial. Bref, une constitution de vainqueur pour les vainqueurs ; une constitution de vaincu pour les vaincus.

Ainsi, dans leur propre patrie devenue province parce que le Bas-Canada, en 1840 et en 1867, était la plus importante des colonies britanniques, dans ce Québec où la nationalité canadienne-française est dominée politiquement et économiquement depuis 1760, dans ce Québec bisethnique, biculturel et bilingue, les Canadiens-Français subsistent comme un peuple « chambreur » dans l’une des pièces les plus importantes de la maison qui a été construite et qui est possédée par une autre nation. Le Canada-Anglais ne peut s’édifier et se développer sans ruiner et sans provincialiser le Canada-Français.

Le Canada-Français survivra ! Il bénéficiera de l’autonomie politique restreinte difficile à utiliser à cause de la présence au cœur même du Québec de la grande bourgeoisie du Dominion of Canada. Cette autonomie restreinte encadrera tant bien que mal une survivance médiocre, mais qui semble indestructible. Le Canada-Français est comme figé dans l’inquiétude d’une survivance qui paraît sans issue. Conséquemment, incapable de se libérer et incapable de disparaître, le Canada-Français est coincé en subissant une domination étrangère sans être assimilé.

De cette autonomie provinciale de 1867, l’on peut réaffirmer ce que l’on disait de l’autonomie obtenue dès 1842, avec LaFontaine, sous l’Union. Cette autonomie politique est absolument impuissante à conduire les Canadiens-Français à une maîtrise suffisante de la vie économique de l’État provincial qu’est le Québec. Il reste un État investi par la grande vie financière, commerciale et industrielle du Dominion of Canada. Il est en effet impensable que la réalité économique du Québec (ce concept impliquant bien davantage que les seules ressources naturelles) soit majoritairement possédée par les Canadiens-Français. Et ceci, aussi longtemps que le Québec demeure une province d’un Dominion transcontinental britannique.

Référence : Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, 1997, Leçon XVI, p. 400-402

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APPENDICE

Histoire de deux nationalismes au Canada

Table des matières

Préface (Bruno Deshaies)

Avertissement aux étudiants (Maurice Séguin)

LEÇON I Introduction

LEÇON II Début du Canada-Anglais, 1763-1774

LEÇON III Séparatisme du Canada-Anglais et survivance canadienne-française, 1774-1787

LEÇON IV Un État séparé pour les Canadiens-Français ? 1787-1796

LEÇON V Trente ans après la conquête. Qui gouverne ? 1796-1867

LEÇON VI Subordination économique des Canadiens-Français et crise politique majeure, 1808-1810

LEÇON VII Les divisions politiques et la crise nationale s’accentuent, 1812-1822
LEÇON VIII Projets d’Union, 1822-1828

LEÇON IX Question d’émancipation politique et économique, 1828-1834

LEÇON X Exaspération de la crise, 1834-1837

LEÇON XI Crise de 1837 et Rapport Durham 1837-1839

LEÇON XII Deuxième capitulation des Canadiens-Français, 1839-1842

LEÇON XIII Illusions canadiennes-françaises et autonomie locale, 1840-1850

LEÇON XIV De l’union législative de 1841 à l’union fédérale de 1867, 1850-1867

LEÇON XV Création du Dominion of Canada, 1864-1867

LEÇON XVI Le Canada, le Québec et l’Empire, 1867-1960 [cf., supra l’extrait]

LEÇON XVII Maîtrise de la vie politique et économique au Canada-Anglais et au Canada-Français, 1867-1964

Bibliographie
Bio-chronologiei de Maurice Séguin
Témoignage

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LES NORMES
de
Maurice Séguin

PLAN GÉNÉRAL

PREMIÈRE PARTIE

Introduction : interprétations anciennes et nouvelle interprétation

Exposé et discussion des normes

Chapitre premier : Vie et conditions de vie
Chapitre deuxième : Dynamique intégrale (interne) de la société
Chapitre troisième : Sociologie du national
Chapitre quatrième : Le NATIONAL et SOCIAL
Chapitre cinquième : ÉTAT et ÉGLISE
Chapitre sixième : Colonisation intégrale

DEUXIÈME PARTIE

L’explication historique : synthèse de l’évolution politique (et économique) des deux Canadas

Chapitre septième : Avant 1760 : un seul Canada
Chapitre huitième : 1763 : début du Canada anglais

TROISIÈME PARTIE

Supplément aux normes et l’explication historique

Chapitre neuvième : Le développement économique intégral ou « de quelques leçons sur l’économie progressive »

Chapitre dixième : La notion d’indépendance dans l’histoire du Canada

1. Le concept de l’indépendance d’une collectivité ;

2. La courbe historique de l’histoire des deux Canadas.

Les deux Canadas : lutte nationale, « canadianisme » et fédéralisme

Commentaires

  • Bruno Deshaies, 26 mars 2013 12h06

    26 mars 2013, par Bruno Deshaies

    Réfléchissons sur ces événements à la lumière du centième chapitre de Citadelle d’Antoine de Saint-Exupéry (chapitre C en chiffres romains).

    « Car celui-là que tu condamnes, sa belle part pourrait être grande. »

    Si donc tu emprisonnes selon une idée préconçue et s’il se trouve que tu en emprisonnes beaucoup (et peut-être les pourrais-tu emprisonner tous, car tous charrient une part de ce que tu condamnes, comme le serait d’emprisonner les désirs illégitimes, et des saints eux-mêmes iraient en prison), c’est que ton idée préconçue est mauvais point de vue pour juger des hommes, montagne interdite et sanglante qui départage mal et te force d’agir contre l’homme lui-même. Car celui-là que tu condamnes, sa belle part pourrait être grande. Or, il se trouve que tu l’écrases.

    Et si tes gendarmes, lesquels nécessairement sont stupides, et agents aveugles de tes ordres et de par leur fonction, à laquelle tu ne demandes point d’intuition mais bien au contraire refuses ce droit, car il s’agit pour eux non de saisir et de juger mais de distinguer selon tes signes, si tes gendarmes reçoivent pour consigne de classer en noir et non en blanc – car il n’est pour eux que deux couleurs – celui-là par exemple qui fredonne quand il est seul ou doute quelquefois de Dieu ou bâille au travail de la terre ou en quelque sorte pense, agit, aime, hait, admire ou méprise quoi que ce soit, alors s’ouvre le siècle abominable où d’abord te voilà plongé dans un peuple de trahison dont tu ne sauras point trancher assez de têtes, et ta foule sera foule de suspects, et ton peuple d’espions, car tu as choisi un mode de partage qui passe non en dehors des hommes, ce qui te permettrait de ranger les uns à droite et les autres à gauche, opérant ainsi œuvre de clarté, mais à travers l’homme lui-même, le divisant d’avec lui-même, le faisant espion de soi-même, suspect de soi-même, traître de soi-même, car il est de chacun de douter de Dieu par les nuits chaudes. Car il est de chacun de fredonner dans la solitude ou de bâiller au travail de la terre, ou certaines heures, de penser, agir, aimer, haïr, admirer ou à mépriser quoi que ce soit au monde. Car l’homme vit. Et seul t’apparaîtrait comme saint, sauvé et souhaitable celui dont les idées seraient d’un ridicule bazar et non mouvement de son cœur.

    Et comme tu demandes à tes gendarmes de dépister de l’homme ce qui est de l’homme lui-même et non, de tel ou tel, ils y mettront leur zèle, le découvriront de chacun, puisqu’il s’y trouve, s’épouvanteront des progrès du mal, t’épouvanteront de leurs rapports, te feront partager leur foi en l’urgence de la répression et, quand ils t’auront converti, te feront bâtir des cachots pour y enfermer ton peuple entier. Jusqu’au jour où tu seras bien obligé, puisque eux aussi sont des hommes, de les y enfermer eux-mêmes.

    Et si tu veux un jour que des paysans labourent tes terres dans la bonté de leur soleil, que des sculpteurs sculptent leurs pierres, que des géomètres fondent leurs figures, IL TE FAUDRA BIEN CHANGER DE MONTAGNE. Et, selon la montagne choisie, tes bagnards deviendront tes saints, et tu élèveras des statues à celui-là que tu condamnais à casser des pierres. (Fin du chapitre)

    Les deux niveaux de gouvernement au Canada ont chacun pour leur part des idées préconçues. La question de l’indépendance nationale fait partie de ce problème. Les deux gouvernements doivent « changer de montagne ». Cependant, le défi majeur revient principalement aux QUÉBÉCOIS.

    Pour terminer, disons que les souverainistes fervents devraient, si nous retenons l’expression de Saint-Exupéry, « changer de montagne », c’est-à-dire faire face à d’autres difficultés qui leur permettraient d’atteindre le sommet, car « la montagne choisie » offrira la chance de parvenir à l’indépendance nationale du Québec. Et c’est la lutte nationale au 3e degré, à savoir de se gouverner soi-même. C’est la lutte pour la suprématie. Il s’agit de répondre à la question cruciale qui suit : QUI GOUVERNE ?

  • Bruno Deshaies, 13 mars 2013 15h59

    LES CONTRADICTIONS DES SOUVERAINISTES (III)
    Le cerveau initié à l’approche dans l’optique indépendantiste perçoit les limites, les inconvénients du fédéralisme.

    13 mars 2013, par Bruno Deshaies

    En revanche, penser l’indépendance nationale du Québec pour tous les Québécois, français ou anglais, est beaucoup plus compliqué et complexe qu’on ne l’imagine généralement. À première vue, le cerveau initié à l’approche dans l’optique indépendantiste perçoit les limites, les inconvénients du fédéralisme. Ici, les automatismes diffèrent et offrent à l’intelligence et à la volonté d’appréhender et d’accepter les principes fondamentaux conduisant à l’indépendance nationale au sens intégral.

    Ce changement est essentiel. Car le remplacement de l’agir par soi collectif que subissent les Québécois en tant que nation absorbée (pour ne pas dire « digérée ») dans le fédéralisme et annexée par le système économique canadian doit désormais être rejeté en bloc. « La part de la Décision » doit être appréciée et partagée par une majorité de Québécois tel un bien en soi au politique, en économique et au culturel.

    N’est-ce pas le défi le plus grand et le plus noble pour les indépendantistes qui veulent éliminer la pente fédéraliste ? N’est-ce pas la meilleure garantie pour satisfaire leur sécurité et leur liberté collective ? N’est-ce pas que ce sera la fin de la dépendance collective dans le fédéralisme canadian et le début de leur indépendance et de leur interdépendance comme nation dans l’univers fédéré de la vie et de l’organisation internationale ?

    Ce choix est inspirant et stimulant. Il donnera aux Québécois toute la fierté dont ils sont capables, c’est-à-dire la capacité et la force de se montrer à eux-mêmes et par rapport à toutes les autres nations indépendantes dans le monde qu’ils ont le droit de maîtriser comme majorité un État souverain.

    (30)

  • Bruno Deshaies, 13 mars 2013 15h53

    LES CONTRADICTIONS DES SOUVERAINISTES (II)
    Qui parle véritablement de l’indépendance nationale du Québec.

    13 mars 2013, par Bruno Deshaies

    Qui parle véritablement de l’indépendance nationale du Québec. Une infime minorité de Québécois. En fait, la très grande majorité accepte de discuter des programmes de gouvernement dans les limites de notre statut de province canadian. Nous le constatons tous les jours. De plus, tous les partis politiques sans exception agissent à l’intérieur de cet encadrement démocratique et électoraliste. La *gouvernance souverainiste* en est la plus belle illustration. Rien de plus que « le beau risque » de René Lévesque.

    Pendant ce temps, nos historiens se délectent dans le statu quo car ils croient faire de l’histoire objective. Les économistes ne font pas mieux. Ils calculent les problèmes de fonctionnement du gouvernement provincial dans le système canadian. Quant à nos sociologues, ils s’enfoncent dans l’analyse du social, de l’identité nationale et du vivre ensemble. Le milieu culturel, pour sa part, est tellement subventionné par les uns et les autres gouvernements (Québec, Canada ou municipalités) qu’il se résigne à son sort. Selon le dicton des franco-ontariens : « On ne mange pars la main de celui qui nous donne à manger. » Finalement, nos éditeurs québécois se complaisent plus généralement dans l’édition de type journalistique. Ils sont devenus les nouveaux censeurs de la libre expression.

    Le combat pour la défense de l’indépendance nationale du Québec n’est pas encore commencé. Il piétine dans tous les directions. Indifférent et apathique, le monde ordinaire subit cette agitation verbale accompagnée d’une absence de cohésion et de cohérence. Les souverainistes aiment s’attaquer à tout ce qui les affligent mais ils oublient que la population souhaite plutôt connaître sérieusement ce qui fonde l’indépendance nationale. Ce discours est occulté par les médias et, partant, il tarde à se faire entendre. Par ailleurs, les réseaux sociaux sont largement dépendants de la propagande médiatique.

    Il ne faut pas négliger non plus que la vulgate souverainiste protéiforme bloque le changement indépendantiste. Il m’apparaît de plus en plus évident que notre plus grande difficulté est d’ordre conceptuel. Un nouveau cadre d’idées devrait établr solidement les principes généraux de l’indépendance. Au final, le problème est dans notre cerveau.

    La société doit être alertée et les partis politiques poussés hors de leur zone de confort pour qu’ils se transforment profondément. Le changement n’adviendra pas sans un travail de sape qui incitera vraiment les Québécois à penser autrement, c’est-à-dire dans l’optique indépendantiste.

    Malheureusement, il existe des conditionnements cognitifs qui empêchent une mutation évidente dans le cerveau. Des réponses habituelles sinon répétitives sont des automatismes aveugles exécutés sans la participation directe de la volonté ou de l’intelligence. Cette pente naturelle entraîne une majorité de québécois vers le fédéralisme pur et dur.

  • Bruno Deshaies, 13 mars 2013 15h26

    LES CONTRADICTIONS DES SOUVERAINISTES (I)
    Le point de vue de Mathieu BOCK-CÔTÉ

    13 mars 2013, par Bruno Deshaies

    « Merci pour ces pierres sur lesquelles on peut poser le pied lorsqu’on marche sur l’eau. » (Supra le commentaire de JPB, 21 février 2013.)

    Devant tout le tohu-bohu du vécu présent, le point de vue de JPB est fort significatif. Il est temps de réfléchir sur cette idée de Jules Michelet (1798-1874) :

    « Celui qui veut s’en tenir au présent, à l’actuel, ne comprendra pas l’actuel. »
    Le Peuple (1846) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6118289n/f13.image.swfv

    Maintenant, prenez le temps de lire ceci :

    « Les souverainistes s’autoneutralisent, autrement dit. Ils veulent un pays, mais ne savent plus trop ce que cela veut dire. » (Mathieu BOCK-CÔTÉ, Journal de Montréal – Blogues, mercredi 23 janvier 2013.) http://www.vigile.net/Financer-la-souverainete

    Pourquoi écrire une autre chronique. Voilà où j’en arrive personnellement. Essayons d’analyser la situation actuelle du Québec.

    La description des tribulations de la nation québécoise nous fait tellement ronronner que tout quidam finit par s’en désintéresser. Mathieu BOCK-CÔTÉ nous montre qu’il comprend le problème. Cependant, il est paralysé comme un hamster dans sa cage.

    Pourtant, presque rien n’est faux dans les propos qu’il tient. Car tout ce discours ne repose que sur une analyse descriptive de la situation. Cette attitude ou cette posture n’est rien de plus que « la part de l’histoire ». Cette part qui nous neutralise depuis des générations de Canadiens-Français.

    Après avoir décrit les travers des uns et des autres, il raisonne selon les traits les plus évidents de la pensée traditionnelle canadienne-française devenue québécoise-française au fil du temps. Les apports démographiques issus de l’immigration endossent à leur tour la conception traditionnelle de notre histoire.

    Cependant, le Grand chantier qui nous préoccupe ne verra jamais le jour tant et aussi longtemps que « la part de la Décision » ne deviendra pas plus clair dans l’esprit des Québécois de toutes origines.

  • Bruno Deshaies, 25 février 2013 16h18

    25 janvier 2013, par Bruno Deshaies

    « Les magnifiques ambitions font faire les grandes choses. »

    (Victor Hugo, Philosophie. I. 1819-183. Littérature et philosophie mêlées. But de cette publication. Mars 1834. Éd. Projet Gutenberg, 2003. n. p.)

    À la suite du message précédent de JPB, j’ai continué ma réflexion au sujet du mot « ambition ».

    Ambition : mot qui a comme antonymes : désintéressement, indifférence ; comme synonymes : désir, but, dessein, visée, vue. Et le mot « visée » : fin, objectif, cible. Voilà tout un vocabulaire qui nous sortirait de la pensée magique du « rêve » maintes fois évoquée pour faire l’indépendance.

    Il y a près dix ans j’avais abordé cette question de l’usage de l’expression « voler de ses propres ailes ». Cette analyse montre que les Québécois-Français « marche sur l’eau » et ils doivent, comme le dit JPB, apprendre à marcher sur « ces pierres sur lesquelles on peut poser le pied ».


    INDÉPENDANCE DUQUÉBEC 147
    « VOLER DE SES PROPRES AILES »
    Pierre Bourgault (1934-2003)
    Chronique de Bruno Deshaies, 26-06-2003
    Source : http://www.vigile.net/spip.php?page=archives&u=http://archives.vigile.net/ds-deshaies/docs3/03-6-26-1.html

    « Nous aimons bien entendre la musique suivante : « Les gens meurent, jamais les rêves. » C’est trop beau ! Nous en sommes au plan individuel. Qu’en est-il sur le plan collectif ? Les sociétés vivent, progressent et meurent aussi. Que restera-t-il des rêves, si le nombre d’individus pour les porter a disparu avec le temps ? »


    C’EST LA FIN DU RÊVE ET LE PASSAGE À LA FORMULATION CLAIRE DE L’ACTION COLLECTIVE À ENTREPRENDRE. La prolifération du nombre de partis politiques dits souverainistes qui se disputent et se querellent est improductif. Dans le régime parlementaire de type britannique, c’est une vue de l’esprit de croire que les politiques vont faire l’indépendance du Québec en brandissant constamment, par exemple, la carotte d’un référendum démocratique (!).

    Les indépendantistes doivent d’abord s’entendre sur le concept même d’« indépendance nationale ». La population s’attend à des explications solides et convaincantes. Elle ne veut plus d’un discours qui se limite seulement à des calculs économiques, des comparaisons boiteuses qui négligent l’approche géopolitique du problème des rapports entre les nations, des statistiques qui nous montent en épingles comme si on était presque indépendant, des programmes politiques qui se bornent à la gouvernance souverainiste, de l’agitation verbale qui n’a presque plus d’écho dans la population ou, encore, des exercices de commémoration de notre patrimoine sous toutes ses formes au point de se sentir dans un ailleurs réconfortant.

    Nous avons dressé suffisamment de bilans et d’anthologies pour comprendre maintenant que nous tournons en rond. Il est inefficace de se contenter de commenter l’actualité pour l’actualité. Car l’erreur d’appréciation de notre situation collective ne subit aucune transformation radicale.

    C’est l’esprit de notre ambition collective qui devrait se développer dans le coeur d’une majorité de Québécois face à ce désir, cette visée, bref cette finalité attendue de vivre par soi collectivement chez soi et avec les autres nations indépendantes dans le monde.

    Indiscutablement, les Québécois doivent se donner à eux-mêmes un État qui jouira au sens fort du terme de tous les attributs de la souveraineté nationale. Les illusions du fédéralisme devront être débusquées systématiquement pour asseoir fortement les bases de l’optique indépendantiste.

    Il faut en arriver à faire que l’interaction entre les individus se fasse sur cet objet commun et partagé par le plus grand nombre d’entre nous tous. N’est-ce pas « une magnifique ambition » pour réaliser « la grande chose » de l’indépendance nationale du Québec ?

  • 21 février 2013 05h59

    Merci pour ces pierres sur lesquelles on peut poser le pied lorsqu’on marche sur l’eau.

    jpb

  • Bruno Deshaies, 12 février 2013 11h44

    12 février 2013, par Bruno Deshaies

    La « gouvernance souverainiste » a du pain sur la planche si je considère la réponse que FÉD. m’a fait parvenir récemment (voir infra). Je me demande si nous ne sommes pas en présence d’une vaste imposture nationale. Peux-ton croire que la population québécoise considère ces discours comme sérieux et responsables ?

    Pour réaliser l’indépendance nationale du Québec, il faudra faire individuellement et collectivement un effort considérable afin d’entreprendre une révision déchirante de nos idées conventionnelles. D’après mon expérience personnelle, les enjeux sont fondamentalement conceptuels. Pour disséminer le message, il devient impératif pour les indépendantistes de trouver les bons mots pour le dire, le faire sentir, le faire comprendre et, surtout, le faire accepter. Ce défi, pour ne pas dire cet obstacle, est presque insurmontable.

    Depuis 221 ans de parlementarisme au Canada, les Canadiens-Français n’ont pas encore réussi politiquement à maîtriser COLLECTIVEMENT le pouvoir politique dans leurs propres mains. Les politiques d’hier à aujourd’hui n’ont pas réussi à faire en sorte que le gouvernement au Canada devienne le leur en propre. Ils ont accepté l’UNION de 1841, puis la CONFÉDÉRATION (!) en 1867 et se sont fait imposer le rapatriement de la constitution canadienne, la Chartre des droits et libertés et la loi sur la clarification puis, finalement, le statut d’une nation dans un Canada-Uni (voir la récupération de l’histoire, le 24 novembre 2006, par Stephen Harper (http://www.ledevoir.com/non-classe/123442/une-nation-du-quebec-dans-un-canada-uni).

    Jusqu’à ce jour les politiques québécois ont surestimé leur capacité à faire lever une majorité solide de Québécoises et de Québécois dans l’orbite d’une prise de décision indépendantiste pour le statut national du Québec. Les dissensions dans la société reflètent clairement l’incapacité des défenseurs de l’idée d’indépendance à s’entendre sérieusement sur les fondements de l’indépendance du Québec. La population québécoise en est consciente. C’est pourquoi elle hésite à se positionner solidement, car les élites politiques souverainistes entretiennent des atermoiements sans fin. Las de toutes les tergiversations politiciennes, on peut comprendre qu’un quidam nous écrive : « …vous et moi mourrons canadiens ».
    Déroulement de la conversation (suite et fin)
    8 février 2013

    FÉD. « EN CONCLUSION DE VOTRE DERNIER EXPOSÉ, VOUS ET MOI MOURRONS CANADIENS ; ÇA ME VA PARFAITEMENT. »

    11 février 2013

    IND. On dit du chien qui se mord la queue qu’il tourne en rond. C’est ce qui arrive avec tous les interlocuteurs pseudo-fédéralistes, pseudo-nationalistes ou pseudo-indépendantistes. Les combinaisons de toutes ces postures politiques se ressemblent. Explication. Le mot pseudo se met devant certains mots pour signifier que la qualité qu’ils expriment est fausse ou ne convient pas à la chose. Il devient difficile de savoir si tel un est fédéraliste, nationaliste ou indépendantiste, car chacun, à sa façon, est un « pseudo » ou un « simili ».
    Comment pourrait-on mettre fin à ce cercle vicieux ? Il faudrait devenir plus explicite sur nos ambitions collectives dans l’optique indépendantiste. Il ne peut y avoir ni compromis ni compromission. Un référendum comme solution n’est pas la bonne réponse. Les Québécois connaissent la chanson. Ils veulent une formulation claire et des explications substantielles et enrichissantes qui ont du fond quant à cette ambition raisonnable de posséder collectivement un État souverain et d’exister librement en tant que nation indépendante (cf., supra Max Gounelle).

  • Bruno Deshaies, 7 février 2013 10h00

    Déroulement de la conversation (suite et fin)

    6 fév. 2013 21:19

    FÉD. Vos rêves d’être indépendant s’éloignent de jour en jour. Votre VIGILE est à la veille de déclarer faillite ; chaque fois qu’un ministre péquiste ouvre la bouche le parti perd des milliers de futurs voteurs ; la gang des frustrés de Cap sur l’indépendance est censée faire de grandes assemblées publiques d’ici quelques [semaines] qui réuniront une centaine d’adorateurs de nombrils, etc, etc. Aussi soyez patient, car ce ne sera [pas] bientôt que vous pourrez utiliser le PARIZÉRO, la monnaie de votre futur tiers-monde.

    6 fév. 2013 23:20

    IND. Je constate que vous ne désirez d’aucune manière aborder le sujet qui touche la nature de l’indépendance nationale d’une société organisée. Pourtant, le nombre de pays qui ont vu reconnaître leur autodétermination par l’ONU a constamment augmenté depuis la création de cet organisme international. Il doit bien y avoir quelques motifs valables qui ont entraîné ces peuples vers le statut de nation indépendante et souveraine.

    Ce ne sont pas les partis politiques qui vont faire l’indépendance du Québec mais le peuple. Cependant le discours doit changer au Québec. Pour qu’il change, il faudra une élite ou une équipe bien structurée qui s’entendra explicitement sur un même objet en commun qui est l’indépendance. Cette équipe devra apprendre à parler avec les mêmes concepts, sur le même fond et avec une forme de discours explicite en vue d’éclairer l’opinion publique. Ce n’est pas le cas en ce moment. L’exemple du mouvement tentaculaire Cap sur l’indépendance nous montre qu’il n’a aucune véritable assise indépendantiste. La population québécoise s’attend à plus que de l’agitation. Elle souhaite connaître les tenants et aboutissants de l’indépendance. Soit dit, en passant, que c’est plus complexe qu’un programme politique ou un plan budgétaire. Ce défi demeure toujours à relever. Le temps presse.

    Je comprends votre frustration face à la situation présente. Il est évident que la dispersion des forces indépendantistes n’augure pas pour le meilleur. Le disparate des points de vue, des opinions, des volontés, des actions ou des rêves plus ou moins fumeux ne facilite pas ce que j’ai nommé « la part de la Décision ».

    La censure exercée pas nos moyens de communication (radio, TV, journaux, éditeurs, etc.) sur la question épineuse et exigeante de l’indépendance paralyse et même rejette les échanges qui se situent hors des idées conventionnelles. La « noirceur », cette opacité de la pensée à une époque donnée, fait des ravages. Et c’est le cas de la définition du concept de nation indépendante dans l’esprit des Québécois.

    Si un indépendantiste peut comprendre la pensée fédéraliste, le contraire peut être aussi vrai d’un fédéraliste. Si c’est possible d’un point de vue cognitif, il serait raisonnable de penser que l’explication de l’indépendance mériterait d’être exposée avec limpidité, simplicité et clarté. Pour y arriver, il faut des personnes désireuses de prendre le taureau par les cornes et de s’assurer de diffuser et de disséminer dans le domaine public l’optique ou le regard indépendantiste sur la situation du Québec. Cette prise de position est essentielle au point de départ. Il n’y a pas de solution magique. Il faut préparer la société québécoise à penser dans l’optique indépendantiste.

    Vouloir faire comprendre l’indépendance et l’interdépendance nationale du Québec aux Québécois exige un travail de longue haleine. Malheureusement, il ne se fait pas en ce moment. C’est le plus grand défi que les indépendantistes ont à relever.

  • Bruno Deshaies, 6 février 2013 14h10

    « Une société complète n’a pas uniquement des ambitions économiques. »

    6 février 2012, par Bruno Deshaies

    La présente chronique m’a permis de recevoir quelques messages privés. Je donne le résultat de cette conversation. Les abréviations FÉD. et IND. indique la position fédéraliste, d’une part, et indépendantiste, d’autre part.

    « L’interaction des individus dans la société
    doit se faire autour d’un objet commun
    pour qu’elle parvienne à être productive. »
    (Chronique 401)

    Sans assumer personnellement tous les propos mentionnés, j’ai édité un échantillon de conversation sur le problème de l’indépendance nationale du Québec.

    Le fédéraliste répond généralement qu’« après tout on est bien au Canada ». (Cette déclaration a même été faite par un ex-ministre péquiste dans le gouvernement de René Lévesque.) Et que dire des fédéralistes « purs et durs » des partis fédéralistes nationaux canadian ou de la Montreal Gazette et autres journaux canadiens-anglais.

    Le souverainiste fervent considère généralement le Québec comme une société différente du Canada-Anglais. Toutefois, sa position peut osciller entre l’indépendance complète et des formes variées d’annexion politique. En ce moment, c’est la posture de la « gouvernance souverainiste », c’est-à-dire une manière d’administrer le Québec comme « une province canadienne » dans le régime fédéral canadian. Ce n’est rien d’autre qu’une posture fédéraliste qui s’inspire de la logique provincialiste.

    Le problème sur lequel il faudrait piocher concerne la part de la Décision sans oublier la part de l’Histoire. L’ambition de vouloir agir collectivement par soi-même selon ses propres forces internes et de vouloir concevoir par soi-même son rapport au monde, c’est très stimulant pour chaque individu et pour toute la société en général.

    Une société complète n’a pas uniquement des ambitions économiques. Elle cherche normalement à vivre surtout de sa propre vie politique, sociale, culturelle (scientifique, artistique et intellectuelle) tout en maintenant un niveau de vie acceptable et confortable pour l’ensemble de la nation. Il est entendu que le « national » et le « social » sont deux aspects nécessaires de la vie d’une même communauté. En conséquence, cette liberté collective est un enrichissement pour chaque individu qui participe au développent du TOUT national. La société québécoise n’échappera pas à cette norme si elle veut vivre de ses propres ambitions.

    La conversation qui suit n’est qu’un échantillon du niveau d’incompréhension qui règne parmi les Québécois au sujet de l’indépendance et de l’interdépendance nationale du Québec.

    Que faut-il retenir de cette conversation ? À mon avis, les souverainistes partisans PQ, ON, QS ou PI doivent s’interroger sur leur méconnaissance de la réalité de l’état d’esprit de la masse de la population. Il serait temps de démêler (syn. : élucider, éclaircir, débrouiller, clarifier) ce que nous entendons par l’indépendance nationale du Québec.

    Bonne réflexion.

    ooo

    « Encore et encore que du verbiage. » (FÉD.)
    « Alors, apprécions donc notre pays (le Canada). » (FÉD.)

    Déroulement de la conversation

    2013-02-03 12:10

    FÉD. Encore et encore que du verbiage. Vous ne trouvez pas qu’en près de 50 ans de « niaisage » séparatiste il serait temps de passer à autre chose avant d’avoir un pied dans la tombe ?

    2013-02-03 12:43

    IND. Je vous salue. Vous avez une meilleure solution ? Veuillez en faire part à tout le monde et peut-être que tout le monde sera moins « niaiseux ».

    Pour le moment, vous ne nous apprenez absolument rien. Alors, passez vous-même à autre chose.

    2013-02-03 17:01

    FÉD. Une meilleure solution - c’est simple, lors de la dernière élection plus des 2/3 de la population ont voté contre l’hypothétique rêve des tenants d’une future république de banane.

    3 fév. 2013 18:44:11

    IND. Pour la république à banane, je réponds non. Pour les projets de société à répétition, je dis non aussi. Pour le vote, je vous comprends. Mais ce n’est pas une solution mais une contrainte, un obstacle que les souverainistes-péquistes n’osent pas attaquer de front. Ils ne disent pas ce que c’est que l’indépendance nationale. Ils ne savent pas comment en parler. Ils inventent la dislocation du Canada.

    Prenez le temps d’étudier votre histoire du Canada de Champlain à nos jours en cherchant à comprendre les effets pervers de l’annexion collective des Québécois-Français dans un autre empire et une nouvelle colonisation de peuplement britannique dans le deuxième Canada.

    2013-02-04 16:08

    FÉD. Enfin, vous avez compris que le PQ n’est pas la solution. De même les 50 autres groupuscules soi-disant indépendantistes ne comprendront jamais. Alors, apprécions donc notre pays (le Canada).

    3 fév. 2013 00 :20

    IND. Chacun peut réagir à sa façon. Le Canada se disloque sous nos yeux ! L’indépendance facile suivra. On n’est pas au bout de nos peines. Ce n’est que bisbille et poudre aux yeux. http://www.vigile.net/L-implosion-du-Canada,53555
    http://www.vigile.net/Prets-pas-prets-l-independance-s,53526

    5 fév. 2013 09 :38

    FÉD. Vous pouvez nier tant que vous voulez que le Canada ne soit pas votre pays mais, un jour que vous voudrez aller dans un autre pays vous le constaterez.

    P.-S. Vous pouvez encore espérer. En fin de la semaine dernière une de nos petites filles de 7 ans est venue nous visiter et j’ai joué au jeu du pendu avec elle. Je lui ai soumis le mot indépendance et a trouvé toutes les lettres ; de plus elle a même prononcé ledit mot ce qu’aucun soi-disant tenant de l’hypothétique république ne peut faire. Alors espérez !

    5 fév. 2013 15:25

    IND. Je ne vois pas très bien ce que vient faire le jeu du pendu avec une petite fille de 7 ans. Je vous dirais que l’ambition des Québécois est subjuguée ou, dit autrement, à la merci des ambitions du Canada-Anglais. Cette assimilation subjective à l’autre fait du Québec ce qu’il est collectivement en ce moment. Nos ambitions collectives sont limitées et les conséquences nous les vivons sous nos yeux. Des raisonnements de provinciaux pour des provinciaux. Des ambitions collectives de provinciaux pour satisfaire des nécessités provinciales. Pourquoi se refuser d’être « maître chez nous » et surtout d’être « présent pas soi collectivement » au monde.

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