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La semaine dernière, en réponse à une plainte adressée au Conseil de presse du Québec contre André Pratte et Alain Dubuc, une avocate de La Presse me racontait qu’ils avaient droit à leur opinion aussi bien que j’avais droit à la mienne. Merci, Madame l’avocate, de m’offrir ainsi une chronique régulière dans La Presse, chronique qui sera reprise dans tous les journaux de Gesca et dans le site Cyberpresse et qu’on trompètera à dix émissions d’information de Radio-Canada pendant la semaine. Auriez-vous la bonté d’accorder la même faveur à mes amis les autres chroniqueurs de Vigile ? Ils aimeraient eux aussi avoir droit à leur opinion comme André Pratte et Alain Dubuc tout en arrondissant leurs fins de mois.
La plainte que j’ai envoyée au Conseil de presse porte sur deux morceaux d’anthologie découlant de la publication des données linguistiques du recensement de 2006 : « Le français progresse » et « La démagogie de la peur ». Il ne manquait que « Vous êtes des cruches alors nous vous remplissons » pour achever la trilogie. Or, depuis le début de décembre, l’empire fédéraliste a fait d’autres tirs groupés du même genre pour semer la confusion au sein de la population, à défaut de pouvoir dissiper tous les doutes sur l’avenir du français.
Le dernier de ces tirs a eu lieu la semaine dernière, après la jolie enquête de Noée Murchison qui a déclenché la partie de cachecache à laquelle les médias ont été conviés par l’OQLF et sa ministre qui déshonore la Culture et les Communications. Il faut dire qu’en fait, la partie se déroulait depuis déjà un bon bout de temps. Mais, avant que Pierre Curzi s’en mêle, un seul joueur médiatique, le journal Le Québécois, avait tenté d’attirer l’attention du public sur la fameuse étude fantôme.
Toujours est-il que la semaine dernière a été fertile en racontars de toutes sortes. Il fallait entendre la ligue du vieux poêle des analystes fédéraux animée par Bernard Derome à Radio-Canada. Michel C. Auger et Chantal Hébert se sont fendus d’une analyse digne des meilleurs gérants d’estrade, analyse au terme de laquelle ils ont conclu que le coréen avait la même influence que l’anglais au Québec et que l’anglais était aussi menacé à Toronto que le français à Montréal.
Le petit Boisvert de la grosse presse a pris le relais de ses collègues tirailleurs des collines en larguant une statistique lourdement chargée de sens sur le pauvre peuple ignorant qui lit trop les journaux des bas étages de Montréal. Badaboum ! Le public est assommé par la puissance du raisonnement. Grâce aux merveilleuses dispositions de la loi 101 que la Cour suprême a daigné laisser intactes, soixante-quinze pour cent des allophones choisissent le français, nous dit le monsieur tellement plus intelligent que nous qu’il n’a pas eu besoin de quêter sa place dans le journal à l’avocate de Gesca.
La dernière salve est tirée par Radio-Canada, le vendredi soir. C’est la journaliste Sophie Bélanger qui, au Téléjournal, nettoie la place publique au karcher, au cas où quelques protestataires s’y attarderaient encore. Il y a moins de monde qui parle français, mais ça ne veut pas dire que le français recule, pontifie-t-elle avant d’arroser la rue d’un impressionnant jet de sagesse.
Vos gueules ! Laissez les Chinois et les Italiens en paix chez eux. Cessez d’ameuter le quartier pour rien. Vous savez bien que la loi 101 veille au grain. De toute façon, vous n’êtes pas autorisés à discuter des questions linguistiques parce que vous n’êtes pas informés. Et puis, ne comptez pas sur Radio-Canada pour y remédier. Il n’y a que l’OQLF qui ait le droit de savoir. Il vous dira quoi penser au mois de mars.
Bien sûr, nous comptons tous sur l’OQLF pour nous guérir de nos hallucinations auditives en anglais. Vivement les prochaines paroles lénifiantes de Mme Boucher, la présidente de l’OQLF.
Vivement aussi d’autres sages réflexions du mahatma adéquiste Sébastien Proulx, qui nous a enseigné récemment qu’une langue, « ça ne s’impose pas ». Heureusement qu’il est là pour me faire comprendre la vie, celui-là. Je sais maintenant que l’anglais s’est propagé au Canada sans être imposé à personne. Ni aux Acadiens, ni aux Franco-Manitobains, ni aux autochtones. Les fonctionnaires fédéraux québécois qui parlent anglais au travail le font sans aucunement y être obligés. L’anglais se répand parce que les gens se lèvent un matin et ont soudainement une envie irrépressible de parler anglais.
Que de sottises ! Après le déluge de désinformation de la semaine dernière, il est temps de remettre les pendules à l’heure.
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Primo, on se contrefiche que des gens parlent arabe, italien, portugais ou tamoul chez eux ou même en public. Le danger pour le français ne vient pas de la Tour de Babel, mais bien de la concurrence de l’anglais. La défense du français passe même par la défense des autres langues contre l’hégémonie de l’anglais. Amenez-en du serbo-croate et du finlandais. Nous ne sommes ni racistes, ni xénophobes, contrairement à ce que voudraient bien nous faire croire encore une fois les multiculturels canadiens.
C’est la comparaison entre les substitutions linguistiques qui donne l’heure juste. Combien y en a-t-il vers le français et vers l’anglais ? C’est dans ce sens que l’évolution de la langue d’usage à domicile peut constituer un précieux indice de la vitalité relative des langues, donc de leurs perspectives d’avenir. Or, on constate un recul du français comme langue d’usage à domicile, tandis que l’anglais progresse. Alors, si le recul est simplement attribuable à l’immigration, pourquoi l’anglais ne recule-t-il pas lui aussi dans la même proportion ? Chantal Hébert a peut-être besoin d’un cours de statistique ou de logique élémentaire.

Dans les neuf provinces du Canada anglais, on observe une baisse de l’usage de l’anglais à domicile en raison de l’arrivée massive d’allophones au Canada, mais on observe aussi une baisse de l’usage du français. De plus, 99,5 % des substitutions linguistiques dans le reste du Canada se font vers l’anglais. La hausse du nombre d’allophones n’y changera absolument rien à long terme : il n’y a aucune concurrence de la part du français, dont la présence presque insignifiante ne cesse de faiblir. L’anglais, lui, rebondira d’ici quelques années.
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Dans ses manoeuvres, l’empire a manifestement décidé de miser gros sur les fameux allophones francisés de la loi 101. C’est une de ses tactiques préférées : endormir le bon peuple satisfait et fier de la loi 101. Voyons donc ce qu’il en est vraiment.
Grâce à une étude intitulée Les indicateurs généraux de vitalité des langues au Québec et réalisée pour le compte de l’OQLF, un de ses enfants terribles, Charles Castonguay, a démontré en 2005 que les substitutions linguistiques des allophones vers le français s’opéraient en fait à l’étranger. C’est une étude unique en son genre. Personne n’en a contesté la validité à ce jour. À défaut de pouvoir la cacher conformément à la philosophie totalitaire de l’OQLF, on préfère la taire.
Ne pas trop faire de vagues. Parler d’autre chose. Présenter au bon peuple des statistiques partielles mais rassurantes, comme M. Boisvert le fait à La Presse et comme Mme Bélanger le fait à Radio-Canada. Faire dire aux chiffres le contraire de ce qu’ils veulent dire en occultant une partie de la vérité. Madame l’avocate dirait qu’ils ont droit à leur opinion et que ce n’est qu’une question d’interprétation.
Quelle hypocrisie ! Quel sabotage linguistique !
Ces gens sont des traitres. Il ne faut pas hésiter à les nommer ainsi. Ils cherchent sciemment à induire la nation en erreur pour l’envoyer à sa perte.
Ce n’est pas la loi 101 qu’il faut remercier pour la francisation des allophones, mais bien le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et Haïti. C’est là et dans bien d’autres pays que les allophones se francisent avant de s’installer au Québec. Ce ne sont pas les enfants de la loi 101 qui rentrent à la maison pour enseigner le français à leurs parents, bien sûr. Ce ne sont pas non plus ces enfants qui font pencher vers le français les statistiques arrangées sur les substitutions linguistiques. C’est l’accord Canada-Québec sur l’immigration qui permet au Canada d’étendre l’application du rapport Durham à d’autres pays de la francophonie. Faisons venir des allophones francisés au Québec pour que leurs enfants s’y anglicisent, se dit-on peut-être dans les officines d’Ottawa.
La figure ci-dessous, tirée de l’étude de 2005 de Charles Castonguay, illustre clairement la situation : ce sont les allophones nés à l’étranger qui comptent pour l’immense majorité des cas de substitutions linguistiques vers le français. L’explication est bien simple : cette francisation s’était déjà effectuée à l’étranger. La loi 101 n’a pas grand-chose à voir là-dedans, à moins qu’on veuille nous faire croire qu’en apercevant quelques affiches où le français prédomine timidement, les immigrants ont soudainement une illumination. Le Saint-Esprit ferait descendre en eux le français.

Les immigrants n’ont pas besoin de parler français pour gagner leur vie au Québec. Au contraire, ceux qui parlent uniquement anglais la gagnent bien mieux que ceux qui parlent uniquement français. Alors, s’ils ne connaissent pas déjà le français avant leur arrivée au Québec, pourquoi diable se donneraient-ils la peine de l’apprendre ? « Les allophones qui n’ont appris que l’anglais gagnaient en moyenne 27 216 $ en 2000, contre seulement 21 233 $ pour ceux qui n’ont appris que le français. »
Cette statistique a également été portée à l’attention du public par l’indispensable Charles Castonguay.
On dirait qu’il est le seul à chercher. Les autres chercheurs sont sans doute payés par le régime pour ne pas trouver. Ou encore, quand ils trouvent, on leur intime de garder le silence.
L’avenir du français au Québec est désormais une affaire d’État pour les camarades libéraux de l’empire qui œuvrent chez Gesca, à Radio-Canada et dans les organismes publics. Sécurité nationale oblige, l’OQLF fait prêter serment à ses membres pour qu’ils gardent le silence à propos du français. Bien entendu, au printemps, lorsque l’OQLF publiera son bilan quinquennal, il ne parlera pas du français. Il fera semblant d’en parler pour brouiller les pistes, comme dans les manuels de contrespionnage. Quand l’empire contre-attaque, toutes les tactiques de la guerre sont permises, à commencer par la manipulation de l’information.
Monsieur Poulin,
Vous avez écrit les mots fatidiques : faire ex...... des bo.... ! Déjà votre ligne est sous écoute par les SCRS ! Plus naïvement, vous suggérez l’infiltration des cerveaux des jeunes par les enseigants de l’État ! C’est subversif !
Pourtant nous savons que des CEGEP enseignent déjà la philosophie, par l’intermédiaire de compétences de la trempe d’un DOMINIC DESROCHES. Et, voyons-nous notre belle jeunesse sortir dans la rue pour hurler son indignation ? NON : ils subissent le contre-poids du Journal de Mtl et des briseurs de grève à Québec.
M. Poulin,
L’équivoque du courriel ! Mes points d’exclamation auraient plutôt dû être des sourires complices car mon intention n’était que d’appui subtil( :-). Et si j’ai qualifié de naïve votre intervention dans l’enseignement, c’était plutôt sympa puisque vous aviez d’abord exprimé votre exaspération comme je le sens (bombes). Car nous y sommes, en régime autoritaire, par les médias noyautés. Et je ne fais pas de sarcasme au sujet du prof. Desroches : son enseignement sur la cage où les francophones s’emprisonnent eux-mêmes devrait susciter des réactions chez une jeunesse normalement constituée.
Pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité, je tiens à préciser que ce n’est évidemment pas la totalité des allophones qui sont francisés à l’étranger. Le Québec parvient quand même à en franciser une partie. Mais il y a nettement plus d’allophones qui se font angliciser au Québec qu’il y en a qui se font franciser.
Il y a aussi au Québec un phénomène persistant d’anglicisation nette des francophones. En 2006, il y avait un total de 10 156 francophones anglicisés au Québec, après leur avoir soustrait les anglophones francisés. Il y a donc un écart de 20 312 en faveur de l’anglais, soit davantage que les populations réunies de La Malbaie, Baie-Saint-Paul, Petite-Rivière-Saint-François, Les Éboulements et l’Isle-aux-Coudres.
Entre 2001 et 2006, 2336 nouveaux francophones anglicisés se sont ajoutés (après soustraction des anglophones francisés). C’est un peu comme si un village comme Albanel, dont la population aurait été entièrement francophone en 2001, était devenu entièrement anglophone cinq ans plus tard.
Bref, on peut affirmer que le Québec est globalement une terre d’anglicisation.
Le tableau indique que le nombre d’usagers du français à la maison a progressé de 160 000 alors que le nombre d’usagers de l’anglais a progressé de 40 000. En nombre absolu, on a progressé quatre fois plus rapidement. On peut certes convenir que le rapport 4:1 est plus petit que celui attendu par notre poids démographique (8:1) vis-à-vis des usagers de l’anglais. Signe qu’il faut rester vigilant dans la défense de notre langue. N’empêche, comment l’auteur peut-il y voir une tendance d’assimilation vers l’anglais ?
J’ajouterai trois points : premièrement, l’auteur erre lorsqu’il mentionne que les unilingues anglophones ne sont confrontés à aucune difficulté sur le plan socio-économique. Je connais parmi mes collègues de travail quelques personnes unilingues anglophones qui ont perdu des opportunités d’emplois mieux rénumérés ou qui éprouvent divers désagréments sur le plan social. À cet égard, la statistique de M.Castonguay, selon laquelle le salaire moyen de l’anglophone unilingue est égal à celui du francophone bilingue, est trompeuse, car justement elle est une moyenne. Tout étudiant de statistique sait que la moyenne, en tant que mesure de tendence centrale, est parfois trompeuse, et c’est le cas ici. Le salaire "moyen" de l’unilingue anglophone est en fait disproportionnellement surévalué par les très haut salaires des cadres des sièges sociaux montréalais recrutés à l’extérieur de la province. Si M. Castonguay choisissait une mesure comme la médiane ou le mode, je suis persuadé qu’il constaterait que l’unilingue anglophone gagne un salaire moins favorable que celui du francophone bilingue.
Deuxièment, l’effet le plus puissant de la loi 101, malgré ses trente ans, ne commence à peine qu’à se faire pleinement sentir sur le plan des transferts linguistiques. Nous sommes en présence de phénomènes qui ont cours sur des générations. Bon nombre des enfants qui ont frenquenté l’école française en 1977 avaient des frères et soeurs qui avaient déjà tissé des liens avec la communauté anglaise ou venaient de familles arrivant au pays rejoindre leurs parents et amis déjà assimilés aux anglophones. D’autres familles avaient carrément des ressentiments vis-à-vis la nouvelle loi. Bref, les nouveaux arrivants sont beaucoup mieux disposés à tisser des lisser avec les francophones de l’île.
Mais pour cela, et c’est mon troisième point, il faudrait que les francophones viennent vivre sur l’île, et y restent. Mais il n’y a personne d’autre à blâmer que nous—et notre politique fiscale— si la masse critique de francophones nécessaires sur l’île pour l’intégration des immigrants s’amenuisent d’années en années.
Monsieur Pelletier,
Je suis heureux de constater que Vigile rayonne jusqu’à l’Université McGill, comme votre réponse en fait foi. Permettez-moi de répondre à vos arguments.
1) Vous admettez que l’anglais progresse plus rapidement que le français, mais vous n’en tirez pas la bonne conclusion. Avant de rester vigilant, comme vous le dites, il convient selon moi de cesser de mentir à la population, comme le fait l’Empire, en lui faisant croire que ce n’est pas vrai et qu’en réalité, le français progresse. Si la population anglophone continue de croitre deux fois plus rapidement que la population francophone, toutes proportions gardées, il est évident qu’au bout d’un certain nombre d’années, l’équilibre linguistique va s’en trouver considérablement modifié. Voilà la conclusion qu’il faut tirer. Il ne s’agit pas de « rester vigilant », mais d’agir pour inverser la tendance.
2) Jamais je n’ai écrit, ni même laissé entendre qu’il n’y avait pas de gens défavorisés parmi les anglophones.
3) Vous trouverez plus de détails sur les écarts de revenus entre francophones et anglophones dans le numéro de janvier 2008 de L’Action nationale. Je pense que la bibliothèque de votre université est abonnée à cette revue. Ces écarts sont loin d’être attribuables, comme vous le laissez entendre, à certains revenus très élevés. Ils se manifestent à tous les niveaux de revenu.
Je vous remercie d’avoir répondu à ma chronique et j’espère pouvoir vous lire encore.
Merci pour votre commentaire, et j’espère que vous me permettrez de faire ces quelques clarifications.
Contrairement à ce que vous affirmez, je n’admets pas la prémisse que l’anglais progresse plus rapidement que le français au Québec. Comme je l’écrivais, en me limitant simplement au tableau du recensement ci-haut présenté, nous, francophones, progressons quatre fois plus rapidement, en nombre absolu, que les anglophones, soit 160 000 plus de francophones depuis 2001, contrairement à 40 000 anglophones. Si ce rythme était maintenu, par quel paradoxe éléate les anglophones pourraient-ils nous dépasser ?
Bien sûr, cette progression est surtout le fruit des nouvelles naissances que de transferts linguistiques, mais le résultat est que nous, francophones, progressons beaucoup plus rapidement que les anglophones, par 120 000 selon ce dernier décompte.
Mais cette progression est aussi rendue possible grâce à l’immigration. Quelque soit la façon dont vous torturez les statistiques, la réalité est que la majorité d’immigrants de première génération au Québec choisit le français comme langue d’usage publique prinicipal. Vous concédez implicitement ce point vous-même lorsque vous soulignez, avec justesse, que ce résultat positif est plutôt le fait d’une proportion importante d’immigrants qui est déjà francophone. Certes, et il faut féliciter le gouvernement du Québec de cette sélection, car le résultat positif demeure : plus d’immigrants parleront le français que l’anglais dans leurs communications personnelles grâce à cette sélection.
En résumé, par le jeu des naissances, le français progresse plus rapidement ; par la sélection d’immigrants francophones, le français progresse plus rapidement. La seule bête noire, c’est le transfert linguistique vers le français des personnes allophones, qui ne se fait pas aussi rapidement qu’on le voudrait. Mais comme je le soulignais, l’effet de la loi 101 ne pouvait pas être instantané ; nous sommes aux prises avec des phénomènes générationnels. La première génération de la loi 101 a en majorité conservé sa langue maternelle à la maison. La véritable récolte de transfert linguistique vers le français ne se fera qu’avec la deuxième, voire la troisième génération de la loi 101. J’en veux pour preuve que, pour la première fois de l’histoire du Québec, le nombre de francisations a dépassé le nombre d’anglicisations dans les communautés dites allophones (52% vs 43%, selon les chiffres de M. Veltman, données appuyées par une intervenante du ministère de l’immigration).
Bien à vous,
Monsieur Pelletier,
Permettez-moi de vous donner une petite leçon de mathématiques.
Vous prenez au départ deux quantités fort différentes, par exemple 100 et 5. Vous multipliez, la première quantité par deux et la seconde, par quatre. Vous venez d’ajouter 100 à la première quantité et seulement 15 à la seconde. Vous répétez la même opération plusieurs fois. À la deuxième répétition, vous allez ajouter 200 à la première quantité et 60 à la seconde, ce qui vous donne respectivement 400 et 80. À la troisième répétition, vous allez ajouter 400 à la première et 240 à la seconde. À la quatrième, 800 et 960... tiens tiens, la seconde quantité se met à augmenter plus vite, en valeur absolue, que la première.
C’est magique, n’est-ce pas ? Dans les écoles françaises, en cinquième ou en sixième année, on apprend à faire de telles opérations. Pas à l’Université McGill ? Pardonnez le sarcasme ; c’est plus fort que moi.
Pour le reste, vos observations dénotent le même genre d’incompréhension de votre part. Vous ne semblez saisir ni le concept de force d’attraction des langues, ni celui de bilan net des substitutions linguistiques. Pour un universitaire, vous me décevez beaucoup.
Monsieur Desgagné,
Pourquoi m’insultez-vous ? Vous m’insultez parce que vous présumez que je fréquente l’université McGill ? Est-ce ainsi que vous raisonnez ? En fait, je travaille en santé mentale, à l’hôpital Douglas. Je suis impliqué dans ma communauté, à Verdun, et ce lien à mon quartier a été un puissant motif pour offrir mes services à l’hôpital Douglas, plutôt que, par exemple, à un autre hôpital psychiatrique. Or il se trouve que l’hôpital est affilié à McGill. Pour mériter votre respect, devrais-je quitter mon quartier pour m’établir dans un quartier plus francophile ?
J’aimerais vous rappeler la chronique récente de Josée Legault : "Il va sans dire que mon collègue a parfaitement le droit d’exprimer l’opinion contraire et que je n’entends pas faire ici, comme d’autres, du « Dubuc-bashing ». Mais là où le bât blesse, c’est dans l’usage d’insultes, d’un vocabulaire n’apportant aucun argument en soi et qui, surtout, associe toute personne ou groupe de l’opinion contraire à la sienne à une espèce de secte de xénophobes".
Quant à notre discussion, j’ai déjà souligné que je trouve plus sain, tant politiquement que scientifiquement, d’analyser les données en nombres absolus de personnes plutôt qu’en pourcentage de poids démographique, alors votre réponse n’apporte rien d’éclairant, sauf votre respect. Envisagés en nombre absolus, la pérennité de la majorité française est assurée tant qu’un nombre supérieur d’allophones optent pour le français plutôt que l’anglais comme langue d’usage personnelle : voilà le défi, énoncé clairement et simplement, qui nous attend.
Or, j’estime qu’on sous-évalue l’impact de la loi 101 actuellement. On en parle comme si les changements qu’elles devaient opérer ont atteint leur paroxysme. Or, Camille Laurin lui-même disait que la loi 101 ne saurait prendre toute sa vigueur qu’au bout de 50 ans, soit lorsque les enfants de la loi 101 de la seconde génération sortira des écoles. Les personnes immigrantes, majeures et vaccinées, n’ont souvent pas réussi à apprendre le français. Leurs enfants, les enfants de la 101, l’ont appris, même ne l’ont pas beaucoup parlé à la maison. Cependant, ils ont épousé des francophones avec qui ils ont eu des enfants. Ces enfants, qui ont aujourd’hui 5-10 ans au maximum, sont ceux de la deuxième génération, ceux qui vont le plus massivement opté pour le français, selon moi. Leur socialisation en français se fait actuellement. Le véritable succès de la loi 101, coté éducation, n’en est encore qu’à son prélude.

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