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L’âme de ce pays c’est moi. La colonie, la conquête c’est moi. L’Acte de Québec, L’Acte d’Union, le gouvernement responsable, la rébellion, la Confédération, Murray et Gosford c’est moi. C’est moi la révolution tranquille. C’est moi le rapatriement, Charlottetown, le lac Meech et les 2 référendums. L’Irlande et l’Écosse, c’est moi.
L’Amérindien, ce méconnu, c’est moi.
Oui, c’est moi l’Amérique et c’est moi octobre.
C’est moi la neige et c’est moi le froid. La géographie, l’histoire de ce pays, c’est moi.
Sa mémoire me rentre au corps. Ses conteurs me parlent, ses écrivains, ses chanteurs et musiciens, ses poètes me saluent. Le camp des bûcherons, le cercle des fermières, l’assiette du quêteux, les outils du menuisier, c’est moi.
Le troisième âge, le féminisme, la révolution sexuelle, la génération X, c’est moi.
Je suis le scaphandrier de ce pays, je suis sa femme, son paysan, son enfant.
Je suis la majorité silencieuse, la révolte sourde, la contradiction maudite.
Je suis la grandeur de ce pays, son affolement muet, sa perte de salive, de communion.
Je suis sa descendance et son fleuron.
J’ai l’âme docile de ce pays. L’âme absolue, créative, récalcitrante.
J’ai l’âme dure d’un vieux monteur de cathédrales, j’ai l’âme sauvage des indiens et des coureurs des bois. L’engoulevent y chantera-t-il encore ? Certes oui, me répond-il. « Tenace et toujours vivant, je hante nos forêts, nos plaines et nos montagnes. Et je hante Montréal et les capitales des régions. La France et l’Angleterre je hante encore.
Le Survenant c’est moi. Une saison dans la vie d’Emmanuel c’est moi. Le Matou c’est moi. Jean Narrache, Michel Tremblay, Marie Laberge c’est moi. Nelligan, Miron, Hébert, Leclerc, Vigneault et Desjardins, c’est encore moi. C’est moi l’entêtement et c’est moi l’entêtée. C’est moi la langue française et c’est moi la beauté de la langue. C’est moi le joual et la beauté du joual. Partout je suis là. Sur nos routes et dans nos décors de théâtre. Dans nos rêves et dans nos journaux. Je suis nos manières, notre parlure, notre littérature et notre devenir. Je suis nos traditions et nos ruptures. Je suis nos mariages et nos décès. Nos toujours, nos jamais. Toujours je survivrai, jamais je ne mourrai.
Chaque jour, indéniablement, je poursuis mon chemin. Allez, ne trahissez point mon esprit, ma vie ! Allez, respectez mon histoire, mes lois et mes valeurs ! Consentez à entendre mon cri, mes demandes, mes poèmes, mes chansons. Ouvrez-moi votre cœur ! Car dites-moi, comment apprendrais-je de vous, si vous vous fermez à moi ? Si ma parole vous refusez d’entendre ? En retour, je vous confierai mes succès, mes errances, mes croyances et mes espoirs. En retour, de vous j’apprendrai... Du Sri Lanka, de l’Afghanistan, de l’Inde, de la Chine, de la Roumanie, de la Bosnie, du Salvador, du Pérou, j’apprendrai (et de combien d’autres peuples encore… !). Sans cesse j’apprendrai. D’ailleurs comment pourrais-je vous aimer si je me détourne de vous ?
Et surtout comment pourrais-je réellement vous connaître si je me refuse à moi-même ? Si je n’affirme point mon identité, mes origines, mon avenir ? Nous sommes faits pour nous dire, pour nous comprendre, pour marcher ensemble.
Dans cette terre nommée Québec et empreinte de traditions comme de modernités, n’avons-nous pas la plus belle des chances, celle de nous créer chaque jour, d’apprivoiser nos différences, de vivre notre commune humanité. Refaisons honneur à la beauté, à la force du partage. L’âme de ce pays c’est moi oui, mais c’est aussi vous dans le jour qui monte et dans la lune qui nous éclaire. C’est nous tous sous le ciel de janvier, devant l’aube et le printemps.
Ne faisons rien qui ne nous divise. Malgré nos divergences et nos peurs, contre toute guerre et toute semblable laideur, ne craignons rien. Ensemble, solidaires, avançons !
France Bonneau est professeure de français auprès des adultes-immigrant-e-s . (MICC)
Ce témoignage du coeur, expose, inconsciemment, le lieu précis du mal dont souffre le Québécois "moderne".
Ce Québécois qui, voulant définir son âme, en montre à tous le portrait en feuilletant l’album de famille mais en prennant bien soin d’éviter les photos qui contiennent des églises, des religieuses aux chevets des malades, des curés aux côtés de syndicats, des prêtres et religieuses enseignant et sauvegardant la langue, les oeuvres de charité, l’accompagnement des mourrants ou même des photos de cimetières où reposent nos ancêtres.
L’immigrant qui arrive, avec son âme à lui, son album bien rempli, l’orsqu’il l’ouvre fièrement pour se conter lui et les siens, ne cache rien.
Et ce sont bien ces endroits où les immigrants entretiennent toujours leur âme qui nous dérangent, que l’on voudrait aussi qu’ils arrachent les photos de leur album.
Est-il seulement encore permis de croire à l’âme au Québec ?

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