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Qu’a donc dit Stephen Harper de si terrible à propos de l’Afghanistan pour que tous s’excitent à ce point ?
Essentiellement, deux choses : qu’une victoire strictement militaire était exclue, et que le gouvernement afghan devrait ultimement prendre charge de son propre pays. Ce sont deux évidences, et je ne me rappelle pas qu’il ait déjà dit le contraire dans le passé.
Depuis le début, la présence étrangère dans ce pays est à la fois militaire, humanitaire et diplomatique. Former des forces de sécurité locales pour qu’elles prennent éventuellement la relève est aussi, depuis le commencement, un des principaux mandats de l’armée canadienne et de l’OTAN.
Les mêmes partis d’opposition qui reprochaient jadis à Stephen Harper sa rigidité lui reprochent aujourd’hui son réalisme. Seul Bob Rae a eu la décence de noter qu’il n’y avait pas de vrai changement sur le fond.
Je ne défends pas Harper, mais souligne simplement qu’il n’y a pas de volte-face comme on le prétend, et que l’affaire est évidemment bien plus complexe que ne le voudraient ceux qui voient toutes les questions militaires en noir ou blanc.
Stephen Harper a sans doute voulu se donner un meilleur rapport de force face à Barack Obama si jamais celui-ci, qui veut doubler la présence militaire américaine en Afghanistan, lui demande de prolonger la présence canadienne après 2011. Monsieur Harper sait aussi que son gouvernement minoritaire devra disputer des élections bientôt et que cette guerre est fort impopulaire chez nous.
Tout cela apporte évidemment de l’eau au moulin de ceux qui prônent un retrait total et immédiat de toutes les troupes étrangères. Si seulement c’était si simple.
Il est certes possible que la mission se solde, en bout de course, par un quasi-échec. Après tout, l’Afghanistan, expliquait l’autre jour un diplomate saoudien, a toujours été un regroupement hétéroclite de tribus et non un État au sens où nous l’entendons, et aucune occupation étrangère n’a jamais réussi à les mater.
Un départ précipité entraînerait cependant, à coup sûr, un effondrement du gouvernement Karzaï. Pas une grosse perte, me direz-vous. Mais il s’en suivrait une guerre civile qui se solderait évidemment par une victoire complète des talibans.
Imaginez le regain d’énergie que cela aurait sur les cellules terroristes islamistes dans le monde entier que d’avoir bouté « l’envahisseur occidental » hors d’Afghanistan. L’insurrection talibane poursuivrait ensuite son expansion au Pakistan, dont elle contrôle déjà de larges zones. Si le Pakistan, qui possède l’arme nucléaire, tombait à son tour sous leur emprise, on frémit rien que d’y penser.
Interrogé sur la raison fondamentale qui justifiait la poursuite de la mission de l’OTAN en Afghanistan, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, répondit avec une admirable clarté : pour éviter que l’Afghanistan continue d’être le centre de formation de terroristes qui iront ensuite semer la mort en Occident, parce qu’ils détestent ce que nous sommes encore plus que ce que nous faisons.
Tout est là. Qu’il faille redéfinir la mission, la réorienter, lui fixer une limite, fort bien. Mais les partisans d’un retrait total et immédiat n’ont jamais répondu à cette justification fondamentale de la mission.
Pourtant, à la suite des nombreuses arrestations au Canada d’individus suspectés d’activités terroristes, on devrait avoir compris que nous ne pouvons faire comme si cette affaire ne nous concernait en rien. Mettons-nous le dans la tête : pour ces fanatiques, le Canada est bel et bien un ennemi.
Source
http://www.josephfacal.org/lafghanistan-et-nous/

