Nous, indépendantistes de tous horizons,
Nous tenons à sortir de l’ombre pour mettre fin une fois pour toutes à ce procès public intenté contre l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu, procès où le principal intéressé semble avoir été condamné d’avance. Depuis la publication de « La traîtrise de Pauline Marois », une partie importante du Courrier des lecteurs du quotidien Le Devoir fut réservée aux lettres condamnant les propos de VLB. Bien sûr, l’auteur de James Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots y est allé un peu fort en parlant de « traîtrise », mais tous avoueront qu’il est bien mieux d’avoir de la gueule comme Beaulieu qu’avoir une langue de bois.
La sortie de Victor-Lévy Beaulieu sur la volonté de Pauline Marois de rendre parfaitement bilingues tous les petits Québécois en a fait réagir plus d’un. Frans Van Dun de l’Assomption compara l’auteur de Trois-Pistoles aux clercs d’autrefois. Jean-François Labadie de Montréal se demandait « quand [est-ce que] les VLB de ce pays mourront-ils ? », aspirant à pouvoir parler « enfin » du « nouveau Québec ». Quant à Denis Gaumond, un souverainiste, il parlait de « nationalisme intégriste » baignant dans l’obscurantisme et terminait sa lettre en disant « Thank you » à Madame Marois pour son « ouverture sur le monde ». Ces propos, qui s’apparentent à un anathème général lancé à l’encontre de l’auteur de La Grande Tribu, sont le reflet selon nous d’un peuple qui n’est pas capable d’assumer son passé. En d’autres temps, on parlait d’aliénation.
Nous constatons que VLB fut transformé en archétype social : ce grand intellectuel de gauche ayant passé une grande partie de sa vie à Montréal est devenu subitement au cours des derniers mois l’image sombre parfaite du vieux « pure laine » bien enraciné dans son Québec profond. Cette vision des choses est tout simplement ridicule, considérant que Beaulieu a écrit plus de livres que sa vie ne compte d’années. L’image péjorative qui fut associée à VLB est non seulement une honte face à ce pilier de la littérature québécoise, mais aussi face à tous les Blancs-Français-Catholiques vivant en région. Honnêtement, nous ne comprenons pas pourquoi les Québécois d’ascendance française devraient avoir une réputation inférieure à celle des autres citoyens. Pourquoi le « nouveau Québec », pour reprendre les mots de Monsieur Van Dun, serait-il nécessairement supérieur à l’ancien ? La chute de l’Empire romain en 476 a-t-elle fait de l’Occident un monde meilleur ?
Le français d’abord et avant tout
Nous n’avons rien contre le fait que les Québécois deviennent bilingues, trilingues ou multilingues. Il demeure toutefois que notre unique objectif est que tous les Québécois puissent étudier, travailler, être servis et être soignés en français chez eux, sans sacrifice, comme tout peuple normal. Ce que nous critiquons, c’est le discours faisant du bilinguisme une obsession, si ce n’est une religion. Bien peu d’individus ces derniers jours ont soulevé le fait que le Québec est déjà l’État le plus bilingue et le plus trilingue des Amériques ! De l’autre côté de l’Outaouais, ne vous attendez pas à trouver des bilingues à la tonne : seulement 7% des anglophones du ROC le sont. On semble laisser croire que le Québec serait sérieusement en retard en matière de bilinguisme alors que ce sont les autres qui devraient nous prendre en exemple.
Ce qui est réellement inquiétant, ce n’est pas l’état du bilinguisme, mais plutôt l’état de l’analphabétisme. Selon l’Espace québécois francophone consacré à l’alphabétisation, le taux d’analphabétisme serait assez élevé au Québec comparativement aux autres provinces du Canada et à plusieurs pays d’Europe. Au Québec, 42% des francophones n’ont pas de bonnes capacités en littératie, contre 32% des anglophones. Lorsqu’un peu plus de deux Canadiens français du Québec sur cinq a de la difficulté à lire correctement sa propre langue, est-il pertinent – et intelligent – de proposer de bilinguiser tous les Québécois ? Nous voyons là la crainte exprimée par Victor-Lévy Beaulieu de voir les Québécois assimilés par la porte de derrière.
L’autodétermination, seule solution
Au sein des milieux indépendantistes, les opinions divergent sur la décision de Victor-Lévy d’appuyer l’ADQ, un parti qui nous apparaît tout aussi fédéraliste que le Parti libéral. Qu’importe, puisque nous connaissons tous l’engagement de l’homme pour la Cause du Québec. Après tout, si le PQ décide – encore ! – de mettre en veilleuse la lutte pour la libération de notre peuple, nous n’avons pas à nous sentir coupables si nous votons pour une autre formation politique.
Pour nous, il ne peut y avoir de véritables garanties pour la survie de la langue française en Amérique si les Québécois et leurs élites politiques persistent à ne pas faire du Québec un État souverain. Une minorité est toujours destinée à se faire traiter comme une minorité. Qu’arrivera-t-il aux Québécois lorsqu’ils ne représenteront plus que 15% ou 10% de la population canadienne ? Qu’arrivera-t-il aux Québécois lorsqu’il y aura plus de sinophones que de francophones au Canada, ce qui est déjà le cas en Colombie-Britannique et en Alberta ? Il sera peut-être alors trop tard pour éviter la louisianisation du peuple québécois.
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Maxime Schinck, Sherbrooke
Donnent leur appui à ce texte :
Christian Bergevin, Montréal
Germain Cherhal, ancien président du Parti Québécois du comté de Chambly,
St-Basile-le-Grand
Gilles Cormier, Rouyn-Noranda
Pierre Desgagné, ancien président du Parti Québécois du comté de
Rivière-du-Loup / Les Basques, Rivière-du-Loup
Jean-Pierre Durand, Repentigny
André Forget, Montréal
Anne-Marie Gélinas, auteur-compositeur-interprète, Warwick
Louis Grant, Saint Jean au Nouveau-Brunswick
Sébastien Hotte, Boisbriand
Charles Laflamme, Bromont
Claude Lagueux, Thetford Mines
Patrick Lépine, Ste-Foy
Daniel Magnan, St-Pie
Frédéric Picard, St-Jean-sur-Richelieu
François Préfontaine, Acton Vale
Reynald Savard, Chicoutimi
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

