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L’ADQ et les néocaciques au Québec
Le caciquisme, réseau de pouvoir et de clientèles locales dont dispose un « homme fort », le cacique, spécifique à l’Amérique latine, à l’Espagne… et au Québec, depuis la grande noirceur
Jean-Louis Pérez
Tribune libre de Vigile
samedi 12 avril 2008      255 visites      2 messages


" M. Taillon avait formellement nié avoir tenu de tels propos mercredi, en entrevue à Radio-Canada. Il avait dit avoir ‘été le premier en caucus de l’ADQ à plaider qu’il ne fallait pas que la famille soit dans la business’ ".

Le caciquisme, réseau de pouvoir et de clientèles locales dont dispose un « homme fort », le cacique, spécifique à l’Amérique latine, à l’Espagne… et au Québec, depuis la grande noirceur.

Le mot casik est entendu pour la première fois par Christophe Colomb de la bouche des mythiques Taïnos, en décembre 1492. « Cacique » désigne d’abord le chef indien qui accepte de servir de relais à la couronne espagnole dans la domination des sociétés indigènes survivantes ou reconstituées. Aux XIXe et XXe siècles, à l’intérieur des nouveaux États indépendants latino-américains, le terme se métamorphose pour être attribué aux potentats locaux, les criollos, qui bénéficient d’une influence régionale considérable.

À la base du caciquisme se trouvent donc le pouvoir local et régional, et l’« homme fort » qui en détient les rênes. Celui-ci incarne la puissance socio-économique de l’hacienda et des propriétaires terriens. Il doit se faire craindre et obéir par ses subordonnés ; cependant, il peut assumer le rôle du protecteur généreux et être apprécié, voire aimé de ses sujets. Le cacique est parfois un homme instruit et cultivé, mais il peut aussi être un propriétaire rustaud, chef de bande, à peine alphabétisé, proche des Indiens de son hacienda qu’il appelle « mes enfants ». Sous l’influence «  tellurique » de la petite patrie commune, il peut lui-même « s’indianiser  ».

***

Sur le plan politique, le caciquisme est bien la contrepartie de la faiblesse représentative des États indépendants, longtemps restés des bureaucraties parasitaires, institutionnellement proches de l’Ancien Régime, loin des projets démocratiques et modernisateurs des élites républicaines. Les manifestations les plus dramatiques du caciquisme apparaissent lors des crises internes (économiques, religieuses, etc.), après des guerres civiles ou à la suite de défaites militaires, comme celle du Mexique après sa débâcle de 1848 face aux États-Unis, ou celle du Pérou et de la Bolivie, après leur défaite militaire, en 1883, face au Chili. Manifestations qui se traduisent par la déconcentration (involontaire) du pouvoir politique de l’État, par l’hégémonie des régions, voire par le danger de désintégration territoriale, avant d’assister à un mouvement réactif de refondation de la République ou de « restauration nationale ».

Habituellement partisan du fédéralisme, tantôt libéral, tantôt conservateur — comme au Québec par rapport au pouvoir fédéral — le cacique devient souvent un représentant parlementaire, siégeant dans les « congrès régionaux » ou dans les assemblées nationales. Mais il peut aussi devenir caudillo, militaire -— ou soutien des caudillos -— et se hisser occasionnellement à la tête de l’État. L’insurrection militaire du caudillo, étroitement associé aux caciques de sa région, devient une forme spécifique du rapport de forces et de la négociation avec la « capitale » ou avec l’« État central », dans une société peu habituée à la démocratie, à l’alternance politique, ou vivant dans la crainte de conquérir sa pleine liberté politique.

L’action du caudillo, même lorsqu’elle vise la magistrature suprême du pays, a toujours comme but la recherche de nouvelles clientèles pour élargir son assise régionale et celle des potentats qui l’ont soutenu ; ceci parce que le caciquisme traduit aussi la sociabilité rurale du clientélisme, c’est-à-dire le maintien de réseaux de fidélité et de dépendance dans les campagnes, grâce aux liens personnels entretenus par le cacique avec ses sujets. Ainsi, la force militaire du caudillo ou du député-cacique et la loyauté des clientèles sont deux des leviers du caciquisme.

Le caciquisme contemporain en quelques mots :

Il y a une vaste littérature académique concernant le caciquisme dans l’Espagne de la Restauration (1875-1923), très souvent considéré comme un phénomène clé pour le comportement électoral des Espagnols, d’autres peuples à la dérive, tel le peuple Québécois-français, et l’évolution du système politique español, comme celui du Québec lors de l’époque libérale/conservateur pro-fédéral-centraliste. L’on y explique et démontre le phénomène du caciquisme par l’analyse et la critique politique contemporaine, ainsi que par différentes interprétations des premières historiographies en la matière. L’objectif de cette littérature consiste à réviser les principales tendances historiographiques dans l’étude du caciquisme — appelées « nouvelle histoire politique », « histoire agraire sociale » ou « histoire mafio-partisan » —, particulièrement en ce qui a trait à des conceptions opposées sur le caciquisme en tant que type spécifique de clientélisme et aux descriptions des élites politiques et des liaisons entre pouvoirs politiques et économiques. Ces tendances partagent toutefois un langage commun et des conclusions qui permettent de les comparer à des phénomènes similaires retrouvés dans plusieurs autres pays.

Vive le Québec libre de caciques, de trileros de la politique, de traîtres et de pilleurs des ressources fiscales et naturelles

Jean-Louis Pérez

***

Pour plus d’information concernant ces néocaciques de l’ADQ et leurs complices, voir : http://www.vigile.net/Le-plan-Harper-un-piege-pour

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • L’ADQ et les néocaciques au Québec
    12 avril 2008

    Sujet fascinant monsieur PÉREZ.

    Nous devons étudier cette question à fond afin d’en trouver des solutions permanentes. J’étais au courant du phénomène en Amérique latine mais pas dans la mesure et les détails que vous décrivez.

    Vous êtes sans doute au courant de situations analogues en Europe et en Russie. J’ai été informé par des intellectuels russes de la manière dont l’Église orthodoxe s’était fait soudoyer par les Tatares Mongols et a servi de courroie de transmission au pouvoir de Khan pendant toute la durée de cette domination.

    Ayant comme géographe spécialisé étudié l’histore ancienne et récente des Ligues Hanséatiques, j’ai appris que l’Église catholique avait été soudoyée par les Ligues. Plus tard, avec la réforme protestante en Allemagne, les nouveaux pasteurs n’ont pas perdu de temps pour se laisser acheter à leur tour. Leur colloboration avec le pouvoir se traduisant par une prédication orientée, non vers Dieu et le Christ mais vers une casuistique simpliste et réductive du bien et du mal. Au Québec, une casuistique similaire a fini par provoquer un rejet massif de la pratique religieuse.

    Depuis les débuts de l’occupation anglaise, les autorités britanniques ont exploité le haut clergé pour se maintenir au pouvoir sans difficulté. De cette manière, les Anglais ont créé une caste de collabos demi-instruits et dépourvus de sens critique, des demi civilisés, comme les appelés Jean Charles Harvey dans un roman qui fit scandale au cours des années trente. Ces gens ont pris l’habitude de s’adresser au peuple en termes superficiels, chargés de clichés commodes qui suspendent le jugement critique, comme s’ils avaient affaire à des imbéciles. Cette philosophie des phrases toutes faites, du prêt à porter intellectuel, je l’ai bien connue dans l’armée.

    Il existe une solution que j’ai commencé à investiger : Le système des préfectures comme au Japon. Le préfet est un haut fonctionnaire de l’État envoyé sur place pour satisfaire aux exigences d’une politique à la fois générale et décentra- lisée, ce qui n’est pas facile vous en conviendrez.Lui et ses fonctionnaires, civils et militaires, doivent avoir une formation poussée en géopolitique et stratégie d’État, de même qu’en administration bien entendu, afin d’une part de s’occuper de sa préfecture avec compétence et intégrité, de l’autre de communiquer avec le gouvernement central afin d’apporter à la politique les changements et modifications qui s’imposent. On ne peut réussir un tel système qu’avec des gens dont la formation et l’instruction sont poussées au delà de la dernière limite. Il leur faut leurs classiques. On ne gouverne pas un État avec des technocrates.

    La Suisse dispose également d’un système de gouvernement assez analogue à celui du Japon, système qui sort le bureau- crate de ses retranchements et exige beaucoup de travail et d’études.

    Dans tous les cas, il s’agit pour l’employé de l’État responsable de travailler sur place dans une préfecture de discerner entre l’universel et le singulier, l’essentiel et l’accessoire, le contingent et le nécessaire, le permanent et le transitoire, la fin et les moyens, le statut de facto et le statut de jure. C’est une énorme responsabilité et il faut l’introduire pour le bien général.

    Salutations

    René Marcel Sauvé


  • L’ADQ et les néocaciques au Québec
    1er mai 2008
    L’ADQ représentait un vide politique au Québec. Celle-ci l’a comblé. Mais l’ADQ elle-même semble être une coquille vide, sans direction, sans vision claire et sans moteur. Une journée c’est blanc et l’autre c’est noir. Une journée on se tient fièrement debout et le lendamain on ne dit rien. L’ADQ va se désintégrer aux prochaines élections. Mario Dumont aurait pu jouer un rôle positif de rassembleur. A bien regarder ce qui se passe, je ne serais pas surpris que Dumont perde une bonne partie de ses députés au dépens des autres partis aux prochaines élections. Dans le fond l’ADQ ressemble beaucoup à l’Union Nationale de Daniel Joghnson père juste avant qu’elle ne disparaisse.


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