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Justin T. et J. Trudeau
Yves Boisvert
La Presse
mercredi 10 janvier 2007


On reproche à Justin Trudeau de n’avoir pas fait grand-chose jusqu’à maintenant dans la vie. Pour moi, la question n’est pas tant de savoir ce qu’il a fait, mais bien... qui il est.

Après tout, il ne manque pas d’exemples de politiciens qui ont fait carrière sans avoir un curriculum vitae pré-politique impressionnant.

Jean Charest avait été avocat pendant trois ans à Sherbrooke quand il est devenu député conservateur en 1984. Jean Lapierre, qu’apparemment Justin Trudeau voudrait remplacer à Outremont, venait tout juste d’être reçu au barreau quand il a été élu comme libéral fédéral, en 1980 peu après il faisait la tournée des collèges pour défendre énergiquement le rapatriement de la Constitution par Pierre Trudeau. André Boisclair n’avait guère fait autre chose que d’être un jeune péquiste quand il a été élu en 1989, sans même avoir un bac en poche.

Sauf qu’à la différence de Justin Trudeau, ceux-là étaient des inconnus qui se sont fait un nom tranquillement.

Justin Trudeau, lui, arrive précédé d’une fanfare, avec un nom énorme, ce qui n’est pas commode. Ce n’est pas sa tête qui ne passe pas dans la porte, c’est son nom. Avec un tel nom, il est sommé de présenter quelques réalisations. Il doit être à hauteur du culte qu’on voue à son père, en particulier hors Québec.

Les médias ont contribué à cultiver l’idée qu’il est l’héritier d’une dynastie, depuis la mort de son père et son fameux éloge funèbre. On a découvert, ce jour d’automne 2000, aux funérailles de l’ancien premier ministre, ce fils aîné, discret jusque-là, capable d’être à la hauteur et qui ne manquait ni d’assurance, ni d’éloquence, ni de charme.

On a appris qu’il avait fait un bac en littérature, puis obtenu un diplôme en enseignement, et qu’il avait enseigné au secondaire en Colombie-Britannique dans les années 90.

Mais à partir de la mort de son père, il n’était plus vraiment question qu’il se taise. On a voulu le faire parler. Il a dit oui. Il a écrit un premier article d’opinion assez nébuleux dans le Globe and Mail. On a vu qu’il s’intéressait à l’environnement. OK. Nous aussi. Mais encore ?

Il a donné quelques entrevues. Il a déménagé à Montréal, où il n’a pas d’emploi, mais où, aux dernières nouvelles, il étudie la géographie au niveau de la maîtrise, après avoir parlé un temps d’aller à Polytechnique. Il s’est marié. Il a fait de la radio à CKAC. Il a couvert les Jeux olympiques d’Athènes sans trop parler de sport, mais en trouvant souvent le Canada formidable. Il a poursuivi sa collaboration en parlant de questions sociales et politiques au sens très large. Allait-il faire état d’une pensée politique un peu originale, un peu organisée ? Pas vraiment. " Si le gars s’appelait Justin Bigras, c’est pas sûr qu’il serait sur le show ", avait opiné, ironique, un employé de la station.

Qu’a-t-il fait de sa vie ? Pas moins que bien des politiciens débutants. Mais qui est-il ? En ce moment, Justin Trudeau est une célébrité en quête d’identité. Être le descendant de quelqu’un ne suffit pas. Voyez la carrière politique misérable que fait le petit-fils de Winston Churchill.

Chaque fois qu’on lui a donné l’occasion de dire qui il est, Justin Trudeau s’est cantonné dans le rôle pâle de fils de son père. On admet qu’il a un nom encombrant. Mais on est bien obligé de constater que l’homme, maintenant âgé de 35 ans, semble parfaitement satisfait d’enfiler les habits trop grands de son père qu’on lui demande de porter. Une célébrité en quête d’identité, ai-je dit ? Je me suis trompé. C’est une célébrité qui se contente de l’identité de son père.

Son père, a-t-il dit, a travaillé très fort pour construire ses idées. Lui, a-t-il ajouté, a eu la chance de les avoir toutes faites : son père lui a dit la vérité ! Pourquoi chercher plus loin ?

Tout le cas Justin est dans cette remarque. Il n’est pas d’accord avec son père parce qu’il a examiné en détail ses idées. Il lui suffit de savoir que son père l’a dit.

Justin Trudeau est-il seulement intéressé à se faire un prénom ?


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