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Jean Garon, l’ex-ministre péquiste de l’agriculture sous René Lévesque, était à l’époque une personnalité sympatique et populaire. Par son langage coloré, la sincérité de son engagement politique, son sens du devoir envers le citoyen, Jean Garon a le droit à l’estime de tous. C’est donc affectueusement que plusieurs l’avaient affublé dans le temps de ce quolibet : le gros alimentaire.
Cela faisait référence à son action politique qui n’a jamais fait dans la dentelle pour atteindre ses objectifs. Jean Garon aime déranger le monde des bien-pensants dans tous les domaines, y compris celui des nationalistes et des indépendantistes.
Néanmoins, sa récente sortie qui nous annonce son rapprochement avec l’ADQ a quelque chose de profondément troublant en ce qui me concerne. Ce n’est pas tant qu’il passe dans le camp des autonomistes. Il ne fait là que suivre un courant que le PQ a le devoir de stopper. C’est plutôt ses motivations qui me laissent perplexe.
Jean Garon affirme que le PQ est devenu le parti des Montréalais. La vision de l’indépendance ferait trop de cas du problème de la diversité culturelle, absente dans les autres régions. René Lévesque, selon ce qu’il laisse presqu’entendre, serait adéquiste s’il vivait aujourd’hui.
C’est inquiétant car, au même moment, une chroniqueur de "La Presse", Mme Lysiane Gagnon, écrit que M. Gérard Bouchard n’est pas une personne qualifiée pour occuper la fonction de commissaire de cette Commission sur les accommodements raisonnables, et par conséquent de traiter de la question de l’identité québécoise parce qu’il n’est pas un montréalais. Originaire du Saguenay, et y vivant toujours pour son travail, M. Bouchard ne peut pas comprendre les problèmes soulevés de façon aussi efficace qu’une personne qui vit à Montréal.
Le propos de Mme Gagnon est évidemment outrancier. Cela ne me semble pas nécessaire d’argumenter sur la compétence reconnue de M. Bouchard sur la question de l’identité. Il suffit de rappeler sa participation signalée à un colloque sur cette question qui s’est tenu en 1998 et qui regroupait des spécialistes de diverses disciplines scientifiques et de diverses nationalités rassemblés à Montréal.
Ce qui me trouble, c’est que les esprits semblent au Québec accréditer d’une façon ou l’autre qu’il existe deux Québec, soit le Québec profond et le Québec métropolitain, au point de créer deux identités nationales distinctes...
Pour ma part, je crois qu’il y a deux nationalités distinctes au Québec, soit la Canadienne, et par conséquent la canadienne française, et la Québécoise. Chacune de ces nationalités veut être inclusive mais ne parvient pas à s’imposer dans la réalité du contexte politique canadien et québécois.
C’est autre chose que de tracer la démarcation de l’identité nationale autour d’une conception régionalisée du Québec.
Je ne crois pas que les différences entre les Montréalais et les autres régions du Québec justifient pareille morcellement de l’identité québécoise. Primo, il existe autant de différences entre un Montréalais et un habitant d’une autre région qu’il s’en trouve entre les habitants de deux régions choisies au hasard. Les Beaucerons présentent des caractéristiques qui n’existent pas à Québec... etc...
Deuxièmement, Montréal est une ville de taille unique au Québec, ce qui l’entraîne à vivre les activités internationales imposées par la modernité et la globalisation d’une façon plus intense. Montréal serait-elle une ville entièrement francophone qu’elle vivrait la plupart des différences que l’on y observe et qui donnent prétexte à cette supposée montréalisation de la politique québécoise.
M. Jean Garon a bien le droit de passer à l’ADQ s’il le souhaite. Je le déplore. Mais je ne peux admettre qu’un nationaliste de cette trempe accrédite une thèse qui pourrait être à l’origine de la partition du Québec. Cela semble évidemment à craindre dans l’éventualité de l’indépendance du Québec, mais aussi dans l’éventualité de l’obtention d’un statut politique particulier sous la poussée autonomiste que M. Garon semble maintenant favoriser.
En effet, si le Québec profond de M. Garon obtient cette reconnaissance politique tant souhaitée, ne viendrait-il pas à l’esprit des Montréalais "distincts" d’obtenir eux-aussi un statut particulier au sein de ce Québec renouvelé ?
Gilles Laterrière
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M. Gilles Laterrière écrit : « ne viendrait-il pas à l’esprit des Montréalais "distincts" d’obtenir eux-aussi un statut particulier au sein de ce Québec renouvelé ? »
Oui, oui, les Montréalais distincts demanderaient un statut particulier au sein du Québec renouvelé ou leur raccordement avec le ROC "la partition" si le Québec devenait souverain. Depuis que notre "premier" Charest a permis les défusions de l’ouest de l’île de Montréal et de Westmount, il a renforcé ces probabilités.
M. Garon était et est encore nationaliste comme l’était M. Lévesque qui tentait d’aller aussi loin que le les Québécois le lui permettaient.
Vous êtes en retard, monsieur Laterrière. Jean Garon a toujours été un homme de droite. Il le revendiquait déjà au milieu des années 1960, alors qu’il choississait de militer dans le RN de Gilles Grégoire, plutôt que dans le RIN d’André D’Allemagne. Ce qui ne l’a jamais empêché d’être un ardent indépendantiste et, certainement, le meilleur ministre de l’agriculture que le Québec ait eu. Ce qui me chagrine dans le copinage de Jean Garon avec l’ADQ, ce n’est pas son virage à droite, mais son retour au nationalisme autonomiste des Duplessis et al., c’est-à-dire celui de la majorité de "nos" politiciens.
Andrée Ferretti.

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