Jean-François Lisée et les États généraux

Sur son blogue, le 7 septembre, Jean-François Lisée commente la proposition de la tenue d’États généraux avec un texte chapeauté d’un titre assassin : « Rentrée au PQ : Des États-généraux ? La recette de l’échec ! »

Résumé de la position Lisée

Résumons l’essentiel de sa position. Pour Lisée, les péquistes font fausse route en débattant avec les dissidents, plutôt qu’en ayant « une conversation forte entre eux et leur électorat potentiel ». Il résume le but des États généraux à : « définir une stratégie », donc d’en « choisir une autre que celle adoptée ce printemps par le PQ », donc, de forcer le PQ « à changer de cap ».

Les États généraux seraient, selon lui, « un processus non démocratique » parce qu’ils « souffriraient d’une grave crise de légitimité ». Pour deux raisons. Premièrement, parce que, selon lui, le PQ a la légitimité, sa position ayant été adoptée lors d’un congrès de ses membres. Deuxièmement, parce que les États généraux seraient un forum qui « ne présente pas les balises démocratiques » du congrès du PQ.

Puis, Lisée présume que les quatre démissionnaires (Curzi, Beaudoin, Lapointe et Aussant) seront nécessairement les plus médiatisés et qu’ils ne se rallieront jamais à la position du PQ.

Par contre, il nous dit que le PQ pourrait, lui, modifier sa position parce que « la gouvernance souverainiste ouvre un corridor assez large ».

Enfin, il propose que le PQ travaille avec les autres groupes souverainistes et il fournit le mode d’emploi : « pas en travaillant sur ce qui divise (la démarche) mais sur ce qui rassemble : la destination ».

Réplique

Lisée présume que les États généraux porteront sur « ce qui divise (la démarche) » plutôt que sur « ce qui rassemble (la destination) ». Mais, en fait, rien n’est encore défini. Il est vrai que, dans le texte publié le jour de la tenue de l’assemblée du Nouveau Mouvement pour le Québec et qui a lancé le débat (« Pour des États généraux du mouvement souverainiste »), le SPQ Libre a mis l’accent sur la démarche. Mais notre position a évolué par la suite, comme en témoigne le texte que nous avons signé avec Gilbert Paquette, porte-parole de Cap sur l’indépendance, et intitulé : « Des États généraux pour remettre l’indépendance au cœur des ‘‘vraies affaires’’ ». Dans ce texte, nous écrivons :

« Il est temps de remettre l’indépendance au cœur des discussions sur des questions concrètes : comment, l’indépendance nous permettrait une véritable politique de développement durable et d’indépendance énergétique ; comment la démocratie québécoise pourrait se développer davantage dans un Québec indépendant ; comment le Québec français et l’intégration des immigrants pourraient être consolidés ; comment nous pourrions mieux travailler à une autre mondialisation axée sur la solidarité sociale.

« Pour reprendre les termes d’un article du SPQ libre, le mantra référendaire sans un projet de pays, ‘‘c’est comme si, pour inciter les Montréalais à se rendre dans la Vieille Capitale, une agence de voyages se limitait à vanter les charmes du trajet sur l’autoroute 20 !’’ »

De même, on voit que, dans les « cinq conditions de réussite » mises de l’avant par le Nouveau Mouvement pour le Québec, on retrouve en tête de liste la nécessité que « les États généraux portent sur l’indépendance du Québec et non pas sur le mouvement souverainiste ». Son porte-parole, Jocelyn Desjardins, ajoute : « La nuance est de taille. La première nous conditionne à travailler à nous unir derrière un projet commun, l’indépendance. La seconde, nous incite à étaler nos divisions. Commençons plutôt à discuter de ce que nous sommes capables de faire naître et de construire ».

Se pose ensuite la question de la légitimité, selon Lisée. Mais comment taxer la démarche des États généraux d’illégitime, alors que son mandat, son échéancier, sa forme organisationnelle ne sont pas encore définis ?

La question fondamentale posée par Lisée est celle, au fond, de la relation entre les partis politiques et la société civile.

Au SPQ Libre, nous défendons l’importance de la participation des citoyens à des partis politiques et incitons nos membres à adhérer et être actifs au sein du PQ. C’était le sens de notre démarche, dès notre création. Nous constations alors que, si le PQ avait réussi au cours des années 1970 à regrouper en son sein toutes les tendances souverainistes, cela n’était plus vrai.

En fait, même lors du référendum de 1995, l’unité des souverainistes s’est réalisée à l’extérieur des rangs du PQ dans le cadre des Partenaires pour la souveraineté. L’objectif du SPQ Libre, avec la création de clubs politiques au sein du PQ, était de ramener les différentes tendances souverainistes au sein du même parti, en leur accordant un cadre organisationnel avec une relative autonomie. On connaît la suite. Les Boisclair et Marois n’ont jamais cru aux clubs politiques et Mme Marois a expulsé le SPQ Libre.

Nous constatons – comme tout le monde – qu’un grand nombre de souverainistes ont quitté le PQ et ne lui font plus confiance. Cela est vrai aussi pour un certain nombre de membres du SPQ Libre, particulièrement ceux qui ont voulu participer au congrès du PQ, mais qui en ont été exclus par des manœuvres des apparatchiks aux ordres de Mme Marois.

Il faut donc pouvoir réunir la société civile et les partis politiques (PQ et QS) dans « une démarche qui rassemble (la destination) » ! Et des États généraux, bien menés, peuvent aujourd’hui jouer le rôle qu’a été celui de Partenaires pour la souveraineté dans d’autres circonstances.

Passons aux autres arguments de Lisée. Il présume que les quatre démissionnaires seront nécessairement les plus médiatisés. Rien n’est moins évident. En abordant un assez grand nombre de questions relatives à ce que serait un Québec indépendant, on peut s’attendre à voir émerger d’autres personnalités. En fait, les États généraux devraient aussi avoir cet objectif : permettre l’éclosion de nouveaux porte-parole du mouvement souverainiste, sur la base de leur contribution à la lutte pour l’indépendance.

Il est aussi amusant de voir Lisée postuler l’intransigeance des quatre démissionnaires, alors qu’il nous assure que Mme Marois pourrait, elle, modifier facilement sa position sur la « gouvernance souverainiste ». Si elle le peut, pourquoi pas les quatre autres ? Si elle le peut, pourquoi ne pourrait-elle pas le faire dans le cadre des États généraux ?

En fait, sur ce sujet, nous pensons que Mme Marois pourrait déjà modifier sa position en ajoutant à sa « gouvernance souverainiste » la proposition de la tenue d’un référendum d’initiative populaire sur l’indépendance.

Dans sa chronique du 1er septembre, intitulée « La sortie de secours », Michel David recommandait d’ailleurs à Mme Marois d’adopter la proposition du SPQ Libre. Il écrit : « En 2008, le SPQ Libre proposait toutefois que le gouvernement dépose, au moment où il le jugera bon, son projet de loi qui instituerait le référendum d’initiative populaire. On ne pourrait donc pas lui forcer la main. Il était également prévu que le gouvernement conserverait la prérogative de déclencher un référendum de sa propre initiative s’il le désirait. S’il n’en veut pas, il n’y en aura pas. Où donc est le problème ? »

En effet, où donc est le problème ? D’autant plus qu’adopter une telle position lors d’un prochain Conseil national du PQ contribuerait énormément à l’amélioration des relations entre le PQ et les différentes organisations indépendantistes.

Enfin, dernier argument de Lisée, les péquistes devraient plutôt avoir « une conversation forte entre eux et leur électorat potentiel » plutôt que débattre avec les dissidents. En fait, on ne voit vraiment pas ce qui les empêche actuellement de faire les deux !


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