Le moulin a roulé pendant vingt-quatre heures. Étant incapable de me rendre à Québec pour voir de visu l’activité politico-historique, j’ai suivi le tout sur mon écran d’ordinateur. Avec courage et détermination. La journée a été longue. Mon goût pour me rendre jusqu’à la fin l’a emporté sur mon envie d’aller dormir…
Deux constats : c’est le Manifeste du FLQ qui a le plus été applaudi par la foule. C’est Bernard Landry, ancien chef du gouvernement, et non Pauline, qui a réussi à soulever le plus l’enthousiasme de la foule.
Deux remarques. Comment expliquer que la question référendaire de 1995 n’a pas été lue au complet et pourquoi ce silence quasi concerté autour de l’ancien Premier ministre Jacques Parizeau ? Parce que la question du référendum de 1995 ressemblait trop à la question de Bruxelles de Robert Bourassa ? Et pourtant, c’était bel et bien la même chose. N’est-ce pas, Monsieur Landry ?
Autre chose. Comment expliquer la coupure historique (ça, c’est de l’histoire) entre Jean Lesage (deuxième mandat) et Bourassa (premier mandat) et ce grand silence sur l’avant dernier chef de l’Union nationale ? Daniel Johnson méritait tout un coup d’encensoir, une mention spéciale pour son ouvrage Égalité ou indépendance ? Beaucoup plus à point encore aujourd’hui que le discours larvé des péquisto-confédéralistes à la sauce Pauline Marois ! Il y a de l’inspiration dans ce petit volume pour des générations à venir. Il n’a qu’un défaut : il n’a pas été écrit par un péquiste notoire.
Il va sans dire que le rappel du discours d’Honoré Mercier, ancien Premier ministre (libéral) du Québec, prononcé le 4 avril 1893, m’a ravi au plus haut point. Il donna à ce moment-là une superbe leçon d’histoire devant 6000 personnes réunies au Parc Sohmer à Montréal. Il partagea avec la foule sa vision prémonitoire de l’avenir du Canada. Les Québécois devraient avoir ce texte affiché sur la porte de leur frigidaire :
« Quand je dis que nous ne devons rien à l’Angleterre, je parle au point de vue politique car je suis convaincu, et je mourrai avec cette conviction, que l’union du Haut et du Bas Canada ainsi que la Confédération nous ont été imposées dans un but hostile à l’élément français et avec l’espérance de le faire disparaître dans un avenir plus ou moins éloigné. J’ai voulu vous démontrer ce que pouvait être notre patrie. J’ai fait mon possible pour vous ouvrir de nouveaux horizons et, en vous les faisant entrevoir, pousser vos cœurs vers la réalisation de nos destinées nationales. Vous avez la dépendance coloniale, je vous offre l’indépendance ; vous avez la gêne et la misère, je vous offre la fortune et la prospérité ; vous n’êtes qu’une colonie ignorée du monde entier, je vous offre de devenir un grand peuple, respecté et reconnu parmi les nations libres. »
Incroyable ! Notre chère Pauline nationale est toujours incapable de prononcer ces paroles historiques dites par un Premier ministre LIBÉRAL. Si le peuple avait suivi, historiquement, les libéraux auraient fait l’indépendance du Québec en 1894, soit 17 ans après l’entrée forcée du Québec dans la chose qu’on continue d’appeler LA CONFÉDÉRATION. Le peuple n’a pas suivi Honoré Mercier.
Les libéraux ont manqué une autre chance de faire l’indépendance du Québec, lors de l’échec de Meech, en 1990. Cela faisait drôle, dois-je vous dire, de voir et d’entendre Gilles Duceppe, l’indépendantiste ( ?), chef du Bloc québécois à Ottawa, au petit matin du dimanche 13 septembre 2009, reprendre les mots de l’ancien Premier ministre (Libéral) Robert Bourassa, prononcés en soirée, le 22 juin 1990, à l’Assemblée nationale du Québec : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement ».
Les sondages confirmaient à l’époque que si Robert Bourassa avait posé la question référendaire de 1980, le OUI l’aurait emporté avec 67 % des votes et une question portant directement sur l’indépendance, le Québec aurait voté OUI à plus de 55 %. Les péquistes de l’époque, - oh ! que je m’en souviens - s’étaient moqué de Bourassa au lieu de s’unir à lui et le soutenir, dans ces moments difficiles. Ils ont préféré, à ce moment-là, - et comme ils font toujours - de faire de la petite politique à la petite semaine, espérant reprendre le pouvoir et réaliser l’irréalisable.
Alors, dites-moi, pourquoi, en deux occasions, le Parti libéral du Québec au pouvoir (première fois sous Honoré Mercier en 1893 et l’autre fois, près de cent ans plus tard, avec Robert Bourassa) le peuple n’a pas suivi ses leaders et pourquoi ceux-ci ont été incapables de réaliser le grand rêve toujours en friche ? Et dites-moi, pourquoi, en deux occasions, le Parti québécois, étant au pouvoir, le peuple lui a refusé de s’en aller dans la direction de l’indépendance nationale ?
La réponse, selon moi, est fort simple. Les leaders ont senti que le peuple n’est jamais près à faire quelques sacrifices pour réaliser la maison québécoise, entièrement libre de ses choix. Les leaders sont incapables de vérifier si la générosité, la grandeur d’âme est suffisamment ancrée dans les murs pour édifier la citadelle de la liberté. Entre la liberté et le fric, ils sentent que le peuple aime mieux le confort, la sécurité et surtout l’indifférence concertée.
Après plus de cent ans à tergiverser, il reste deux possibilités : on s’assimile ou on se décide de faire le pays du Québec. Toute autre position me semble une perte de temps. Comme c’est l’économie qui semble compter plus que le choix de vivre au grand air la totale liberté, comme il semble que le peuple ne se sente pas capable d’assumer (totalement) son destin et son développement (Robert Bourassa), il faut demander aux économistes de sortir leur calculette et dresser quelques colonnes de chiffres, afin d’apaiser les craintes des timorés. Ensuite, qu’un Premier ministre (peu importe la couleur) ait le courage de poser clairement la question. : Acceptez-vous que le Québec soit indépendant et souverain en date de… ? » OUI ou NON ?
A ce moment-là, - comme le disait si bien Félix Leclerc quelques mois avant le référendum de 1980 - plus de libéraux, plus de péquistes, mais des Québécois décidant, en pleine lucidité, d’assumer ou pas leur destin. En notant bien qu’il n’y aurait pas de prochaine fois.
Qu’il se lève celui qui veut prendre la barre et proposer cela aux Québécois ?
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