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Lettre ouverte à Andrée Ferretti
Je leur dis merci
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
lundi 30 juin 2008      490 visites      4 messages


Andrée Ferretti, d’abord je vous salue. Vous écrivez :

“Et cela se perpétuera tant que les militants, même les mieux avertis, comme ceux du RRQ continueront d’ignorer les règles élémentaires de la conduite d’une guerre, dont la plus importante est certainement de ne pas mener une lutte ouverte sur le terrain de l’adversaire quand on ne dispose ni de la supériorité des armes conventionnelles (variables à chaque époque) ni de la supériorité des moyens de communication, ni même, hic et nunc, de la moindre force de mobilisation du peuple, saturé par des discours et des projets éculés.”

Si je vous comprends bien, vous condamnez les militants du RRQ parce qu’ils mènent “une lutte ouverte sur le terrain de l’adversaire” en inscrivant des graffitis comme Québec libre (je ne sais pas si les militants arrêtés sont ceux-là mêmes qui ont écrit Québec libre) dans la ville de Québec qui fête son 400è anniversaire et parce qu’il n’y a pas “la moindre force de mobilisation du peuple”. Je constate que vous avez beaucoup évolué depuis le samedi de la matraque (qui est dans le titre de l’article de Raymond Poulin), la manifestation de la St-Jean de 1968 et les “actions directes” rinistes.

Malgré une intransigeance qui, chez vous, s’appuie sur de solides raisons et une expérience militante qui mérite le respect et l’admiration, j’aimerais bien que vous conveniez avec moi qu’il est très utile que des actions indépendantistes actuelles nous permettent d’être informés que, comme l’écrit Patrick Bourgeois à propos des trois militants du RRQ, ”durant leur séjour derrière les barreaux, les agents de police se sont moqués d’eux et de leurs idées politiques. Les policiers leur disaient que « le projet indépendantiste est une vieille idée dépassée, et que leurs actions n’y changeront rien, que cela ne se réalisera jamais » Comme en 1968, au poste de police numéro 1, ayant été arrêté le 24 juin, dans l’ascenseur, deux policiers me provoquaient en parlant anglais et comme je leur dis : “vous êtes bilingue” le plus gros et le plus épais des deux me donna une magistrale claque sur la gueule dont je me souviens encore après 40 ans. Ce genre d’expérience forme la jeunesse. Il est bon que les Québécois sachent que ce genre de répression existe toujours de la part d’une police à qui on enseigne, à l’école de police, de ne pas faire de politique. Mais les membres de la force constabulaire de Québec sont sans doute de mauvais élèves : ils obéissent à un homme politique : le maire Labeaume.

Je trouve très utile que Patrick Bourgeois nous informe que “les policiers qui se sont chargés du dossier de nos militants qui auraient fait des graffitis politiques (jusqu’à preuve du contraire, la présomption d’innocence existe toujours) l’ont en effet confirmé. Ils leur ont dit que la Ville de Québec leur a donné la mission de faire arrêter les graffiteurs indépendantistes, car cela ne donne pas une bonne image de Québec pour son 400e et que de généreuses ressources nécessaires à l’atteinte de cet objectif leur avaient été accordées. Il s’agirait d’une des priorités de la Ville de Québec dans le contexte actuel ! Preuve, encore une fois, que les « tags », c’est correct, mais pas un « Québec libre » !”

Raymond Poulin réclame avec raison que des protestations s’élèvent de la part du Parti québécois, du Bloc québécois, du Conseil de la Souveraineté, de l’IPSO, du RIQ et autres mouvements et partis indépendantistes. J’espère que le message se rendra.

Il y a actuellement trois militants qui paient le prix de leur engagement. Leur action sert de révélateur des forces en présence. Cette "révélation" est constamment à refaire. Pendant que vous, André Ferretti, leur faites la leçon, moi, je leur dis merci.

Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 30 juin 2008

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


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Vos commentaires:
  • Je leur dis merci
    30 juin 2008, par Ouhgo

    Mme Ferretti, Vous savez, on peut être militant du RRQ simplement en achetant un T-Shirt : On continue le combat ! Pat Bourgeois ne nous a pas brieffés sur les règles de base de la guerre. Moi, j’aurais été d’âge à participer à votre lutte, mais trop occupé alors à apprendre le latin /grec au collège classique comme Michaud et Landry : Alea jacta est ! Alors à ma retraite, je cherche un petit séjour derrière les barreaux pour avoir de quoi conter à mes petits enfants avant de mourir. Mais comme je n’ai pas la tête à Papineau, je ne voudrais pas qu’ils me considèrent aussi naïf que les Patriotes avec leurs fourches contre les Red Jackets britanniques. Alors j’apprécierais que vous me refiliez de l’info plus touffue que « Ne pas livrer bataille ouverte contre l’ennemi(pas juste adversaire) si armes inégales ».

    Suis toujours ravi de savoir que vous nous suivez sur Vigile et, (sans vous utiliser comme bouclier humain demain au monument Wolfe) apprécierais que des précurseurs comme vous me soient des guides bien visibles sur les médias pour éviter que, comme DeLorimier, je ne sois qu’un exemple dans les mains de Harper pour faire peur à mes descendants. Les Ferrettti, les Lanctôt, les Villeneuve, les Rose, les autres martyrs de l’indépendance du Québec ont-ils déjà trop payé de leur personne ? Sans doute. Ils ont droit à la paix intérieure. Mais comme vous vous manifestez personnellement parfois, Mme Ferretti, nous nous surprenons toujours à espérer que ce 1er juillet 2008, vous voudriez rappeler au Québec endormi que jadis, en 1970, des libre penseurs ont été victimes de l’autoritarisme gouvernemental, qui n’était pas le Zimbabwe ! De célèbres collabos au plan d’extermination du français du Canada, comme le père de Justin de Rien, vous ont emprisonnée sans jugement et votre sacrifice serait vain si le scénario se répétait sous Harper/Charest/Gesca.


  • Je leur dis merci, encore une fois
    1er juillet 2008

    Les trois militants indépendantistes qui ont été arrêtés par la police de la ville de Québec font partie du RRQ, le Réseau de résistance du Québécois. Ils ont des noms. Ils se nomment Yannick Racine, Patrice Racine (son frère) et Jonathan Labine.

    Comme lecture pour le premier juillet 2008, rien de mieux qu’un livre d’Andrée Ferretti, la résistante par excellente : Le Parti québécois : Pour ou contre l’indépendance (Lanctôt éditeur, 4è trimestre 1996. donc après la courte défaite du référendum du 30 octobre 1995 au moment où Lucien Bouchard est premier ministre du Québec).

    Quelques citations dont le hors-contexte le trahit pas la pensée, du moins je l’espère.

    p.28 Ce pamphlet naît précisément de ma conviction de la nécessité et de l’urgence qu’on nous enferme, mon peuple et moi, dans ce monde totalitaire de l’indifférence. Il naît de ma conviction que la parole critique et l’action contestataire demeurent, aujourd’hui comme hier, le seul bouclier efficace contre le terrorisme du consensus à tout prix, qui finit toujours par servir la loi du plus fort : elles demeurent, aujourd’hui comme hier, le plus puissant ferment de la liberté à conquérir.

    p.58 Le RIN était un parti qui osait appuyer et même organiser des manifestations risquant de tourner à l’échauffourée avec la police, l’ordre établi ne respectant la démocratie que lorsqu’il ne se sent pas menacé. Un parti qui allait jusqu’à accorder son aide aux militants qui subissaient des procès pour avoir tenté trop fort de le secouer. Un parti fondé sur la lutte et non sur l’image, même s’il avait choisi la voie électorale comme seule voie possible pour le Québec d’accéder à son indépendance.

    p.61 (...) le RIN (Rassemblement pour l’indépendance nationale) était un mouvement décolonisateur qui cherchait à ouvrir aussi grande que possible la porte de la révolte, seule issue par où peut s’échapper le désir de libération et de liberté.

    p.102 La solidarité est le véritable ciment de la démocratie. (fin des citations)

    Comme le chantait Jacques Michel : Solidarité je t’appelle relayé par Paul Piché : J’appelle au loin, j’appelle au loin, j’appelle au loin.

    Québec libre, c’était un slogan du RIN avec le célèbre : On est capable. Vive le Québec libre, discours du général de Gaulle acclamé par les rinistes en liesse sur le balcon de l’Hôtel de ville de Montréal en 1967. Discours auquel a répondu le maire Jean Drapeau en disant cette phrase pathétique : Le mot chien n’a jamais mordu personne, expression remarquable de l’esprit colonisé du dictateur dépensier de Montréal.

    Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, premier juillet 2008


  • Je leur dis merci
    1er juillet 2008
    correction : le hors-contexte ne trahit pas... RBG
  • Je leur dis merci
    1er juillet 2008
    correction : p.58 de la nécessité et de l’urgence de refuser qu’on nous enferme RBG


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No 274 - 2008

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