Vous l’avez sans doute remarqué. Les interventions de Jacques Parizeau provoquent chez Jean Charest une agressivité et une excitation qu’il faut tenter d’expliquer. Ces réactions sont peu dignes d’un premier ministre qui devrait parler au nom de tous les Québécois. Moi, comme payeur de taxes, je ne me sens pas représenté quand le premier ministre du Québec pique des crises de nerfs à chaque intervention de Jacques Parizeau. Avec la lâcheté de qui attaque un absent. Je me demande à chaque fois quelle mouche l’a piqué. Pourquoi Jacques Parizeau le fait à ce point sortir de ses gonds ? Les deux derniers épisodes sont connus : il s’agit des pertes de 40 milliards à la Caisse de dépôt et placement et la déclaration sur la nécessité d’une crise pour faire sortir le gouvernement fédéral de son immobilisme et, éventuellement, pour gagner un référendum sur l’indépendance du Québec.
Jacques Parizeau, c’est l’ennemi numéro un de Paul Desmarais et de sa gang dont fait partie Jean Charest. Quand Jean Charest a décidé de nommer Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement, le grand ami de Sabia, Paul Tellier, jadis mandarin du pouvoir fédéral a dit de son ami : “He doesn’t give a chit about Parizeau.” Pourquoi cette vulgarité agressive ?
Serge Chapleau, à Dieu créa Laflaque, à Radio-Canada qui ne s’en offusque pas, au contraire, présente une caricature diffamatoire de Jacques Parizeau à tel point que Christian Dufour, qui n’a pas le scandale facile, a déclaré inacceptable cette tentative de destruction (character assassination) d’un économiste éminent et d’un homme politique qui a joué un rôle capital dans le développement d’un Québec moderne doté d’institutions qui en font un Etat digne de ce nom. Ce caricaturiste à gages a dessiné hier un rafiot qui coule muni d’un drapeau portant le sigle du Parti québécois pendant que François Legault s’en éloigne. C’est sûr qu’après un sondage truqué, c’est normal de prendre ses désirs pour des réalités.
Parlant de François Legault, comment se fait-il qu’on n’a pas encore dit ce qui est l’évidence même. Quand il dénonce l’apathie, le cynisme et la difficulté de provoquer une adhésion enthousiaste à un projet collectif comme la souveraineté qu’il déclare toujours pertinent, comment ne pas y voir une condamnation sans appel du régime Charest qui sévit depuis 2003 et qui en est responsable.
A moins de ne pas être du tout politisé, vous savez que Jean Charest est l’homme-lige de Paul Desmarais. Comme les vacances approchent, je ne vous demanderai pas de lire les deux livres de Patrick Bourgeois (La nébuleuse) et de Robin Philpot (Power : l’Etat Desmarais).
Vous vous souvenez de la manipulation de Jean Charest au débat des chefs à l’élection de 2003 quand il a attaqué comme un pit-bull sous prétexte que Jacques Parizeau serait revenu sur “l’argent et les votes ethniques” dans une réponse à un étudiant qui avait été planté là justement pour poser une question qui porterait sur ce sujet litigieux. Placé hors d’équilibre et incapable d’appuyer Jacques Parizeau, Bernard Landry a tenté de s’esquiver en disant sa phrase demeurée célèbre chez les latinistes : Audi alteram partem dont il est abondamment question dans le film de Jean-Claude Labrecque : “A hauteur d’homme.”
Si Jean Charest s’agite tant à la moindre déclaration de Jacques Parizeau, c’est que celui-ci est son exact opposé. En effet, Jacques Parizeau a consacré sa vie pour le Québec avec un désintéressement qui mérite l’admiration : il n’a jamais posé un geste qui aurait pu lui apporter le moindre avantage économique. Je le dis comme je le pense : c’est un grand homme, nous sommes chanceux de l’avoir, il a de la classe avec son accent britannique quand il parle anglais (soit dit en passant les médias anglophones : radio ; tv ; journaux ne semblent pas savoir qu’il existe et que ce qu’il dit est pertinent et important : ils préfèrent rapporter les vulgarités de Paul Tellier ; seul Pierre Duchesne ou Anne-Marie Dussault l’interviewent). Quand je vois les attaques qu’il subit comme celle grotesque de Michel David qui dit : “Enfermez-le” ou de la bavarde et superficielle Liza Frulla qui recommande de le faire taire, je me dis subissant l’influence de Chateaubriand dont je suis en train de lire “les Mémoires d’outre-tombe” : ces attaques sont l’hommage que rend la médiocrité à la grandeur.
Ce désintéressement de l’homme d’Etat Parizeau provoque la colère de Jean Charest qui est une création politique de l’argent et des votes ethniques. En effet, pourquoi Jean Charest est-il au pouvoir ? A cause des votes ethniques (anglophones et assimilés) dont le pays est le Canada coast to coast qui lui donnent 30 comtés automatiquement ; à cause du 20% du vote francophone qui s’y ajoute pendant que l’opposition (à la française) se divise entre PQ. ADQ, QS, Verts et PI sans oublier les célèbres indépendants n’est-ce pas. C’est avec ce genre d’opposition divisée que Jean Chrétien s’est maintenu au pouvoir à Ottawa.
Pourquoi Jean Charest a-t-il quitté Ottawa ? S’il s’est contenté du pouvoir “provincial” lui qui voulait devenir premier ministre du Canada, c’est que l’argent a parlé. L’argent qui se cache derrière les fiducies (comme pour certains de ses ministres à l’éthique élastique). Quel argument croyez-vous a été utilisé par les financiers pour le faire venir à Québec ? Money talks et la grosse maison à Westmount et à North Hatley. François Legault a parlé de la motivation qui justifie un engagement politique. Quelle est la motivation de Jean Charest ? Le pouvoir provincial (quelle jouissance de faire des nominations !) et surtout l’argent. Sans Patrick Bourgeois et le journal "Le Québécois", les Québécois n’auraient jamais su que leur premier ministre recevait en dessous de la table une “prime” ou un “salaire” de 75,000 $ par année depuis 1998. Ça c’est le montant qui est reconnu “officiellement” mais si on faisait une enquête Oliphan sur le sujet des “revenus” occultes de Jean Charest, on pourrait avoir des surprises comme on aurait eu des surprises sur les dessous des pertes encourues à propos des Papiers commerciaux entre autres les commissions des “traders” à Montréal comme à Toronto (Coventry) qui incarnent ce que le capitalisme a de plus odieux. (C’est pour ça que l’enquête publique est refusée.)
Quand Parizeau a expliqué la défaite de 1995 par ‘l’argent et des votes ethniques”, Jean Charest l’a pris “personnel” et on comprend pourquoi. Qu’un vice-président du comité du NON ait dit ignorer l’existence d’Option Canada (voir Philpot et Lester) qui a dépensé près d’un million de façon illégale, cela en dit long sur un homme politique qui a brandi le passeport canadien pendant ses discours pour faire peur aux immigrants alors qu’il savait parfaitement que la proposition de souveraineté-partenariat impliquait que le passeport canadien pouvait s’ajouter au passeport québécois.
A ces deux falsifications (Option Canada et passeport), il faut maintenant ajouter la triple fourberie de la dernière campagne électorale du 8 décembre 2008 sur les pertes à la Caisse de dépôt, le déficit budgétaire et les tranferts fédéraux qui diminuent.
Parizeau, c’est l’indépendance du Québec et l’incorruptibilité. Nous le respectons beaucoup. Il provoque en nous le contraire de l’apathie et du cynisme. Charest, c’est l’argent et des votes ethniques. Ses pitreries à la période des questions à l’assemblée nationale donnent sa mesure. Dommage que les affrontements entre les deux hommes se fassent par personnes interposées. Quand il s’agit de Parizeau, et Bernard Landry et Pauline Marois ne sont pas de taille devant un super démagogue parce qu’ils n’ont pas le courage de dire : l’argent et des votes ethniques, c’est vrai : et, le courage de soutenir que c’est le blocage de la minorité qui a voté massivement pour le NON contre les 61% de francophones qui ont voté OUI en 1995 qui nous a privés d’un pays.
Qu’ils aient le courage de dire comme Parizeau : “Seule une crise fera sortir les Québécois de leur apathie”. Et le plan Marois dont le titre est, ne l’oubliez surtout pas : “Plan pour la souveraineté” comme vient de l’affirmer Pauline Marois à Céline Galipeau provoquera une crise, c’est évident et c’est ce qui indirectement a mené Jacques Parizeau à parler de crise devant les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), ce qui donne raison au Devoir qui a été perspicace. Ce n’est pas un plan pour renouveler le fédéralisme. C’est un plan pour la souveraineté. Si le gouvernement du Parti québécois pose les gestes qu’il annonce dont un référendum sur la souveraineté qui sera rendu souhaitable par les NON d’Ignatieff déjà connus (ou de Harper).
Il faut dépasser le court terme où Charest s’agite et où Rivière-du-Loup, c’est une partielle qui confirme que les anciens partisans de Mario Dumont ont du libéral dans le corps et recherchent les avantages immédiats du pouvoir. En ayant comme perspective, pour remplacer le député de Rousseau, le député de Nicolet-Yamaska Jean-Martin Aussant avec sa compétence et son style cool implacable qu’on a vu à la Commission parlementaire sur la Caisse de dépôt.
Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 27 juin 2009

