« Le langage est la peinture de nos idées. »
Antoine de Rivarol - source

J’aime les États-Unis (de moins en moins)

vendredi 17 octobre 2008

Durant la guerre de l’Indépendance, George Washington prit une décision révolutionnaire. Il décréta que les soldats britanniques capturés par l’Armée continentale qu’il commandait ne seraient pas torturés.

L’armée de ce pays naissant, en guerre avec le colonisateur britannique, allait traiter les soldats ennemis humainement. Sans trahir les idéaux de cette révolution américaine.

En cela, Washington était d’accord avec un autre père fondateur des États-Unis, John Adams, révolté par les exactions des soldats britanniques contre les soldats et les civils américains.

Dans une lettre au colonel Samuel Blachley Webb, chargé d’escorter 211 soldats britanniques capturés après la bataille de Princeton, Washington lui donna ces instructions (traduction libre) :

« Traitez-les avec humanité et ne leur donnez aucun motif de croire que nous pourrions imiter le traitement de nos infortunés camarades aux mains des Britanniques. Assurez-vous qu’ils ne manquent de rien. »

On lit ces mots et on se pince. C’est ce même pays, qui voue un culte aux pères fondateurs, qui a construit un petit archipel de la torture, au nom de la guerre au terrorisme.

Car désormais, les États-Unis d’Amérique pratiquent la torture d’État.

Les États-Unis ont survécu à l’agression britannique suivant la Déclaration d’indépendance, à deux guerres mondiales, à celles de Corée et du Vietnam, à la guerre froide contre l’ours soviétique et ses satellites soviétiques. Sans jamais sanctionner la torture comme arme de guerre ou de renseignement.

Mais pour faire parler les suspects capturés dans sa guerre au terrorisme islamique, l’Oncle Sam a décidé de s’abaisser au niveau des barbares et de torturer, lui aussi.

Avant sa mort en 2007, Arthur M. Schlesinger Jr, conseiller de JFK, historien du pouvoir présidentiel, accorda une entrevue à Jane Mayer, auteure du livre The Dark Side, qui décrit l’assaut répugnant des hommes de Bush sur la Constitution et les valeurs américaines, sous prétexte de lutter contre le terrorisme.

Schlesinger fit une déclaration stupéfiante, pour un homme qui avait vécu les grands événements du XXe siècle à l’ombre du pouvoir exécutif américain.

À propos de la décision de l’administration Bush d’autoriser des « techniques d’interrogation améliorées », un euphémisme hypocrite pour décrire la torture, Schlesinger déclara : « Aucune position adoptée n’a jamais endommagé à ce point la réputation des États-Unis, ever. »

Ceci expliquant peut-être cela, il faut être naïf pour se demander pourquoi l’image des États-Unis est entachée comme jamais avant.

On peut se réjouir, à la lecture de notre sondage. On peut se dire : Bien fait pour les Américains ! On peut.

Mais l’érosion du prestige et de l’influence des États-Unis n’est pas une bonne nouvelle. En des temps meilleurs, l’Oncle Sam, malgré tous ses défauts, incarne un tas de bonnes choses, à l’échelle mondiale.

Pour lutter contre l’apartheid, pour botter les fesses de nazis, pour dénoncer les violations de droits humains, pour dénoncer le totalitarisme communiste, pour stopper les exactions au Kosovo, le leadership américain fut essentiel.

Ce leadership reposait sur un capital, les valeurs des USofA.

Il fut une époque où les États-Unis pouvaient reprocher aux Russes ou aux Chinois les mauvais traitements imposés à leurs opposants. Avec une autorité certaine.

Aujourd’hui, disons que personne ne prend au sérieux les remontrances d’un pays qui espionne ses propres citoyens, viole sans vergogne les conventions de Genève en torturant des étrangers et envahit un pays sous des motifs totalement mensongers.

On peut regarder les résultats de ce sondage et se dire : Bien fait pour eux ! Bien fait pour Bush ! On peut. Mais les dommages causés à la réputation américaine par les hommes de George W. Bush ne sont une bonne nouvelle que pour les régimes qui regardent la démocratie avec une suspicion naturelle...

Barack Obama peut-il restaurer la réputation des États-Unis, à l’échelle mondiale ?

Le père de l’historien Schlesinger Jr, Arthur Sr, lui-même historien, observa que les cycles politiques de la vie américaine oscillaient invariablement entre le libéralisme et le conservatisme. Peut-être qu’après être allé si loin dans la bêtise sous Bush, le pendule ne peut que revenir vers la lumière.


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« La liberté dans une démocratie n’est pas assurée si le peuple tolère que la puissance privée grandisse au point qu’elle devienne plus forte que l’état démocratique lui-même, ce qui, fondamentalement, est le fascisme », avertissait le président Roosevelt en avril 1938.

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