Note : ce texte a pour but de vous présenter ma vision de l’immigration au Québec avec le recul que j’ai en Suède en tant qu’immigrant. C’est aussi une brève réflexion sur l’avenir du Québec en tant que province dans le Canada et le besoin d’immigration.
SFI(1) (suédois pour immigrants) est le nom du cours de suédois pour les immigrants adultes, ce qui est probablement l’équivalent au programme de francisation à Immigration-Québec pour les nouveaux arrivants au Québec, avec certainement quelques différences. En fait, SFI est une vraie institution ici, toujours en changement et ouvert à l’adaptation des nouvelles réalités face à l’immigration. Passer par le programme d’intégration dans mon nouveau pays, à titre d’immigrant, fut une expérience très enrichissante puisqu’elle m’a permis de comprendre l’autre côté de la médaille, soit d’être « l’autre », ce terme si nébuleux au Québec. De plus, c’est aussi en apprenant la langue de ma nation d’accueil que je me suis rendu compte à quel point la langue d’une nation doit être respectée. Elle doit l’être bien sûr par les immigrants, mais aussi certainement par la nation elle-même.
Je crois qu’il serait préférable de parler davantage "d’intégration" plutôt que "d’assimilation". Pour moi, l’intégration des immigrants doit se faire dans le respect mutuel alors que l’assimilation se fait dans un esprit de clocher. Personnellement, si un Suédois venait à moi et me disait « tu dois t’assimiler et oublier ton passé », je le prendrais de travers. Par contre, je suis entièrement d’accord à ce qu’il me suggère de m’intégrer. Je suis tout aussi ouvert à ce qu’il me renseigne sur sa culture et son histoire. En fait, tout au long de mes cours de suédois, il y avait justement un volet sur la culture, les mœurs et l’histoire de la Suède. J’ai trouvé cette approche très intéressante. Lors de mes cours, j’étais moi-même un membre de la minorité visible parmi les autres étudiants alors que plusieurs d’entre eux provenaient d’Afrique et du Moyen-Orient. Au bout du compte, ce qui nous rassemblait tous, c’était notre chemin vers l’intégration ayant comme objectif d’apprendre la langue commune de la Suède.
Chose certaine, j’ai bien vite compris que j’avais intérêt à apprendre le suédois le plus rapidement possible, non pas parce qu’une loi m’en obligeait, mais simplement par respect pour la nation chez laquelle je me suis installé. Évidemment, sans la langue, il me serait impossible de m’intégrer, de me trouver un emploi convenable, de lire les journaux, d’avoir une conversation dans l’autobus, de faire entendre ma voix dans la démocratie.
Je me suis mis à réfléchir sur la situation des immigrants au Québec. Première différence entre eux et moi, étant en Suède, c’est que dans mon cas je suis arrivé dans un état-nation ayant pour langue officielle le suédois. À l’opposé, au Québec, l’immigrant arrive dans un état-nation s’appelant Canada, un pays bilingue anglais-français. Ainsi, je peux comprendre que la notion de respect mutuel soit plus difficile à définir. Pour avoir travaillé à Montréal, je sais pertinemment, par expérience, qu’il est très facile de se trouver un bon emploi dans un milieu anglophone. De plus, l’immigrant a accès à la télévision et aux journaux en anglais.
Alors, si cet immigrant ne fait que consommer ses informations dans les médias anglophones et s’intègre à la communauté du même genre, qu’il regarde le Québec comme étant une minorité au sein du grand Canada-anglais, il est à mon avis fort plausible qu’il n’ait aucun problème moral avec la notion de respect mutuel, et c’est même compréhensible. Il lui suffit de lire quelques articles de « propagande » dans la Gazette de Montréal sur la loi 101 ou d’écouter un discours de Justin Trudeau, et ce ne sera pas bien long selon moi pour que sa perception des Québécois se résume en deux mots : assimilation et discrimination. Le plus désolant, c’est qu’au Québec il y a deux versions de l’histoire, alors ça ne doit pas être évident d’être immigrant.
Je suis certainement davantage spécialiste de l’immigration en Suède que je ne le suis concernant celle au Québec. Mon expérience m’a appris qu’il faut parler d’intégration, non pas d’assimilation, et pour que ce soit possible, il faut que la société d’accueil mettent des règles claires, autant pour la nation qui reçoit que pour les nouveaux arrivants. En Suède, les règles sont assez claires, et elles n’ont pas vraiment besoin d’être écrites : une nation, un pays, une langue.
Le Québec n’est pas un pays, donc il est beaucoup plus important d’informer les Québécoises et les Québécois de la réalité de l’immigration et des outils mis au service des nouveaux arrivants. Pour ce qui est des règles, il semble que ce soit là le principal problème, car le Québec n’est pas un pays. Le pays c’est le Canada, reconnu pour son multiculturalisme. On pourra écrire partout que le Québec forme une nation distincte, mais je ne vois pas comment les immigrants pourront s’en soucier. Pour un immigrant, quand en arrivant dans un nouveau pays, il n’y a qu’une nation. Par exemple, j’ai eu la possibilité de parler avec plusieurs immigrants en Suède à propos du Canada. C’est catégorique : qu’ils proviennent d’Afrique ou du Moyen-Orient, le Canada, pour eux, c’est une terre d’ouverture où tout le monde est issu de l’immigration. Est-ce que c’est comme cela au Québec ? Je ne crois pas. Le Québec ressemble beaucoup à la Suède, mais ce n’est pas un pays. Un immigrant qui vient en Suède n’a pas vraiment le choix de s’intégrer. À l’opposé, le même immigrant qui irait s’installer au Québec peut choisir officiellement entre l’anglais et le français, et il est libre de se déplacer dans n’importe quelle province par la suite.
Le Québec a eu son cirque avec les accommodements raisonnables, qui aura, je le crois, poussé beaucoup d’immigrants à se refermer sur eux-mêmes et à demeurer dans leur communauté, ce qui devient un abris face à l’assimilation. Enfin, peut-être que plusieurs immigrants auront été tenté à se rapprocher de la communauté anglophone. Donc, personnellement, la vision du Canada qu’a les immigrants rencontrés en Suède ne concorde pas avec celle que j’ai moi-même du Québec. Aujourd’hui, il ne faut pas le nier, l’anglais est la langue seconde de toutes et de tous, que l’on provienne d’Irak, d’Algérie ou de la Chine.
Le but de la commission sur les accommodements raisonnables était de trouver des solutions, mais je crois que des problèmes en ont résulté alors qu’elle a démontré aux immigrants que le Québec voulait assimiler à tout prix, même au prix de passer pour raciste et intolérant. Est-ce que le Québec en est là (ou las), soit à se complaire avec l’idée que le Québec forme une nation au sein d’un Canada uni majoritairement anglais ? Je parle par expérience, et je crois qu’en Suède il n’existe pas de notion de multiculturalisme, mais bien d’intégration. La notion d’assimilation n’existe pas car il est impossible de vivre en hindou, en Arabe, en créole, pas plus qu’en anglais. C’est une loi non écrite. En fait, chaque enfant d’immigrant a droit à des moniteurs de langues pour s’assurer que la langue maternelle ou paternelle se perpétue. Par exemple, lorsque j’aurai des enfants, je pourrai avoir quelqu’un qui parle français, rémunéré par ma municipalité(2), qui aidera mes enfants à apprendre le français. Ainsi, en Suède, nous sommes bien loin de l’assimilation.
Dernièrement, j’ai lu dans les médias au Québec que l’on voulait courtiser les étudiants étrangers pour qu’ils demeurent au Québec à la fin de leurs études. L’idée de Jean Charest est noble, mais personnellement, c’est en grande partie à cause de sa gestion du Québec entre 2003 et 2007 que j’ai décidé de quitter le Québec, et c’est aussi lui qui a organisé le cirque des accommodements raisonnables, lequel a rendu le Québec beaucoup moins attirant pour l’immigration. J’ai l’impression que le Québec peut offrir soit le multiculturalisme soit l’assimilation, mais je ne vois pas aucune possibilité de pouvoir intégrer les immigrants. L’intégration est évidemment impossible puisque le Québec, nation ou pas, n’est pas un état. Ainsi, je vois bien mal comment un étranger choisirait le Québec pour l’avenir avec autant d’instabilité. Je crois que lorsque l’on quitte son pays natal, il est important d’avoir un nouveau port d’attache dans lequel on peut se sentir bien et en sécurité. Je crois que cette sécurité se trouve dans l’état-nation, dans l’unité. Malheureusement, au Québec, c’est flou, c’est compliqué, donc je crois que l’immigrant se sentira plus en sécurité dans un Canada multiculturel que dans un Québec qui « assimile ». Il ne faut pas se leurrer, l’idée de Charest de garder les étudiants étrangers au Québec fait du sens à première vue, mais en bout de ligne, ceux-ci recevront la citoyenneté canadienne après quelques années, seront libres de rester ou de quitter la province de Québec pour aller dans une autre province. En fait, les visas sont émis par le Canada, et non le Québec. À moins que Jean Charest ait négocié une entente spéciale avec Ottawa pour offrir des visas de travail et de résidence seulement valable pour le Québec, ce que je doute fort bien.
Dans mon cas, lorsque j’obtiendrai la citoyenneté suédoise, je serai libre de rester en Suède ou bien d’aller vivre dans un autre pays membre de l’Union européenne. Par contre, après les années d’attentes, j’aurai définitivement pris racine en Suède, j’aurai été « intégré ». Je devrais plutôt dire que je me serai intégré à l’aide des outils mis à ma disposition. Donc, je n’aurai aucune raison de quitter la Suède pour aller en France ou en Belgique, même si on y parle le français.
Croyez-moi, avec du recul et en regardant le Québec de la Suède, je dois terminer ma réflexion en vous disant que je n’ai pas de solution miracle pour le Québec. Enfin, j’en aurais une, mais ici je suis officiellement Canadien, donc j’ai un devoir de promouvoir l’unité canadienne car le visa de ma résidence permanente suédoise est collé dans mon passeport canadien. Plus sérieusement, si j’avais une solution pour les fédéralistes au Québec, ce serait d’abolir la loi 101 et de permettre à tout le monde d’aller à l’école anglaise. Leur combat est noble, mais il faudrait qu’ils cessent de vivre dans un monde fantaisiste. Il serait temps qu’ils disent la vérité aux Québécoises et Québécoiss, soit que c’est impossible d’intégrer au Québec. L’assimilation, ça fait fuir l’immigration. Il ne reste plus que le multiculturalisme, mais au Québec, si l’on veut garder la langue française et la culture, c’est aussi incompatible.
L’autre solution, les souverainistes la connaissent. Il est vrai qu’elle peut être difficile à vendre chez les Québécois "de souche", car ces derniers ont la possibilité de rester au Québec ou bien d’aller vivre dans une autre province du Canada. Ils semblent aimer cette idée de vivre sur une clôture, sans égards à l’avenir du Québec à long terme. Par contre, si le Québec est sérieux avec l’idée qu’il faille compter sur l’immigration pour régler le problème du vieillissement de la population, je crois qu’il n’existe pas, selon moi, d’entre-deux. Le Québec ne pourra jamais intégrer les immigrants, encore moins les assimiler. Être immigrant c’est déjà assez de soucis, je n’aimerais pas personnellement devoir faire avec une Suède partagée, déchirée, avec deux langues officielles, deux histoires officielles. Je choisirais, sans aucun doute, le côté de la majorité, ni plus ni moins. Je choisirais la facilité. Bref, si je pouvais vivre en anglais, pourquoi je prendrais cinq ans de ma vie pour devenir parfait en Suédois ? Oui, il y a le respect mutuel, mais au Canada, l’immigrant qui est au Québec et qui désire seulement vivre en anglais, il respecte la nation majoritaire, laquelle parle anglais.
Présentement, le Québec ne réussit pas à garder les "de souche" qui comme moi en ont raz-le-bol d’avoir deux histoires, de vivre dans un état de statu quo, de non lieu. Puis le Québec ne réussit pas plus à attirer les immigrants. Il faudra un jour prendre une décision, car selon moi, le Québec ne pourra jamais s’intégrer au Canada, quoiqu’en dise les penseurs. Pour que l’intégration soit possible, il ne faut qu’une seule langue. Puisque l’anglais est beaucoup plus accessible au Canada, le Québec est en très mauvaise posture. Il faut donc compter sur les immigrants provenant de pays francophones. Mais encore, est-ce que le Québec est intéressant pour eux, car il ne s’agit pas seulement de la langue, mais aussi de culture. Une nation comme le Québec qui doit assimiler pour survivre, sans avoir la possibilité d’intégrer, ça peut socialement faire peur même à l’immigration provenant de la France. Enfin, il y a toujours l’autonomisme, qui est un leurre alors qu’encore personne sait ce que c’est. Par contre, je sais que ce n’est pas la solution car c’est l’ADQ qui a fait le plus ouvertement la promotion de l’assimilation pour les immigrants au Québec. Voilà un cercle vicieux. Oui, non, peut-être, on intègre, on multiculturalise, on assimile... et on recommence !
(1)http://www.skolverket.se/sb/d/389#p...
(2)http://www.umea.se/umeakommun/toppf...
Sylvain Racine Goteborg, Suède http://toutsurlasuede.blogspot.com/

