Mais c’est pas vrai : un parti indépendantiste supplémentaire ! Encore quelques-uns et chacun aura le sien. Certes, il faut se réjouir qu’une ex-vice-présidente de l’ADQ ait vu la lumière, mais fallait-il pour autant qu’elle tombe dans le panneau de la partite avec, par-dessus le marché, un nom qui conviendrait beaucoup mieux à un groupe de chrétiens mystiques ? Jeanne de Lys... Torrieu !
Quelqu’un a-t-il fait le compte exact des partis indépendantistes déjà enregistrés, en voie de l’être ou simplement en gestation ? Et celui des mouvements ? Quelqu’un pourrait-il identifier un seul État devenu indépendant qui y soit parvenu par une telle dispersion de ses forces ? Comptez et priez, ou allez demander une autre explication aux sceptiques, dont quelques-uns, par ce qu’on peut lire dans Vigile, se conduisent de toute manière comme des croyants de choc.
On se plaint, moi le premier d’ailleurs, de ce que les Québécois se conduisent conformément à leur statut politique d’annexés, contribuant inconsciemment à l’effritement du peuple dont ils font partie. Comment bâtir ou rebâtir leur confiance en eux-mêmes et leur détermination si ceux qui prétendent les mener à la terre promise veulent tous devenir califes à la place du calife, si, toutefois, il existe déjà un calife ? — Lorsque même la chef du PQ n’ose pas prononcer les mots indépendance ou souveraineté dans une salle comptant exclusivement des péquistes ( Abitibi-Ouest, avril 2008), sous prétexte que certains d’entre eux ne sont pas souverainistes, on commence à s’inquiéter un peu... que veut-on, au Parti québécois, davantage de membres, de travailleurs bénévoles et de voteurs d’abord, quitte à s’unionationaliser, ou l’indépendance ? Adoptez la stratégie que vous voudrez, madame Marois, mais pas plus d’une à la fois, tout de même ! Comme le disait l’un de vos mentors, monsieur Parizeau : « Quand on veut faire l’indépendance, il faut le dire, sans détour », et encore : « Il faut en parler avant, pendant et après les élections ».
Il semble qu’il y ait de moins en moins moyen d’amener les chefs virtuels et les organisations politiques dites indépendantistes à se concerter et même à se parler. Chacun détient la vérité et tient mordicus à sa vison des choses, y compris sur la stratégie et même la tactique. À croire que l’idée de l’indépendance — ou de la confédération, j’ajoute cela pour ne pas discriminer monsieur Bousquet, qui se félicite d’être mou — génère fatalement le solipsisme ou l’autisme.
Pourquoi toute cette zizanie alors qu’elle n’existait que marginalement avant 1995 ? J’avance une hypothèese dont j’espère qu’elle est erronée. La défaite du deuxième référendum, de même que l’attaque fédéraliste et fédérale tout azimut qui s’enhardit de plus en plus, ont généré avec le temps une peur panique, de moins en moins contrôlée, de rater le coche. Lorsqu’elle ne paralyse pas, la peur entraîne la précipitation et le désordre, ce qui mène seulement à l’agitation du bocal : plus la broue s’épaissit, moins on y voit clair.
Peut-être pourrions-nous tous mettre une sourdine à nos cogitations, freiner des quatre fers avant d’agir davantage et tenter de convaincre nos multiples aspirants au califat d’au moins se téléphoner ou s’écrire (l’internet économise les timbres). Si ça ne suffit pas, les membres de ces partis devraient peut-être commencer à réfléchir à ce que signifie l’expression « la patrie avant les partis » et relire la proposition de Denis Julien à propos d’une constituante, d’une constitution et de leurs suites. C’est incomplet, insuffisant ? Sans doute, mais, comme l’affirmait une publicité déjà vieille de 30 ans, « c’est plus que du bonbon ». Une Académie de l’indépendance en même temps ? Pourquoi non, tant qu’on n’en fait pas une panacée universelle ? Et autre chose encore ? Pourquoi pas ? À la condition de ne pas s’accrocher à une seule idée miraculeuse, qui ne vaut pas davantage que l’huile de saint Joseph ; après tout, que trouve-t-on à l’Oratoire sinon des béquilles toutes sorties du même atelier ? Espérons au moins que l’huile en question provient d’une première pression à froid.
C’est une bonne chose, la pression à froid, même et surtout pour les têtes qui s’échauffent. Donneur de leçon ? Mais non, j’écoute seulement ce que disent les gens nommés ordinaires, ceux qui font la différence lors d’un vote et qui, justement, aimeraient bien être en mesure de la faire, la différence, mais significative. Tout serait plus simple, j’en conviens, si seulement les Vigiliens et autres internautes indépendantistes votaient : l’indépendance obtiendrait un score de 99%, divisés en autantr de tendances, et le Parti libéral gouvernerait la belle province pour cent ans, en espérant toutes les nuits que dure la zizanie des gens d’en face.

