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« Au fond, disait Groulx, ce qu’une catégorie d’Anglais ne nous pardonne pas, c’est d’exister ». Il serait à peine exagéré d’ajouter que c’est aussi ce qu’une certaine catégorie des nôtres ne se pardonne pas... Et c’est ça d’abord être colonisé.
"Groulx et nous" de Serge Cantin
             
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Financement public d’écoles privées confessionnelles
Incompréhensible !
André Pratte
La Presse
lundi 17 janvier 2005


La décision du gouvernement Charest de porter les subventions versées à certaines écoles privées juives au niveau du financement des écoles publiques laisse pantois. Elle est incompréhensible ; d’ailleurs, le ministre de l’Éducation, Pierre Reid, n’arrive pas à l’expliquer.

Cela part d’une excellente intention : créer des liens entre les enseignants et les élèves des écoles privées juives et ceux des écoles publiques. La mise sur pied de divers projets conjoints favoriserait une meilleure connaissance et une meilleure compréhension entre les deux milieux.

Cela aurait pu se faire par des initiatives spécifiques, que Québec aurait financées au cas par cas. Le gouvernement a plutôt choisi de satisfaire une vieille demande de l’Association des écoles juives. Il accorde aux écoles qui concluront une entente en ce sens avec une commission scolaire le statut d’" écoles associées ", ce qui leur donnera droit au même montant par élève que les écoles publiques. Si les 15 écoles membres de l’Association signaient une telle entente, leur niveau de financement passerait de 21,3 millions actuellement à 30,3 millions, les commissions scolaires impliquées se partageant un million pour la mise en oeuvre du projet.

En procédant de cette façon, le gouvernement a choisi la pire voie possible pour atteindre ses fins. Comment ne s’en est-on pas aperçu à Québec ? Une telle décision allait nécessairement réveiller trois controverses, et un vieux démon. Un : la controverse relativement au financement de l’école privée. Deux : la controverse sur le financement des écoles ethniques. Trois : la controverse sur la place de la religion dans les établissements scolaires financés par l’État.

Et quelle communauté le gouvernement Charest a-t-il choisi de plonger au coeur de ces controverses, sans prendre quelque précaution que ce soit ? La communauté juive, avec laquelle, comme le rappelait samedi Gérard Bouchard dans nos pages, « les Franco-Québécois ont entretenu un rapport parfois difficile dans le passé ».

En de telles matières, il faut procéder prudemment. Il faut tâter le terrain, préparer l’opinion publique, s’assurer qu’on emploie les outils appropriés à une opération aussi délicate. Le gouvernement Charest n’a rien fait de cela. Le ministre Reid a annoncé la nouvelle le 7 décembre, lors de l’inauguration de la nouvelle bibliothèque de l’école Talmud Torah Unis, qui remplace celle incendiée par deux jeunes hommes le printemps dernier. Le ministère n’a pas émis de communiqué, et la chose est passée inaperçue. Était-ce ce qu’espérait le gouvernement ? Pourtant, il était inévitable qu’une affaire aussi controversée vienne aux oreilles des journalistes. Le Devoir a dévoilé le tout en manchette la semaine dernière. Et les trois controverses ont éclaté, comme c’était prévisible. Le vieux démon, lui, souffle sur la braise.

M. Reid a lié sa décision à l’incendie de la bibliothèque. On comprend mal le rapport. Bien sûr, cet acte criminel confirme la nécessité de rapports plus étroits entre la communauté juive et les autres groupes de la société québécoise. Mais il n’explique en rien pourquoi le gouvernement a décidé de procéder comme il l’a fait. Est-ce à dire qu’une école privée souhaitant obtenir un financement accru devrait mettre le feu à sa bibliothèque ?

Le gouvernement assure que les écoles et les commissions scolaires devront rendre compte des activités interculturelles entreprises grâce au nouveau financement. Comment déterminera-t-on si la valeur de ces activités atteint bel et bien 10 millions ? Combien de journées pédagogiques et de classes neige conjointes faut-il pour qu’on arrive à dépenser une telle somme ? Chose certaine, une fois que les écoles privées auront obtenu le statut d’écoles associées, quelle que soit l’évaluation qu’il fait de la valeur des projets mis sur pied, le gouvernement aura bien du mal à leur retirer leurs subventions.

Le pire, c’est que cette histoire ne cessera pas de resurgir. Quand il manquera d’argent dans les commissions scolaires, que pensez-vous qu’on entendra ? « Si le gouvernement n’avait pas versé 10 millions aux écoles juives... » Comme projet de rapprochement interculturel, on aura rarement vu pire.

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No 274 - 2008

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