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« Au fond, disait Groulx, ce qu’une catégorie d’Anglais ne nous pardonne pas, c’est d’exister ». Il serait à peine exagéré d’ajouter que c’est aussi ce qu’une certaine catégorie des nôtres ne se pardonne pas... Et c’est ça d’abord être colonisé.
"Groulx et nous" de Serge Cantin
             
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Immobiles, les régions ?
Ce petit séjour me remet en face d’un peuple qui porte en lui tous les ressorts du succès
Jean-François Lisée
L’actualité
mercredi 15 août 2007


Tout semble calme dans le petit village québécois que je connais bien. Par un bel après-midi du début août, nous partons à la chasse aux sangliers. Le canot, rempli de jeunes et moins jeunes lecteurs d’Astérix, emprunte tous les méandres de la bucolique rivière aux canards, dérangeant au passage palmipèdes et castors.

Un indice de la présence de notre proie se profile près du pont : l’affiche « La pointe aux sangliers ». Un jeune couple — Manon Poulin et Stéphane Palardy — s’est lancé, depuis trois ans, dans cet élevage presque unique au Québec. Toute la production s’envole. La bête est le nouveau chouchou des méchouis. Madame vous offre rôtis, côtelettes, bacon, tourtières, sauce à spaghetti, cretons et sourire sous de magnifiques yeux bleus.

Le lendemain, course à vélo jusqu’en haut de la grande côte de Fontainebleau, berceau de mon père et de son cousin Doris Lussier. En sueur, nous poussons plus loin que la vaste plantation de sapins de Noël, pour voir qui se cache derrière l’écriteau « Lavandes ». C’est Renaud Thibault, né là en 1934, qui fut camionneur, puis travailleur forestier, mais qui vit aujourd’hui entouré de 30 variétés de lavande, des feuilles et tiges odorantes dont sa fille — la patronne, diplômée ès fines herbes — fait du savon, du vinaigre, du thé, de la tisane, au milieu de la petite cuisine aménagée dans sa ferme. La petite-fille, elle, s’occupe d’emballer les paniers-cadeaux de produits de beauté. La production augmente fortement d’une année sur l’autre chez Renaud Thibault, un des trois seuls producteurs de lavande au Québec. Il expédie notamment moult boutures au nouveau jardin botanique de l’île d’Orléans, qui ouvrira pour le 400e anniversaire de Québec. Pas à une innovation près, les Thibault viennent de lancer un élevage d’ânesses, afin d’en tirer du lait destiné, explique l’aîné, à « la transformation agroalimentaire ».

Dévalant la côte, on trouve maintenant au fil de l’eau deux couettes et café douillets, tout juste ouverts et déjà bien fréquentés. Il faut dire que Weedon, le centre de ce coin de pays ni particulièrement riche ni particulièrement pauvre, se refait une beauté. Plusieurs résidences sont converties en maisons de retraite. Le vieillissement de la population locale provoque non un assoupissement, mais un goût de l’histoire et des racines. La société historique — où ma tante Rita est très active — met en valeur le chemin du petit moulin, fait peindre des fresques historiques, soutient une maison culturelle offrant un surprenant musée d’oiseaux de bois, installe à Fontainebleau la place Doris-Lussier, non loin de la dernière demeure de l’humoriste, où celui-ci a fait inscrire cette épitaphe :« Je suis allé voir si mon âme est éternelle. »

À quelques minutes de distance, si on prend la voiture, on a le choix entre trois pièces de théâtre, on peut se rendre à Ham pour goûter la succulente table de La Mara ou boire la nouvelle bière D’Ham, faite localement par Les Brasseurs du Hameau (une nanobrasserie, disent-ils). Rien de tout cela n’existait quand la décennie a commencé.

En passant en voiture rapidement, vous risquez de rater tout cela. Vous croirez que ce patelin est le reflet du Québec immobile et peu travaillant qu’on nous décrit d’un ton accusateur. On y trouve au contraire un regain d’entrepreneuriat, d’audace, de diversification. On y fleure les arômes d’un labeur auquel œuvrent de concert plusieurs générations, où se combinent les élans masculins de l’élevage, du travail en forêt et de la chasse, et ceux, féminins, du bon goût, de la couleur et des parfums.

À Renaud Thibault, rayonnant au milieu de ses lavandes, à Stéphane Palardy, me montrant sa nouvelle portée de sangliers, je n’ai pas osé dire que, selon Alain Dubuc et son best-seller Éloge de la richesse, nous étions vraiment à côté de la plaque, nous, les Québécois si peu entreprenants. Je ne voulais pas nuire aux ventes de son livre.

Vous me savez plus friand, d’habitude, de statistiques et de tendances (comme lorsque je signale que, depuis maintenant 18 ans, la croissance par habitant est plus forte au Québec qu’en Ontario et que, depuis 2000, elle dépasse nettement la moyenne du G7). Mais ce petit séjour impressionniste dans le lieu de mes origines, de mes étés, dans mon Québec profond à moi, me remet en face d’un peuple qui porte en lui tous les ressorts du succès.








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    L’actualité   15 mars 2008 
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    L’actualité   15 novembre 2007  2 messages
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