Souveraineté : l’inexcusable obsession de la plomberie référendaire alors que dérive le navire.
Je n’ai pas participé à ce colloque des IPSO du 6 juin. Non plus que je n’ai suivi les discussions entourant la nouvelle approche référendaire-sectorielle du Parti québécois. Je confesse que, dans l’état actuel des choses, je suis, comme un très grand nombre de souverainistes, totalement désintéressé par ce type de débat devant nous permettre de trouver le processus idéal pour...
Ce qui me fatigue dans ce genre d’exercice c’est de constater à quel point est considérée importante, la mécanique qui va enfin pouvoir nous conduire à la souveraineté. Comme si la passe difficile dans laquelle est actuellement enferré le mouvement souverainiste pouvait se résumer à une affaire de mécanique. Comme si ces considérations avaient été déterminantes dans pour les peuples qui ont acquis leur souveraineté au cours des dernières décennies. Le problème est d’un tout autre ordre.
Pour que le Québec franchisse le fossé qui le sépare encore de la liberté politique et d’un statut d’État souverain, il y a plus qu’une plomberie référendaire à mettre au point. Il faut un mouvement de fond. Et la masse critique pour le créer n’existe pas à l’heure actuelle. Arrêtons alors de nous bercer d’illusions. Il faut, à un moment donné, prendre acte de la situation, puis chercher à comprendre de façon lucide les origines du problèmes.
Un mouvement politique c’est une trajectoire majeure marquées par les idée, les émotions et les aspirations d’un peuple. Pour qu’un tel mouvement se remette en branle, il faut que le Québec prenne conscience qu’on est en train de le flouer sur les plans, linguistique, économique, social et politique. Si on pense que, dans l’état actuel des choses, il suffirait d’une « crise programmée » pour voir apparaître dans le sillage quelque conditions favorable à la cause, on se trompe. Le caractère éphémère du scandale de la CDP est là pour nous le rappeler. En quelques mois, on a réussi à l’extirper de la mémoire collective. Rien ne se produira si en amont, il n’y a pas résurgence d’une conscience politique au Québec au sein d’une masse plus critique de la population et au sein des réseaux qui font l’influence politique.
Depuis deux décennies, un fort mouvement contraire s’acharne sur les Québécois, il vise justement à évacuer tout sens critique et tout réflexe politique. Cette offensive intelligente et sournoise à la fois, agit avec un certain succès pour inculquer dans la tête des Québécois, que oui ils forment une nation, mais qu’au fond, cela n’a pas de conséquences, car il ne s’agit pas d’une véritable nation mais de quelque chose d’autre. Une nation « pour le fun »… pour avoir la paix. Quand on analyse les événements qui se sont succédés depuis 1995, on peut y voir une vaste stratégie devant conduire au détournement de la trajectoire qui fut celle des Québécois depuis la révolution tranquille. Habilement déployée à travers le cartel des médias, celui des associations d’affaires, de la publicité des sociétés d’État fédérales, principalement la SRC, des réseaux du savoir comme les chaires du Canada et autres réseaux d’influences, cette stratégie se déploie sur plusieurs plans.
Elle s’acharne à discréditer les individus, les partis et les groupes politiques porteurs de l’idée ou de l’idéal de souveraineté, elle tente par tous les moyens de les mettre en marge de la patinoire politique, chose possible et très réalisable dans notre système. Elle s’attaque actuellement au cœur même du mouvement, à ses leaders passés et présents, à ses partenaires.
Pour mettre toutes les chances de son côté, le clan Canada ne lésine sur aucun moyen. Il a placé à la tête de notre gouvernement national un homme qui a essentiellement pour mission de s’attaquer à l’âme même de la nation, i.e. à son identité, à ses institutions politiques et économiques, à sa capacité de leadership politique. Ce imposteur, comme l’a si justement qualifié madame Marois, est soutenu par la plus formidable machine à fabriquer une opinion publique jamais imaginée sur notre territoire. Cette dernière organise de toute pièce la pensée politique au Québec. Elle crée les événements et les héros favorables au système en place (les Canadiens de Montréal, les Julie Payette, les Jean Leclerc les Desmarais… ), tandis qu’elle dissimule sous un flot de variétés et de spectacles, les scandales et l’état véritable de l’économie, celui des finances publiques, du français à Montréal et tout le reste. La situation devant laquelle on se retrouve aujourd’hui comme peuple est sans doute la plus critique de notre histoire. Elle n’est pas sans rappeler celle qui suivi l’échec du mouvement patriote du 19e siècle. Ce qui est essentiellement visé, c’est de casser définitivement les reins des Québécois dans un contexte où ils ne disposent plus que de très peu de moyen pour contrer l’offensive.
Devant cet état de situation, mettons fin, bon sang, aux savantes interrogations sur la mécanique miracle ou sur les vertus attendues d’une crise constitutionnelle fabriquée. D’autres chantiers sont à mettre en route bien en amont de tout cela, D’abord, il nous faut re-tricoter ce qui a été détricoté depuis quinze ans sur le plan identitaire et sur le plan de l’attachement collectif à notre nation. Cela non plus ne se fera pas en un soir. Il n’y aura jamais de souveraineté si on ne met pas un terme au processus de désamour des Québécois pour leur pays, s’il n’y a pas émouvantes retrouvailles des Québécois avec leur Québec. Les artistes, sont l’âme du peuple, ils doivent être les premiers à se sentir interpellés. Les organisations de travailleurs doivent redevenir des agents de changements sociaux et politiques qu’ils étaient naguère. Les organisations étudiantes doivent redevenir le fer de lance des idées politiques. Voilà le chantier auquel nous sommes conviés.
Il faut au plus vite s’attaquer à la question de la convergence des médias, elle est scandaleuse et agit contre la démocratique. Il faut trouver les façons de mettre en échec les tentatives de conditionnement de l’opinion publique. Et ces façons existent. Voilà des chantiers pour les IPSO et autre groupes de réflexions. Mais après la réflexion, des actions devront suivre.
Il faut aussi changer le langage et l’attitude. Au lendemain du 15 novembre 1995, le clan Canada a réussi à inculquer au peuple québécois un sentiment généralisé de culpabilité face au projet de souveraineté politique. D’une certaine façon, il y est arrivé ; ce sentiment a même percé les cercles souverainistes. Au slogan creux de la chicane il va falloir opposer celui de la dignité, de la fierté et de l’égalité C’est sur cette vision de dignité qu’il faut reconstruire des plans d’actions concrets, reconstruire des réseaux politiques, officiels et officieux, investir à nouveau la rue, décaper les sur-couches de vernis de respectabilité que s’est donné le mouvement depuis 1995, évacuer notre pudeur de dénoncer publiquement les voleurs et les imposteurs. C’est la mission que se sont donné les jeunes souverainistes, qu’ils oeuvrent dans le RRQ ou dans d’autres réseaux. Il ne faut pas les dénoncer, il faut au contraire les soutenir dans leur action.


