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“Le Canadien français et son double” (suite et fin) de Jean Bouthillette
Il n’y a plus d’ethnie canadienne-française
Colonisés ? pourtant nous sommes libres... Interrogeons une dernière fois la Conquête.
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
jeudi 6 août 2009      353 visites      3 messages


“Colonisés ? pourtant nous sommes libres...
Interrogeons une dernière fois la Conquête.

Ce qui est pour la France en 1760 l’abandon d’un territoire et la signature d’un traité de paix, s’inscrit dans notre histoire à nous comme l’origine d’une servitude au sein d’une occupation étrangère. Mais, dans le même temps, faisant de nous un peuple distinct, la Conquête portait en germe notre liberté collective. (...)

Nous avons été “abandonnés”, mais à nous-mêmes. Condamnés à être libres ou à disparaître. Qu’est-ce à dire que notre liberté de peuple est l’expression même de notre identité ? Qu’elle ne s’ajoute pas à notre être mais qu’elle le constitue dans sa souveraineté ? Qu’en conséquence elle ne s’enlève ni ne s’octroie et que seule la mort - en l’occurrence l’assimilation - peut en disposer ? (...)

On peut asservir un peuple ; on ne peut l’empêcher de se saisir comme liberté. Dès qu’il pose cet acte de conscience, les jours de sa servitude sont comptés. Et le temps qu’il met à conquérir concrètement sa liberté n’est qu’une servitude de plus, et la plus difficile à supporter puisqu’elle est désormais consciente.

Un peuple qui éprouve un jour la servitude d’une occupation étrangère, ou il se résigne et s’assimile lentement à l’occupant, ou il chasse l’occupant. (...)

Qu’est-il en effet advenu de notre liberté de peuple distinct ? (...) La loi de 1867, ne met pas en relation deux peuples en tant que peuples- One Country, One Nation- ; elle ne consacre pas deux libertés collectives mais fonde une liberté de citoyens canadiens anonymes, une liberté individuelle, une liberté démocratique au sein de laquelle, à l’échelle du Canada, notre liberté inaliénable de peuple est soumise à la loi du nombre. (...)

L’appartenance à un peuple n’est pas de soi une fermeture au monde. Elle est une des identifications concrètes de l’homme, et par suite, un des enracinements essentiels de sa liberté. Se dire homme tout court n’est jamais qu’un raccourci : l’homme enraciné concrètement dans sa liberté se situe de plain-pied dans l’universel : l’asservi en est coupé.(...)

C’est cette servitude éludée qui a fait se dégrader en lutte pour l’ethnie ce qui, au-delà des apparences, a toujours été une lutte pour la liberté. (...) Dans cette lumière d’une liberté à conquérir, l’agriculturisme prend un sens positif : la conquête d’un pays à soi. L’aventure de la colonisation a sa part cachée de grandeur.

Reconquête

(...) le réflexe nationaliste, à travers notre Histoire, témoigne de notre instinct le plus profond et le plus sûr : l’instinct ontologique de la liberté. (...) Cet instinct nous rend universels d’emblée. C’est lui qui, depuis 1960, nous fait lentement renaître à nous-mêmes et au monde ; c’est lui qui, dans l’intuition d’un nom (...) retrouve dans toute sa réalité notre véritable identité, un nom qui lève toute ambiguïté, un nom clair et transparent, précis et dur, un nom qui nous reconstitue concrètement dans notre souveraineté et nous réconcilie avec nous-mêmes : Québécois.

C’est ce que la Conquête - et 1867 -, dans la servitude, avait virtuellement fait de nous : des Québécois. C’est ce que, contre elle et dans la liberté, nous devons devenir : des Québécois. Car il n’y a plus d’ethnie canadienne-française : elle s’est dissipée dans la servitude canadienne. Ce que nous trouvons à la place - et qu’il nous faut construire -, jeune, moderne, enraciné et ouvert au monde, c’est le peuple québécois, soit un groupe culturel, homogène par la langue et qui cherche - dans son nationalisme décolonisateur - son expression politique totale. Notre décolonisation commence par l’amputation volontaire de la part de nous qui, sans la servitude, aurait pu être mais qui n’a pas été et ne peut plus être et que seul un rêve de colonisé peut continuer d’entretenir : la part canadienne. Au-delà de la chimère canadienne, il y a la réalité québécoise. c’est là la vraie mesure de notre taille. (...)

C’est dans le dialogue de la liberté et de la vie que se fera notre Reconquête.”

Jean Bouthillette, Montréal, 1961-1971.

Commentaires ;

Ici se termine ce difficile et essoufflant voyage dans l’inconscient collectif des canadiens-français, nécessaire pour bien saisir la gravité des enjeux dans la lutte nationale que nous menons. Quand on prend au sérieux cette psychanalyse collective, on comprend l’insignifiance mystificatrice des “penseurs” de la Presse, André Pratte et Alain Dubuc en tête. A l’opposé, se trouve justifié le ton d’urgence que l’on trouve (par exemple) dans les textes de Caroline Moreno : ce que d’aucuns appellent son alarmisme et son pessimisme.

Quant à moi, je conclus en disant que la pensée de Jean Bouthillette conduit inéluctablement à l’Indépendance du Québec. A travers ces extraits, sans trahir cette pensée je l’espère, j’ai essayé de répondre à ceux et celles que Gaétan Dostie a appelé “les confusionnistes” que je ne nommerai pas ; l’objectif d’une Union des indépendantistes (dont parlent Luc Archambault et Raymond Poulin suivis par d’autres) m’impose une certaine discipline.

Robert Barberis-Gervais
Longueuil, 5 août 2009




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Vos commentaires:
  • Il n’y a plus d’ethnie canadienne-française
    6 août 2009, par Luc Archambault
    Merci beaucoup pour tout cet excellent, nécessaire, copieux, nourissant et très éclairant travail. Merci de nous avoir mieux fait connaître cet auteur. Félicitations.
  • Il n’y a plus d’ethnie canadienne-française
    6 août 2009
    Merci pour votre travail qui contribue à préciser les thèmes de la réflexion sur notre identité de peuple, M. Robert Barberis-Gervais. La genèse de notre identité est tributaire de notre relation à l’État, sur les assise duquel elle se consolide. De 1608 à 1760 cette identité se précise à mesure que l’État de la Nouvelle France gagne en potentialité. Nous n’étions déjà plus tout à fait français et de plus en plus un (...)

    Lire ce commentaire

    Merci pour votre travail qui contribue à préciser les thèmes de la réflexion sur notre identité de peuple, M. Robert Barberis-Gervais.

    La genèse de notre identité est tributaire de notre relation à l’État, sur les assise duquel elle se consolide. De 1608 à 1760 cette identité se précise à mesure que l’État de la Nouvelle France gagne en potentialité. Nous n’étions déjà plus tout à fait français et de plus en plus un peuple distinct : Canadien (en fait Québécois en devenir).

    Avec la Conquête notre État sera annexé. Les assises de l’État, que sont l’appareil d’état et les institutions politiques, seront déstructurés. Mais l’État est d’abord organique (Aristote) et ce peuple va se réfugier dans l’institution de l’Église, qui va suppléer à l’État et assumer ses missions essentiels : Peupler et développer le territoire, pendant les 200 ans qui vont suivre. C’est à cette institution, aux capacités millénaires de structurer les sociétés, que nous devons d’avoir garder notre cohésions nationale. En attendant de reprendre le plein contrôle de notre État, pour consolider notre identité comme peuple français en Amérique pour la pérennité.

    Ce n’est qu’avec la Révolution tranquille que nous avons laissé les assises de l’église pour celui d’un état modernisé du Québec. C’est donc sur les assises de cette État du Québec que notre identité s’est préciser : Québécois nous le sommes parce que la nation a fait le pari que cette l’État du Québec était un pari viable pour assurer sa survie. Mais rien n’est véritablement acquis.

    Notre identité est intimement lié aux capacités de notre l’État. Tant et aussi longtemps que nous serons un État annexé réduit dans ses capacités d’agir à celui d’un demie état nos assises seront incertaines pour assurer notre survie comme peuple français en Amérique.

    On pourrait se demander pourquoi le peuple hésite encore devant le choix de prendre le plein contrôle de son État. Parce que l’objectif comporte des risques qui sont réels ; et le peuple sait d’instinct qu’il ne peut se permettre une seule erreur historique.

    C’est pourquoi il n’a pas céder aux deux tentations républicaines que lui a présenté l’histoire : Américaine (1775) et Patriote (1837).

    Il importe quand, on réfléchie a la genèse de notre identité de peuple, de comprendre que cette identité se consolide sur les assises d’un état : L’État du Québec.

    Le contrôle et l’émancipation de notre État est donc un enjeux vital.

    JCPomerleau


  • Il n’y a plus d’ethnie canadienne-française
    6 août 2009, par Jean-François-le-Québécois

    À mon humble avis, il y a déjà un moment que ce vocable de canadiens-français ne s’applique plus bien aux Québécois que nous sommes.

    Cependant, je pense qu’il existe encore une certaine ethnie canadienne-française : cela désignerait les populations, par exemple, franco-néo-brunswickoise, franco-ontarienne, franco-manitobaine (sûrement plus très nombreuses, celle-là), de même que les autres communautés « francophones » réparties (ou dispersées) ailleurs au Rest of Canada...

    Nous partageons avec les représentants de ces communautés, une origine commune. Mais eux semblent bien heureux de leur statut de Canadiens, et quand j’ai l’occasion d’en rencontrer, je ne sens venant d’eux absolument pas, par exemple, de désir de venir vivre au Québec et tenter de vivre avec nous, l’aventure d’un nouveau pays français en Amérique.

    C’est pour ça que dans mon vocabulaire à moi, je désigne ces gens, en quelque sorte nos frères devenus nos cousins très éloignés, par le terme ou vocable de Canadiens-français . C’est ce qu’ils sont, à mes yeux.

    Quoique... je vous avouerai que l’effet que ça me fait, quand j’entends « canadien-français »... ça me fait pas mal le même effet que French Canadian , à tel point cela m’est étranger ! C’est un nom que l’on essaie, encore, de nous donner ; pas le nom par lequel nous voulons nous appeller nous-mêmes, en tant que Québécois. Je trouve que c’est une sorte de violence psychologique, que l’on nous fait là...



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