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Il n’y a pas de déclin du français, l’autre grande langue « globale »
Julie Barlow, Jean-Benoît Nadeau
La Voix de l’est
samedi 12 janvier 2008


Quelle langue a le statut de langue officielle dans 33 pays ? D’autres indices : depuis 1945, le nombre de ses locuteurs a triplé. Dans le monde, ils sont 200 millions à la parler couramment. Encore 100 millions la pratiquent de façon occasionnelle et 100 millions d’élèves l’apprennent à l’école. Le quart des profs de langues de la planète - deux millions de personnes - l’enseignent chaque jour. Dernier indice : 15 millions de personnes la parlent en Amérique.

L’anglais ? L’espagnol ? Le mandarin ? Eh bien, non : le français !

Quatre ans de recherche pour notre livre sur La Grande Aventure de la langue française nous ont convaincus que le français n’est ni une langue de repli identitaire, ni en déclin : il est au contraire une langue de mondialisation.

Malgré l’importance de l’anglais, le français continue d’occuper un statut particulier dans bon nombre d’organisations internationales allant de l’ONU à l’UE, en passant par le Fonds monétaire international, le Comité international de la Croix-Rouge, Interpol et le Bureau international du travail. Sans oublier la Francophonie...

Outre l’anglais, quelle autre langue que le français donne une prise directe, sans traduction, à la réalité d’un diplomate genevois, d’une ingénieure belge, d’un intellectuel sénégalais, d’un enfant-soldat congolais, d’une prof libanaise, d’une académicienne algérienne, d’un pêcheur polynésien ?

Certes, le français a perdu du terrain comme langue des élites européennes. Certes, l’assimilation guette toujours les francophones d’Amérique. Certes, on se préoccupe beaucoup moins du beau langage.

Notre Grande Aventure de la langue française montre bien que le français a toujours vécu dangereusement, ce qui ne l’a pas empêché de s’exporter depuis 1000 ans ! Mais les déterminismes historiques ne sont pas tout. Que Québec célèbre son 400e en 2008, que le français tienne son bout malgré l’influence de l’anglais, qu’il survive en Amérique contre vents et marées, cela démontre aussi sa puissante vitalité.

Si l’Airbus 380 a pu atterrir à Montréal, c’est bien parce qu’il y a encore de la science, de l’industrie et du commerce qui se passe en français. Pas seulement de la Culture.

Pensez seulement au fait qu’il y a trois grandes villes d’aviation dans le monde : Seattle (Boeing), Toulouse (Airbus) et Montréal (Bombardier). Et deux de ces villes sont francophones ! Pensez que Bombardier contrôle avec Siemens et Alsthom (française) 60 % du marché mondial du rail. Pensez que SNC-Lavalin est le numéro un mondial du génie international.

Pensez que le numéro deux mondial de la distribution alimentaire après Wal-Mart est Carrefour, de Paris, active dans 53 pays, contre 9 pour Wal-Mart. Pensez aussi que la plus grande compagnie d’énergie nucléaire civile est Areva, basée à Paris. Pensez que le seul programme de lanceur spatial commercialement viable est Ariane, dominé par les Français.

L’Agence universitaire francophone, fondée au Québec, réseaute plus de 650 universités - des dizaines de milliers de chercheurs - en plus de 350 facultés de français. En 2006, une étude d’une agence ontarienne a montré que Montréal, Québec et Sherbrooke dominent dans leur catégorie respective pour les villes où il se fait le plus de recherche privée et publique au Canada.

Comment se fait-il qu’on n’en entende jamais parler ?

Parce que les Québécois, obsédés par la question de leur identité et de leur position sur le continent, ont tendance à ne regarder que les arbres qui cachent la forêt.

Parce que, aussi, la domination des médias américains, et en particulier de la presse d’affaires et scientifique anglo-américaine, donne l’impression qu’il ne se passe rien en dehors de l’anglais, alors que c’est faux. C’est de bonne guerre, mais sommes-nous obligés de les croire ?

Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau,

journalistes et auteurs de La Grande Aventure de la langue française, qui vient de sortir chez Québec Amérique

- source

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