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Holà !
Marie-Andrée Chouinard
Éditorial - Le Devoir
mercredi 21 mai 2008


Précédée par le tintamarre médiatique, la commission Bouchard-Taylor est condamnée, semble-t-il, à se terminer dans le même bruyant tapage. En s’emmurant dans le silence, commissaires et gouvernement ajoutent au cirque et ne contribuent qu’à nourrir la clameur.

Entre la parution samedi dans The Gazette d’extraits du très attendu rapport Bouchard-Taylor, et cette conférence de presse de demain qui servira à dévoiler l’entièreté du document, cinq petites journées se seront écoulées. En ligne du temps médiatique, aussi bien dire une éternité.

Près d’une semaine d’extraits remâchés à satiété, soupesés par les critiques, analysés par les experts, livrés en pâture à la gourmandise de l’opposition politique comme de l’opinion publique. En somme, la répétition en boucle des mêmes deux ou trois « lignes » réductrices d’un rapport complexe et dense qui flirte, on en conviendra tous, avec une matière délicate et propice aux interprétations explosives. L’occasion presque rêvée de faire comme si on était déjà dans l’après-Bouchard-Taylor alors que l’essentiel n’a pas vraiment été disséqué.

Holà ! Temps d’arrêt ! The Gazette a beau avoir livré un travail honnête, le quotidien ne s’est basé que sur trois chapitres — préliminaires — d’un document qui en contiendrait douze. Aucune introduction. Pas l’ombre d’une conclusion. Et surtout, pas la plus petite recommandation coulée aux côtés des trois chapitres.

On peut bien sûr s’inquiéter de ce qu’on lit et décode dans ces bribes, mais la prudence élémentaire recommande d’attendre d’avoir humé la totalité de la mise en contexte, goûté les nuances apportées par les commissaires, saisi la finesse des conclusions avant de conclure aux efforts futiles.

Cette circonspection ne réduit toutefois en rien les attentes — élevées — qui sont nôtres à l’égard de la réflexion des deux sages que sont Gérard Bouchard et Charles Taylor. Il ne suffira pas de conclure, tête basse, qu’une majorité francophone morose doit faire contre mauvaise fortune bon coeur et exprimer davantage de tolérance à l’égard des immigrants pour que s’évapore sinon une crise, du moins un malaise que les médias n’ont quand même pas créé de toutes pièces !

Si l’intégration, comme pierre d’assise de l’interculturalisme cher au Québec, s’avère un échec, il faudra nous dire pourquoi et surtout, dresser la table afin qu’un gouvernement puisse corriger ce qui cloche, notamment en ce qui a trait à l’entrée des nouveaux arrivants sur le marché du travail.

Cette commission aura donc été condamnée à vivre, en aval et en amont, sous l’oeil mi-bienveillant mi-inquisiteur des médias, dont le rôle de chien de garde s’entrechoque parfois avec une envie insatiable de nourrir la chronique. L’ironie commande que ce soit ce même tourbillon médiatique, pointé par les commissaires comme l’une des causes du dérapage sur les accommodements raisonnables, qui boucle aujourd’hui la fin des travaux dans l’opprobre.

Raison de plus pour sortir du mutisme ! Les commissaires, jadis à ce point bavards qu’on leur reprocha de trop parler avant d’écouter, n’avaient-ils pas tout à gagner en divulguant tout leur ouvrage plutôt qu’en assistant, impuissants, à un travail de démolition basé sur quelques miettes ?

En février 2007, au moment d’annoncer la formation de cette commission d’étude sur le phénomène des accommodements raisonnables, nul autre que le premier ministre Jean Charest en appelait à une réflexion censée être installée sur des assises nommées raison et valeurs communes. « Il est clair que le débat s’enlise et qu’il sert la division plus que la compréhension », rappelait-il au moment de propulser Bouchard-Taylor. À l’évidence, il y a de ces bourbiers desquels on peine à s’extirper.

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