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Hérouxville, la farce et les dindons
Bernard Thompson
Tribune libre de Vigile
vendredi 2 novembre 2007      423 visites


Tiens, si un mets est bien traditionnel au Québec, c’est le dindon. Même que sa farce est parfois assaisonnée du sel de l’aveuglement. Expliquons-nous !

Lorsque Hérouxville osait confronter dans l’opinion publique, le ‘politically correct’, à ses valeurs fondamentales, cette municipalité ne faisait que signifier son ras-le-bol des propos et gestes des élu(e)s du Québec et leur incapacité à sous-peser la réalité à laquelle sont confrontés tous les États occidentaux du monde moderne.

Que les propos d’Hérouxville soient liés à l’immigration, la diversité culturelle ou encore le multiculturalisme dont elle dénonce les effets pervers, on a vite stigmatisé ses intervenants, les conduisant immédiatement au pilori. Aujourd’hui, nous pourrions très aisément conjuguer l’honnêteté intellectuelle de nos bien-pensants à cette peur de l’autre à laquelle on voudrait nous voir associés.

Pourquoi Hérouxville aurait-elle eu peur de démontrer ce qu’elle observait depuis plusieurs années comme la déchéance d’un peuple soumis aux forces du mépris canadien, lequel nous fait miroiter depuis peu une reconnaissance de Nation sans en définir les paramètres et l’essence ?

Pourquoi Hérouxville n’userait-elle pas de ce droit fondamental d’exprimer tout haut ce qu’une majorité de citoyens pense tout bas ?

Pourquoi Hérouxville se garderait d’ignorer que le fondamentalisme religieux influence de plus en plus les décisions politiques de moult pays ayant une foi inébranlable à l’égard du multiculturalisme ? Curieusement, qu’on nomme la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Danemark, l’Autriche, la Suisse, la France, la Belgique et autres pays multiethniques et multiculturels, le constat est le même : la montée de l’extrémisme religieux s’y perçoit clairement, ce , sans que ces bien-pensants ou intellectuels se disant aguerris ne l’observent. Et, pardonnez-moi, mais le Canada n’y échappe pas !

L’islamisme, le catholicisme, le judaïsme, l’hindouisme et autres grandes religions n’ont qu’à demander à nous accommoder pour que nous courbions l’échine. On dira que nous sommes xénophobes et intolérants pour qu’on puisse les accommoder davantage. Mais quelle est donc l’origine de cette pensée magique qui a conduit le monde politique à sombrer dans cette comédie tragico-comique des accommodements ?

Hérouxville, que vous le vouliez ou non, exprime avant tout un constat : les peuples soumis à une gestion sociale inadéquate conservent tout de même leur droit de parole et se doivent de l’exercer le temps venu. Lorsqu’elle exige que la Charte canadienne soit amendée, Hérouxville comprend que les valeurs fondamentales d’un peuple ne peuvent à elles seules dans la modernité actuelle contenir les écarts de conduite que les nombreuses religions leur opposent. La religion doit demeurer à l’écart du politique et assumer elle-même ou son épanouissement ou sa déchéance. L’État ne doit pas être le gardien de doctrines religieuses. Contrairement à ce qu’un certain Charles Taylor a pu exprimer jusqu’ici, l’élimination de la ‘Primauté de Dieu’ à la Charte canadienne n’enlève nullement à tout individu le droit d’exercer sa liberté de religion. Rendre accessible la liberté de religion sans en accorder la primauté ne ferait que redonner au droit législatif toute sa vigueur, permettant ainsi un meilleur encadrement aux croyants et non-croyants tout en éloignant le pouvoir juridique qui, de toute évidence, ne peut nourrir la spiritualité. La liberté de croire ou de ne pas croire n’est pas une responsabilité de l’État. Point.

Et si l’on parlait de l’extrémisme ? Hérouxville n’est pas responsable du silence des pratiquants religieux qui ne peuvent dénoncer eux-mêmes l’extrémisme entourant leur religion. Hérouxville n’a d’ailleurs jamais montré du doigt tel ou tel groupe religieux en particulier. Seuls les accommodements religieux consentis qu’elle rapportait à travers son code de vie les a identifiés.

Par son ‘code de vie’, Hérouxville n’a aucunement indiqué vouloir stigmatiser les nouveaux arrivants. Ce code indiquant ce que nous sommes s’adressait avant tout à toute personne d’un pays étranger désirant s’établir ici dans le but de partager nos valeurs. Leur choix s’en trouvait ainsi mieux éclairé. Pas étonnant que le Ministère de l’Immigration prône maintenant de plus en plus ce qu’Hérouxville suggérait en janvier dernier. Les similitudes sont effectivement étonnantes !

Hérouxville a toujours reconnu la qualité de l’apport des immigrants à notre société et cette nécessité de leur offrir de meilleurs outils pour faciliter leur intégration. Admettons que nous sommes loin du discours xénophobe, autre diversion médiatique pour refuser de voir ce qui saute aux yeux de la majorité ! La majorité québécoise n’est pas plus raciste que ses minorités. Elle veut tout simplement signaler à tous des abus.

Non, la farce, finalement, est cette Commission Bouchard-Taylor que nous avons nous-mêmes dénoncée en février. Philosophant sur le ‘Nous’, le ‘Eux’, la tolérance, la xénophobie, allant même jusqu’à nommer l’innommable : l’antisémitisme. Elle erre de villes en villages à la recherche d’une équation perdue. Pourtant, les choses auraient été si simples si, au lieu de discourir davantage sur la tranche de porc, du voile, du crucifix ou de ce ‘casher-que-je-ne-saurais-voir’, nos intellos avaient admis dès le départ que le seul problème est la montée de l’extrémisme religieux élégamment cachée sous ces désormais célèbres accommodements dits religieux.

Hérouxville l’a compris bien avant janvier. Pourquoi pas vous, chers politiciens, sociologues, intellectuels et philosophes ? Nous pourrions ajouter que les médias ont bien traduit les sentiments de cette petite municipalité, n’en déplaise aux Dubuc, Lagacé, Pratte, Elkouri et autres de ce monde, qui, curieusement, ternissent davantage l’image de la démocratie québécoise qu’autre chose. Malencontreux hasard, ils sont tous du même organe journalistique très ‘canadian’. On se surprendra alors que l’indépendance soit la seule solution pour nous sortir de ce marasme.

Les dindons ne sont pas tous farcis ! Dieu Merci !

Bernard Thompson
Hérouxville

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