Indépentantiste de la première heure, je n’entretiens aucune illusion sur nos possibilités de faire reconnaître le statut d’État pour le Québec par les autres États du monde, prélude nécessaire à la souveraineté et l’indépendance. Deux conditions sont nécessaires : la diplomatie qui suppose l’argumentaire statutaire et l’argumentaire de principe. Ces arguments n’ont rien à voir avec les arguments littéraires. ILS SONT STRICTEMENT FACTUELS ET PROUVENT QUE NOUS AVONS CONQUIS LE STATUT D’ÉTAT DE FACTO, COMME CELUI DE Nation, déjà reconnu, au terme de 400 ans d’investissements. J’en ai fait la démonstration à deux reprises et avec succès à New York et je dois y retourner cet automne.
Voilà la politique du iceberg, de la diplomatie glaciale qui fait reculer la diplomatie canadian. C’est le premier combat à gagner.
Le deuxième est la mise en pratique d’une politique de défense basée sur la dissuasion.
Ce combat, je l’ai livré comme militaire et officier d’État major. Il consiste à mettre solidement dans la tête de l’oligarchie canadian, cromwellienne et dangereuse, qu’il est inutile de penser même à recourir à la force et aux armes pour bloquer nos tentatives d’accéder au statut reconnu d’État Nation. Je l’ai fait pendant les années, plus de 28, de service comme militaire de carrière. Les résultats parlent par eux-mêmes :
1. Automne 1972, une tentative d’intervention armée de grande envergure ordonnée par PË Trudeau a été tuée dans l’oeuf alors que j’ai fait publier les plans secrets à la une par l’entremise de M. Jacques Parizeau. Voyez une description détaillée de cette intervention dans le livre de Pierre Duchesne sur la vie de M.Jacques Parizeau.
2.Automne 1972, un document secret sur les syndicats québécois jugés comme subversif a été publié à la une dans les journaux par M. Lévesque. L’armée n’a pas le droit d’espionner les syndicats. Personne n’a osé m’accuser et me mettre en cour martiale. Je me suis servi des procès de Nûremberg pour justifier mes actes contraires aux Lois militaires et règlements.
3, Automne 1974,j’ai remis à M.Lévesque un document prévoyant un plan de contingentement pour organiser rapidement la défense du Québec en cas de nouvelle menace d’intervention armée.Je suis géographe et spécialisé en géopolitique, étude systématique des États. J’ai été formé au Canada anglais, en Angleterre en en Allemagne. J’avais prévu que, compte tenu de la carte électorale qui avait donné 105 sièges à Robert Bourassa avec seulement 41% des votes se retournerait en faveur du PQ avec une augmentation minime de votes. Lévesque n’a jamais voulu me croire. Les statisticiens lui disaient qu’il faudrait au moins 72% de votes au PQ pour n’obtenir que 40 ou 42 sièges. Le soir des élections du 15 novembre 1976, je travaillais dans Taillon, comté qui comprend la base miltaire de Saint Hubert. Plus de 82% des militaires ont voté pour le PQ. J’avais invité Lévesque une semaine d’avance à rencontrer les militaires sur la base. Personne n’a osé me fusiller. Nous étions en position de force et la visite s’est déroulée froidement, calmement et avec enthousiasme et aucun Orangiste n’a osé lever le doigt. Ils ont hurlé de rage après mais c’était trop tard.
4. Fin 1977, PE Trudeau dans une entrevue publique avec Roy Bonisteel, déclare qu’il n’hésiterait pas à prendre les armes encore une fois contre le Québec séparatiste. Lévesque est aterré. Il me demande s’il est possible de publier dans Le Jour les propositions de défense territoriale du Québec que je lui avais soumises en 1974. Je fais avec Évelyn Dumas les arrangements qu’il faut et de plus, comme j’étais allé en Angleterre faire des arrangements pour acheter des armes pour la défense du Québec, ce qui a très bien marché, avec une proposition de nous prêter 200 millions de livres sterling, alors j’ai fait tout publier dans LE JOUR.
Cette fois, PE Trudeau éait aterré. Il a mandé un général anglais du London Institute for the Study of Conflict pour venir vérifier la valeur de mes thèses. Cet Anglais a compris que le système de défense que je proposais était celui de la Nouvelle France,adopté plus tard par la Suisse et la Suède. Ce système a fait ses preuves et Trudeau a publiquement retiré ses menaces.
Nous devons continuer les mêmes études et proposer la poursuite de nos préparatifs de défense, seul moyen que nous avons de dissuader le recours aux armes contre le Québec en voie de souveraineté.
Je sais que, comme beaucoup de monde au Québec,vous croyez que le militaire cherche la guerre. Ne pensez pas vous pas que, miliaire de carrière et formé pour la guerre, je puisse connaître les moyens de la prévenir et de l’éviter d’avance ? Vous ne savez pas qu’une guerre, il faut la tuer dans l’oeuf, vingt ans avant qu’elle n’éclate. Madame Ferretti, lorsque les armes sortent et que les armées se confrontent, la guerre comme telle a déjà 40 ans et souvent davantage.
Est-ce Roméo Dallaire a voulu la guerre dans laquelle il a été impliqué au Rwanda ? Ce qui l’a provoqué cette maudite guerre, ce sont les commentaires de la station de radio Mille collines qui incitaient à la haine et la violence armée. Homme de guerre, je vous dis que ce ne sont pas les conflits d’intérêts qui provoquent les guerres mais les jugements que portent les intéressés sur les adversaires. Si l’humanité avait appris à se taire et garder ses petits jugements mortifères,il y aurait eu bien moins de guerres. J’ai travaillé de toutes mes forces à inciter les Forces Armées Canadiennes à ne porter aucun jugement sur quoi que ce soit, sur personne, absolument personne. Fermez-là, votre gueule et il n’y aura pas de guerre. Et prenez discrètement les moyens de la dissuasion en cas de besoin.
Est-ce que le soldat Martin Petit qui vient de publier Quand les cons sont braves, est un fauteur de guerre ? C’est, comme beaucoup de jeunes soldats, un idéaliste qui croyait que son intervention amènerait la paix. J’en sais quelque chose pour avoir participé aux opérations des Nations Unies au Moyen Orient pendant mon service et avoir travaillé trois ans en Afrique Équatoriale, au Ghana, pour organiser la défense du pays nouvellement indépendant et apprendre aux tribus à concilier les exigences de la vie tribale avec celles de l’ÉtaT. Pour m’aider : plus de vingt ans de scolarité en géographie, géopolitique et ontologie. Il y a eu très peu de violence et la paix s’est établie.
Je n’ai subi aucune perte parmi les officiers que j’avais formés,ni parmi mes soldats non plus, ni en Allemagne, au Moyen Orient et en Afrique Équatoriale, oèu j’ai passé plus de trois ans dans un pays en guerre civile, avec ma famille. Celè s’est fait quelques fois. Par contre, ma femme et moi avons perdu notre fils aîné âgé de sept ans dans un tremblement de terre. Nous l’avons enterré le lendemain (c’était le 20 août 1963) et sommes retournés tous les deux à nos occupations. J’ai réussi à renvoyer chez eux et en bonne santé les enfants des autres mais je n’ai pu rien faire avec notre propre enfant, resté là bas,dans le cimetière de Christianborg à Accra, capitale du Ghana.
Lisez le livre du soldat Martin Petit. Lisez-le sans préjugé si vous en êtes capable. J’en prépare un commentaire du point de vue du capitaine d’infanterie et parachutiste que j’ai été pendant 28 ans. Je comprends sa misère plus que tout autre. Je sais trop bien que la guerre est l’affaire des politiciens et des oligarques et que les militaires ne sont que des pions qui exécutent les ordres,du général au simple soldat.
J’ai recommandé aux Forces Armées Canadiennes de syndiquer leurs soldats,comme les Scandinaves et maintenant les Hollandais et les Allemands,afin de les protéger de l’arbitraire des autorités.
Peine perdue. J’espère que je pourrai syndiquer les militaires de la future armée québécoise.
Tous ces efforts sont peine perdue. Les Québécois ne veulent pas croire que l’étude systématique des guerres est nécessaire à la promotion de la paix. Est-ce que le fait de dire qu’on ne veut pas de guerre est suffisant pour l’éviter ? Vous êtes de celles et ceux qui le croient. Est-ce que le fait de dire qu’on ne veut ni cancer, ni diabète, ni maladie ischémique suffit pour éloigner des maladies par le fait même ? Il faut en connaître la nosologie à fond et alors on pourra obtenir des résultats.
En matière de guerre, vous n’avez aucune idée de sa complexité, comme doit l’apprendre le militaire qui est toujours mal formé et mal préparé pour la guerre. Quant au peuple Québécois, sa connaissance de la guerre se résume à des clichés simplistes, exception faite des miliaires qui y sont allés, (il y a eu plus de
400 guerres depuis la seconde Guerre mondiale) et qui se sont toujours tus, désespérés de parler à des gens qui savent tout et jugent de tout.
Comme mes anciens collègues et camarades,j’ai l’intention de tout laisser tomber et laisser les Québécois apprendre par leur propre expérience.
JRMS