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Le mot d’ordre : il ne faut pas sous-estimer le nouveau leader libéral
Harper met ses troupes en garde contre Dion
La Presse
mardi 5 décembre 2006


par Bellavance, Joël-Denis

Ottawa - Le premier ministre Stephen Harper a donné hier une seule directive à ses troupes à la suite de l’élection de Stéphane Dion comme chef du Parti libéral : il ne faut surtout pas sous-estimer le nouveau chef libéral, même s’il est peu populaire au Québec, est relativement inconnu dans les provinces de l’Ouest et ne maîtrise pas parfaitement l’anglais.

M. Harper a confié à ses collaborateurs qu’il avait réussi à devenir premier ministre du Canada contre toute attente parce que les libéraux et les observateurs de la scène politique l’ont toujours sous-estimé. Il n’a guère l’intention de commettre la même bourde en minimisant les forces de Stéphane Dion.

Surtout pas à quelques mois d’un possible scrutin fédéral.

Mais le premier ministre dispose tout de même d’un atout de taille avant d’en découdre avec Stéphane Dion. Cet atout s’appelle Mark Cameron.

M. Cameron est directeur des politiques au cabinet de M. Harper. Mais il a travaillé pendant un an pour Stéphane Dion lorsque celui-ci était ministre des Affaires intergouvernementales. Il a claqué la porte du Parti libéral en 1997 pour adhérer à l’Alliance canadienne, l’un des partis fondateurs du Parti conservateur.

M. Cameron a d’ailleurs servi d’intermédiaire entre M. Harper et M. Dion, il y a deux semaines, lorsque le premier ministre a consulté M. Dion sur la résolution que le gouvernement conservateur a déposée à la Chambre des communes visant à reconnaître que " les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ", a appris La Presse hier.

" M. Cameron connaît bien les forces et les faiblesses de M. Dion. Cela va sûrement nous être utile à un moment donné ", a affirmé un stratège conservateur sous le couvert de l’anonymat.

Même si les stratèges conservateurs n’avaient pas sérieusement envisagé la victoire de M. Dion samedi, ils ont assemblé une impressionnante somme de déclarations de l’ancien ministre de l’Environnement en prévision de la prochaine bataille électorale. Et ils entendent bien exploiter au maximum les liens que M. Dion a tissés au fil du temps avec l’ancien premier ministre Jean Chrétien. Ils tenteront d’associer le nouveau chef au passé peu glorieux du Parti libéral, notamment au scandale des commandites.

" M. Dion ne représente pas le renouveau. Il fait partie de la vieille garde. Il était à la table du cabinet lorsque le programme de commandites a été créé et il n’a rien dit ", a résumé un conservateur. " Vous vous rappelez la photo de Stéphane Dion sur la scène en compagnie de Jean Chrétien et de Joe Volpe ? Cela fait du bon matériel de campagne électorale ! "

Quant à l’environnement, le principal cheval de bataille de M. Dion durant sa campagne à la direction, les conservateurs ont sorti leur calculette : les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 6 % au Canada quand M. Dion était ministre de l’Environnement. À l’issue de la première période de questions de M. Dion, hier, les conservateurs se sont d’ailleurs amusés à souligner que le nouveau chef libéral n’avait pas attaqué le gouvernement Harper sur son plan vert, critiqué de toutes parts parce qu’il ne va pas assez loin dans la lutte contre les changements climatiques.

Déséquilibre

Au Québec, les conservateurs comptent exploiter au maximum la position de M. Dion sur la question du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces. M. Dion refuse de reconnaître l’existence de ce problème, ce qui le place aux antipodes de la résolution adoptée par les militants libéraux au congrès du parti la semaine dernière. Cela le place aussi en porte-à-faux avec le gouvernement Charest. Hier, le premier ministre Jean Charest a poliment invité M. Dion à se mettre à l’écoute du Québec s’il veut obtenir l’appui des Québécois.

Durant la dernière campagne électorale, Stephen Harper s’est engagé à régler ce dossier, sans toutefois chiffrer cette promesse. Les négociations entre Ottawa et les provinces avancent à pas de tortue. Mais le ministre des Finances, James Flaherty, a promis de s’attaquer à ce problème dans son prochain budget en augmentant notamment les paiements de transfert aux provinces en matière d’éducation postsecondaire et en haussant les investissements dans les programmes d’infrastructures.

Devant les journalistes, hier, M. Dion ne s’est pas formalisé de voir Jean Charest lui faire des remontrances deux jours après sa victoire. " Avec moi, on aura des résultats concrets. On n’aura pas des débats sémantiques. () Ce qui compte, ce sont les chiffres, pas les mots. M. Harper a parlé de mots. Il a coupé les provinces pour les garderies. Il les a coupées pour le partenariat sur les changements climatiques ", a-t-il affirmé.

Polarisation

En privé, les conservateurs craignent tout de même que l’entrée en scène de Stéphane Dion ne polarise le vote entre les fédéralistes et les souverainistes au Québec en raison de la ligne dure qu’il préconise à l’endroit du mouvement souverainiste. Dans un tel cas, le Parti conservateur risque de voir ses appuis s’effondrer dans la province après y avoir fait une percée aux dernières élections en remportant 10 sièges.

Lorsqu’il était premier ministre, Jean Chrétien avait usé de cette polarisation du vote au Québec afin de rayer le Parti conservateur de la carte électorale. En 1997, par exemple, M. Chrétien avait déclaré, en pleine campagne électorale, qu’une majorité de 50 % plus un serait nettement insuffisante pour que le OUI l’emporte dans un référendum sur la souveraineté.

Cette déclaration intempestive avait coupé l’herbe sous le pied de Jean Charest, alors chef du Parti progressiste-conservateur, au moment où les appuis aux conservateurs augmentaient au Québec. Au lieu de remporter une quinzaine de sièges, comme prévu, M. Charest a dû se contenter de cinq au Québec à cause des propos de M. Chrétien.

Les conservateurs ont d’ailleurs pris bonne note des propos de M. Dion. Le nouveau chef libéral a affirmé que M. Chrétien était son mentor en politique.

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