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Harper, l’Albertain
Stephen Harper fait le pari que la défense des intérêts de l’Alberta ne l’empêchera pas de battre les libéraux en Ontario et au Québec
Jean-Robert Sansfaçon
Éditorial - Le Devoir
mardi 27 novembre 2007


En faisant dérailler les discussions autour du communiqué final qui devait plaider pour l’établissement de cibles contraignantes de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour les pays membres du Commonwealth, le premier ministre Stephen Harper fait le pari que la défense des intérêts de l’Alberta ne l’empêchera pas de battre les libéraux en Ontario et au Québec. La réalité lui donnera-t-elle raison ?

Plus le temps passe, plus les conservateurs raffermissent leur position dans le dossier du réchauffement climatique. Eux qui n’ont jamais caché leur opposition au protocole de Kyoto s’étaient pourtant longtemps efforcés d’entretenir l’ambiguïté en ne reniant pas la signature du Canada de façon formelle. Or, en prenant le leadership du refus d’adopter des cibles contraignantes au sein du Commonwealth, en fin de semaine dernière, à Kampala, le premier ministre Harper vient de dire clairement que le Canada se rangera du côté des États-Unis lors des négociations qui commenceront la semaine prochaine, à Bali.

Selon M. Harper, Kyoto a été une erreur parce que le traité ne concernait que les pays développés.

Sur le fond, il est juste d’affirmer que sans les États-Unis, la Chine et l’Inde, trois très grands émetteurs de GES, la lutte contre le réchauffement climatique n’ira nulle part. Faire participer ces pays constitue d’ailleurs un des objectifs prioritaires de la série de négociations sur l’après-2012 qui s’amorce au sein de l’ONU Personne ne nie une telle évidence. Mais M. Harper fait preuve d’une bonne dose d’humour, pour ne pas parler d’hypocrisie, en utilisant cet argument pour expliquer la position canadienne. Comment quelqu’un qui niait purement et simplement qu’il y ait réchauffement du climat, il y a quelques années, en arrive-t-il aujourd’hui à exiger la participation de tous les pays, riches et pauvres, comme condition de la participation canadienne ?

En fait, placer la barre aussi haut est le meilleur moyen pour le premier ministre canadien de s’allier au président Bush pour faire échouer les négociations. Des pays devenus de grands émetteurs de GES, comme la Chine et l’Inde, résistent à se donner des cibles contraignantes parce qu’ils ne sont pas à l’origine du problème actuel causé par les pays industrialisés, et qu’ils sont encore loin d’avoir atteint un niveau de développement suffisant pour passer très rapidement du charbon aux énergies moins polluantes sans pertes économiques majeures. Tant que les États-Unis, le Canada et les autres n’auront pas fait les premiers pas inscrits au protocole de Kyoto, la Chine et l’Inde refuseront de s’engager pour l’après-2012. Cela, MM. Harper et Bush le savent.

En fin de semaine dernière, le Canada a perdu un allié important au sein du Commonwealth en la personne du premier ministre australien, John Howard, fervent opposant à Kyoto, qui a été battu aux élections de son pays par le travailliste Kevin Rudd. Au Canada, l’assurance, voire l’arrogance avec laquelle M. Harper et ses députés conservateurs se comportent dans les dossiers chauds de l’heure, dont celui du réchauffement climatique, découle en droite ligne de leur performance dans les sondages. Pour le moment, l’appui d’une majorité de Canadiens à Kyoto ne les empêche plus de dormir ! M. Harper fait donc le pari que sa position de défense de l’Alberta, sa province, calquée sur celle d’un autre grand défenseur des intérêts pétroliers, le Texan George W. Bush, ne lui nuira pas le moment venu d’affronter l’électorat.

Malheureusement, il a peut-être raison puisque ni les Ontariens ni les Québécois ne sont prêts à remplacer son gouvernement par les libéraux de Stéphane Dion. Il appartient donc aux bloquistes et aux néo-démocrates de profiter de la situation pour neutraliser les ambitions conservatrices, ce dont ils sont tout à fait capables.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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