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Discours à la nation...
Harper a perdu le droit de gouverner
L’opposition reproche leur inaction économique aux conservateurs
Alec Castonguay
Le Devoir
jeudi 4 décembre 2008


Ottawa — Le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, a demandé hier aux Canadiens — et à la gouverneure générale — de faire confiance à une éventuelle coalition de l’opposition pour relancer l’économie et diriger le pays avec un esprit de « collaboration » en ces temps difficiles.

L’aspect économique a dominé le discours de Stéphane Dion, prononcé quelques minutes après celui de Stephen Harper, hier soir, à Ottawa. « Le Canada est aux prises avec les répercussions que pourrait avoir la crise économique mondiale, a-t-il dit. Notre économie est au bord d’une récession. Les Canadiens ont peur de perdre leur emploi, leur maison et leurs économies. »

C’est là que Stephen Harper a échoué, selon le chef de la possible coalition. « Le gouvernement fédéral a le devoir d’agir et d’aider les Canadiens à traverser ces temps difficiles, a dit Stéphane Dion. Stephen Harper refuse toujours de proposer des mesures pour stimuler l’économie canadienne. Le mini-budget qu’il a présenté la semaine dernière démontre que sa priorité est la partisannerie et le règlement de ses comptes idéologiques. »

Le discours de Stéphane Dion a été diffusé avec plusieurs minutes de retard hier soir, car l’enregistrement n’est pas arrivé aux différents réseaux de télévision à l’heure prévue. Il y aurait eu un mélange entre les versions française et anglaise, dit-on. De plus, la qualité de la bande n’était pas très bonne.

Le chef libéral a demandé à la gouverneure générale de ne pas accepter de proroger la Chambre des communes jusqu’à la fin du mois de janvier, ce que Stephen Harper lui demandera de faire ce matin. « Si M.Harper veut suspendre les travaux du Parlement, il doit affronter un vote de confiance. Dans notre Canada, le gouvernement doit assumer ses décisions et ses actes devant le Parlement », a-t-il dit, ajoutant : « Les conservateurs de Stephen Harper ont perdu la confiance de la majorité des députés à la Chambre des communes. Dans notre régime parlementaire, cela signifie qu’ils ont perdu le droit de gouverner. »

Michaëlle Jean doit donner une chance à la coalition, selon lui. « Les Canadiens ne veulent pas d’autres élections, ils veulent que les parlementaires travaillent ensemble. C’est notre devoir. » M. Dion estime que la coalition est viable. « Les coalitions sont normales et courantes dans de nombreuses régions du monde et elles peuvent fonctionner très bien. La recette est simple : consensus, bonne volonté et coopération. »

Et cette coalition PLC-NPD, avec l’appui du Bloc québécois, aura une seule priorité, dit-il. « Notre coalition est une entente pour gouverner, avec un programme bien défini : nous attaquer au plus important problème auquel le pays fait face, l’économie. C’est un programme qui vise à protéger et à créer des emplois, et à relancer l’économie dans toutes les régions du pays. » Les détails de ce plan de relance ne sont toujours pas connus, mais la coalition a promis d’aider les secteurs manufacturier, forestier et de l’automobile, en plus d’accélérer les investissements en infrastructure.

Gilles Duceppe défend son choix

Stéphane Dion a été le seul des trois chefs de l’opposition à recevoir un temps d’antenne garanti sur les principales chaînes de télévision au pays. Lors du dernier discours à la nation, celui de Paul Martin en 2005, tous les chefs avaient obtenus un droit de réplique. C’est dans ce contexte que le chef du Bloc québécois a tenu à rappeler qu’il ne fait pas officiellement partie de la coalition et que son parti reste « indépendant ». « J’ai fait une entente avec la coalition, c’est différent », a-t-il dit en après-midi.

Gilles Duceppe a défendu son choix d’appuyer une coalition PLC-NPD pendant 18 mois. « Il y a à peine 50 jours, les électeurs nous ont confié un mandat très clair. Les Québécois nous ont demandé de continuer à défendre les valeurs et les intérêts du Québec, mais aussi d’empêcher les dérives idéologiques des conservateurs. »

Le chef du Bloc a dit qu’en ces temps de ralentissement économique, il faut « s’élever au-dessus des considérations partisanes ». Or, Stephen Harper a justement « créé une crise politique de toute pièce » en mettant « le feu aux poudres ». « Le Bloc québécois avait le devoir de s’opposer à un énoncé idéologique qui s’attaquait au Québec, aux travailleurs, aux femmes et à la démocratie », a-t-il dit, ajoutant : « Le chef conservateur a confirmé les pires craintes des Québécois envers son parti et son gouvernement. »

Stephen Harper étant « indigne de gouverner », selon lui, et la coalition se devait de voir le jour. « Nous avons obtenu une entente qui prévoit des gains très importants pour le Québec », a-t-il dit, citant le soutien à venir pour les secteurs manufacturier et forestier, mais aussi « la restauration du financement des organismes québécois de développement économique pour les régions du Québec ». Il a aussi mentionné que les compressions dans la culture seraient annulées et que les retraités et les chômeurs obtiendraient des gains.

Gilles Duceppe demande lui aussi de « laisser la Chambre des communes voter » pour « qu’on en finisse avec ce gouvernement ». « Et qu’enfin, nous puissions travailler à combattre de toutes nos forces la crise économique qui s’abat sur nous. »

Jack Layton a prononcé un discours qui abondait dans le même sens que celui des deux autres chefs de l’opposition. « Un nouveau gouvernement est prêt à servir », a-t-il dit. Selon lui, le Canada est à une croisée des chemins « historique » puisqu’une crise économique « sans précédent » approche.

Pour y faire face, « le Canada doit avoir un gouvernement efficace et fort, qui a la confiance du Parlement ». Or, Stephen Harper « n’a pas démontré de leadership », a dit Jack Layton. « Les familles qui vont recevoir leur dernier chèque de paye avaient besoin d’espoir. [...] Stephen Harper a refusé d’agir. »

Le premier ministre a « brisé » la confiance que la population avait en lui, selon le chef du NPD. « En mettant fin au Parlement, en mettant le cadenas sur la porte, il rejette le choix démocratique de 62 % des gens », a-t-il dit, invitant les citoyens à faire confiance à la coalition. « Pour la première fois, la majorité des partis choisis par les gens ont mis de côté leurs différences. »



Source
http://www.ledevoir.com/2008/12/04/220779.html




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