Bonjour M. Savard,
par respect pour le travail de Bernard Frappier, j’ose croire que les esprits ne s’échaufferont pas, d’autant qu’à mes yeux, nous parlons du coeur du problème. On détestera le mot, mais il nous faut être pragmatique.
Oui, une Constitution. Pour se donner un autre régime politique, une république par exemple. Pour s’émanciper, pour vivre à notre façon. Pour décider nous-mêmes, pour habituer les gens à la liberté. Ayons notre Constitution, oui, pour qu’ensuite se mette en place une nouvelle façon de faire, une nouvelle façon de gouverner, même si cela devra attendre l’indépendance. Il faudra avoir autre chose que le régime anachronique du parlementarisme britannique actuel.
Comprenons-nous tous bien qu’une Constitution est un générateur de Droits ? En fait, en élaborant vraiment librement notre Constitution (l’amorce d’un bris de condition provinciale), ce que nous faisons, c’est s’attaquer de front au Droit canadian, qui découle de la Constitution canadian qui nous est imposée.
Donnons-nous donc, il serait temps, un Droit québécois indépendant du Droit canadian, même s’il restera virtuel tant que nous ne serons pas indépendants. Mettons de la chair autour de l’os. En fait, une Constitution québécoise réellement librement construite, c’est le plan que demandent peut-être à voir les québécois avant de se prononcer sur leur avenir. Se doter de notre Constitution envers et contre le Canada, c’est peut-être le premier et le plus difficile pas à franchir pour nos concitoyens. Si on y réussit, l’indépendance éventuelle sera mieux comprise, mieux assimilée. Pour l’instant, les gens ne veulent pas voir cette réalité d’être obligés de se prononcer.
Nous ne construisons jamais rien au Québec en ce qui concerne nos institutions représentatives, et le PQ est à blâmer au premier chef. Il faut absolument qu’un éventuel projet de Constitution se réalise en dehors de l’emprise de nos députés, qui sont en conflit d’intérêts.
En escamotant les prémisses de notre problème, on échafaude des chateaux de cartes. J’aime bien les idées de M. Gilles Verrier par exemple, il est déterminé et garde toujours le cap, et il a les mots pour nous remettre à l’ordre. Mais il escamote les prémisses. Qu’il lise le dernier texte de M. Nestor Turcotte qui décrit les événements politiques depuis 1970. Il n’y a rien à faire, les québécois veulent quelque chose d’utopique (M. Turcotte, je partage entièrement votre lecture des événements sauf sur un point : si le PQ s’est aligné, en 95, à la proposition de Bourassa, c’est bien parce qu’ils ont compris l’utopie des québécois. Proposer la simple indépendance aurait donné moins de 40%).
Il faut procéder autrement, il faut prendre position. Nous n’avons jamais affirmé notre existence, nous n’avons jamais manifesté officiellement que nous existons et que nous ne sommes pas britanniques. M. Verrier, il faut bien sûr se doter d’une Constitution qui ne souffre pas du cadre canadian. Ce n’est pas possible dans l’état actuel des choses ? Eh bien battons-nous là-dessus : cet exercice d’élaboration constamment contrecarré par des "rapetisseurs de citoyens" prêchant le droit canadian, comme s’y attellerait Benoit Pelletier, titillerait peut-être enfin l’orgueil du citoyen. Si un projet de Constitution incompatible avec la Constitution du Canada était approuvé par les québécois, ne serait-ce pas une amorce du réveil tant souhaité, une prise de conscience du carcan canadian ? Parce que la majorité ne voient pas ce carcan. M. Ouhgo a eu de bons commentaires à ce sujet.
Il faut avancer, et je sais que vous aussi vous souffrez qu’on ne cesse de tourner en rond. Il y a peut-être d’autre moyen, mais il ne faut pas attendre que le peuple se réveille tout seul à un moment donné. Il s’endort de plus en plus.
M. Bruno Deshaies, dont j’aime la détermination également, semble escamoter lui aussi le fait que les québécois sont comme ils sont, et il le dit lui-même. Or puisque c’est NON et encore et toujours NON, il faudrait faire quoi ? Comprenons-nous à quel point notre société est tricotée serrée dans la mentalité de survivants, qu’il n’est pas question pour la majorité de quitter le Canada ? Oui, nous on le sait, il faut le quitter si on veut ensuite (les québécois en général) lui faire des propositions d’égal à égal. Mais les québécois s’en fichent, ils ne veulent pas le savoir.
Il faut procéder autrement. Power Corporation est présent partout. La pensée unique, c’est celle de cette compagnie du pouvoir. À la télé, dans les centres d’achats, sur la rue. On nous tue à coup de pub. L’école, l’académie, c’est nécessaire pour former les élites, mais on parle d’agir avec toute une population.
Gardons le cap et discutons sérieusement. On devrait faire une liste des choix qui s’offrent à nous (élections référendaires, coalition du PQ-QS, référendum OUI ou NON, etc.) et en décrire consciencieusement les avantages et les inconvénients, afin d’éliminer ce qui apparaitra impraticable. On avancera, ici sur Vigile, on cessera de discuter en rond.

