Il m’apparaît évident que le Québec sera davantage outillé pour protéger sa langue et sa culture lorsqu’il accédera à indépendance politique. Pourtant, pour les plus jeunes nés dans les années 80 et 90 et qui n’ont pas connus les crises linguistiques et les débats lors des deux référendums, cette position n’est peut-être pas aussi limpide. Le questionnement tant qu’à l’avenir du français est d’autant plus pertinent à l’ère de la mondialisation. Je profite de l’occasion pour préciser comment le Québec indépendant sera mieux en mesure de promouvoir l’utilisation de la langue française sur son territoire.
En matière de linguistique, il y a une règle qui ne se dément pas. Lorsque deux ou plusieurs langues, cohabitent dans un même État, le nombre de locuteurs de la langue minoritaire tend inlassablement à diminuer, et ultimement, à disparaître au profit de la langue majoritaire. Plusieurs exemples historiques démontrent ce fait ; le gaëlique en Irlande, le breton en France, le français en Louisiane et plus près de nous, le français au Canada. La disparition des langues en situation minoritaire ne se produit pas du jour au lendemain. Il s’agit plutôt d’un phénomène insidieux et progressif qui se manifeste sur plusieurs générations et qui culmine par un désintéressement pour leur propre langue des locuteurs en situation minoritaire qui cessent de transmettre leur héritage linguistique à leurs descendances. Une politique de bilinguisme institutionnel qui préconise la liberté individuelle et entretient la confusion sur l’utilisation d’une langue commune comme on le connaît au Canada ne fait que ralentir le phénomène réel d’anglicisation mais ne change en rien le statut du peuple minoritaire. Il est illogique de demander à un autre peuple, majoritaire de surcroît, de protéger notre langue et de défendre nos intérêts.
Pour qu’une langue puisse survivre et s’épanouir, les locuteurs de cette langue doivent nécessairement disposer d’un État qui sera le vecteur de leurs désirs de survivance et d’émancipation. C’est de cette manière que les locuteurs d’une langue peuvent assurer leur existence même en étant relativement peu nombreux. En ce sens, le cas de l’Islande est intéressant. D’un point de vue juridique, le Québec ne dispose pas de tous les pouvoirs requis pour protéger adéquatement sa langue. La Charte de la langue française qui devait assurer la pérennité du français au Québec n’est plus l’ombre d’elle-même. Les décisions de la Cour suprême du Canada sur la base d’une constitution rejetée par tous les gouvernements au Québec ont affaiblies notre rempart face à l’uniformisation linguistique du Canada. Plus de 200 amendements ont été apportés à cette loi adoptée en toute légitimité par le gouvernement du Québec et ce, toujours de manière à réduire sa portée. S’il est vrai que la mondialisation et l’émergence de l’anglais comme langue des communications internationales érodent les identités nationales, il est judicieux de se demander d’où vient exactement le plus grand risque pour le français au Québec. L’adoption de la loi 115 légalisant les écoles passerelles est un exemple éloquent. Une fois de plus dans l’histoire récente du Québec, c’est une loi fédérale qui réprouve la volonté de notre Assemblée Nationale.
Tant que l’État du Québec ne sera pas le seul maître de sa politique linguistique en acquérant son indépendance politique, les efforts pour protéger notre langue et aussi notre statut socio-économique en tant que francophone, ne seront que quelques grains de sable ralentissant le mouvement de l’engrenage d’un système uniformisant. .
Martin Dulac


