Fred Pellerin reçoit l’Ordre national du Québec

jeudi 20 décembre 2012

Le conteur Fred Pellerin s’est finalement vu remettre mercredi l’insigne de chevalier de l’Ordre national du Québec.

Cet honneur devait lui être rendu au printemps dernier, mais Fred Pellerin avait refusé de se présenter à une cérémonie dans le contexte de la crise étudiante. L’auteur avait dit ne pas refuser cet honneur, tout en estimant que le contexte de crise sociale ne s’y prêtait pas. Fred Pellerin arborait le carré rouge étudiant au printemps.

Lors de la cérémonie, le conteur a prononcé un discours empreint d’émotion. « Qui aurait pu dire que le conte se rendrait là, que le Caxton viendrait icitte ? Moi, ça confirme une chose, c’est que le Québec est vaste, et riche, il échappe au moule, il est encore ouvert, immense à bâtir, et fait la bienvenue », a-t-il déclaré.

La première ministre Pauline Marois, qui lui a remis la plus grande distinction du Québec, a notamment souligné le rôle de Fred Pellerin dans le développement de son village, Saint-Élie-de-Caxton, mais aussi dans le rayonnement du Québec à l’extérieur de la province.

Lors du conflit étudiant, la ministre de la Culture d’alors, Christine St-Pierre, avait associé le port du carré rouge à la promotion du chaos social. Elle s’était par la suite excusée auprès des artistes qu’elle avait pu offenser, dont Fred Pellerin.

Le gouvernement a finalement annoncé mardi que la première ministre Marois remettrait dans la salle du conseil des ministres l’insigne de chevalier de l’Ordre au populaire conteur, dont les oeuvres Babine et Ésimésac ont été portées au grand écran.

Transcription de l’allocution par Robert Barberis-Gervais

« Ça va être dur.

Salutations à madame la Première ministre, ministres, élus, députés, gens du Québec, membres de l’Ordre, amis, famille. Merci de manger ça sur vos vacances et votre temps de magasinage et de pelletage, je connais des portes de garage qui ouvriront pas t’a l’heure. Et ça va être un peu à cause de ce que je porte icitte ; on me l’a mis sur un crochet ; on nous a avisé avant d’arriver d’avoir quelque chose d’un peu rigide, c’est mon premier veston à vie. On nous installe un petit rack qui va être là pour recevoir la pinaison pour qu’on n’ait pas l’air de zigonner après le manteau trop longtemps. La cime de la pinitude a l’air d’une grande sobriété mais les racines sont creuses et vont loin dans le coeur.

C’est un grand jour pour moi pis s’il fallait jouer sur les mots, il y aurait quelque chose d’échevelé dans la chevalerie aujourd’hui, pis on ferait peut-être des Échevaliers à St-Elie-de-Caxton si cet ordre-là tenait de la caxtonnerie.

Pour moé, dans l’Ordre national du Québec, il y a le Québec. Il y a dans le Québec quelque chose qui m’habite assez régulièrement et assez profondément parfois par grande fierté, parfois par la douleur, parfois par question de flou parce qu’apprendre à aimer le Québec et en découvrir la flouitude qui l’entoure, par moments, c’est dur. Pourtant, je sais qu’il existe le Québec parce que, pis je suis pas tout seul, on le sait, on l’entend, on le marche, on le travaille, on l’habite, on l’habille.

S’il est flou le Québec dans son territoire et dans son sens, il y a au moins une clarté qui est celle d’avoir un peuple qui l’habite, un peuple avec qui on pourrait s’entendre sur certains frissons qu’on partage, sur certaines peurs, sur certaines hésitations, sur certaines saisons, que ce soit l’hiver comme on en a de la belle aujourd’hui, de l’été, de l’automne et parfois même du printemps.

Des fiertés qu’on partage entre Québécois, celles-là peuvent participer peut-être à enlever un peu de flou dans les frontières territoriales et de sens. Qui aurait pu dire que le conte se rendrait là, que le Caxton viendrait icitte ? Pour moi, ça confirme une chose, c’est que le Québec est vaste, et riche, il échappe au moule, il est encore ouvert, immense à bâtir, et fait la bienvenue, beaucoup. (...)

Saluer mes enfants, recevoir ça devant mes enfants, c’est énorme. (vive émotion et applaudissements).

On est là, on parle de poésie, de littérature et de fondements d’une littérature, il y a un point dans cette marche de la littérature du Québec qui est le point de Louis Hémon avec des phrases sur lesquelles on frissonne encore dont celle-là qui dit : "Ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir." On est encore à se dire qu’on ne sait pas mourir. Pour moi, il se trace sur ces fiertés-là quelque chose qui me fait aspirer que les enfants pourront dire qu’on est une race qui sait exister.

Merci.

Désolé pour l’émotion, c’est incontrôlable. »


Suggérer cet article par courriel
La fierté du Québec
Car il y a malgré tout en masse de quoi être fiers

.

.

Financement de Vigile

N’hésitez pas à contribuer à sa production

Joignez-vous aux Amis de Vigile

Objectif 2014: 60 000$
25 928$  43%
Paiement en ligne
Don récurrent

Contributions récentes :

  • 27/11 Diane Pagé : 50$
  • 27/11 Christian Lambert : 100$
  • 27/11 SSJB-Mauricie: 500$
  • 25/11 Jacques H. Grenier: 50$
  • 25/11 Bernadette Meunier-Gobeille : 50$
  • 23/11 Marcel Duclos : 50$
  • 23/11 Linda Rivard: 10$
  • 23/11 Normand Lefebvre: 25$

Toutes les contributions

Merci beaucoup!